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29/05/2012 à 17h:22
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Barack Obama, président des États-Unis. Barack Obama, président des États-Unis. © AFP

Obama a pris une grosse longueur d'avance dans l'électorat hispanique. Romney tente de rattraper le terrain perdu pendant la campagne des primaires. À cinq mois de la présidentielle, l'enjeu est capital.

Certains républicains l'ont déjà oublié. En septembre 2011, Rick Perry, lors d'un débat en Floride, avait provoqué un tollé au sein de son parti en affirmant que ceux qui s'opposaient à ce que les enfants d'immigrés mexicains illégaux soient autorisés à faire des études universitaires n'avaient « pas de coeur ». Il s'en était mordu les doigts. Quelques semaines plus tard, le gouverneur du Texas avait perdu son avance dans la course à l'investiture républicaine pour la présidentielle de novembre. Désormais candidat du parti, Mitt Romney avait à l'époque vigoureusement critiqué la déclaration de Perry.

Barack Obama et son équipe de campagne ne manquent pas une occasion de lui rappeler cette prise de position. On comprend pourquoi : le bilan économique en demi-teinte du premier mandat pouvant leur valoir des déboires électoraux, il leur faut à tout prix s'assurer le vote de la communauté latino. « Dans certains États clés, le vote des Hispaniques est essentiel », confirme William Galston, de la Brookings Institution.

Depuis quarante ans, les Latinos ont bouleversé la démographie américaine. Selon les chiffres officiels de 2010, ils assurent à eux seuls plus de la moitié de la croissance démographique, qui a été de 27,3 millions au cours des dix dernières années. Leur nombre augmente quatre fois plus vite que celui du reste de la population. Ce boom est notamment dû aux naissances sur le territoire des États-Unis d'enfants d'immigrés clandestins qui n'ont eux-mêmes aucune chance d'acquérir la nationalité américaine. La population hispanique (qui inclut toute personne ayant au moins un parent ou un ascendant originaire d'un pays hispanophone) a franchi le cap des 50 millions en 2010, soit un Américain sur six. En 2050, ils pourraient représenter un tiers de la population.

Certains républicains, à l'instar de l'ancien président George W. Bush - qui fut aussi gouverneur du Texas -, n'ont pas ménagé leurs efforts pour séduire les Hispaniques. Ils voyaient dans cette communauté en plein essor, confiante dans sa réussite sociale et très majoritairement croyante et pratiquante un réservoir d'électeurs conservateurs. L'ennui est qu'une fois devenus riches les intéressés n'ont pas toujours voté républicain !

Mais ce sont là des exceptions. De manière générale, les républicains se sont toujours montrés hostiles aux projets de loi visant à faciliter l'octroi de la nationalité américaine aux clandestins - comme le Dream Act, que l'administration Obama s'efforce aujourd'hui de faire adopter. Ils sont associés aux expulsions de masse, aux arrestations arbitraires et à l'édification d'une clôture électrifiée le long de la frontière mexicaine. Les Latinos soutiennent donc majoritairement Obama, oubliant qu'il n'est pas parvenu à faire adopter le Dream Act quand les démocrates contrôlaient le Congrès (avant les élections de la mi-mandat, en 2010). Selon les sondages, le président sortant recueille dans cette communauté deux fois plus d'intentions de vote que son adversaire républicain. Même un État traditionnellement conservateur comme le Texas, où les Latinos représentent un tiers de la population, pourrait à moyen terme basculer dans le camp démocrate.

C'est l'un des principaux défis auxquels Romney est confronté. Cela ne l'a pas empêché, lors des primaires, de se rapprocher de l'aile droite du parti en promettant d'opposer son veto au Dream Act et en suggérant aux clandestins de « s'autoexpulser » - ce qui a d'ailleurs irrité de nombreux républicains, qui ont tenté d'atténuer les effets de ce discours radical. Romney sait qu'il est en difficulté. Parlant avec des collecteurs de fonds le mois dernier en Floride, il a reconnu que les derniers sondages sur le vote hispanique constituaient « une catastrophe » pour son parti.

Pourtant, les Latinos semblent globalement plutôt apolitiques. Peur d'être expulsés, sentiment d'isolement ou simple manque d'intérêt ? Entre 2004 et 2008, le nombre d'inscrits latinos sur les listes électorales avait augmenté : de 9,3 millions à 11,6 millions. Depuis, il est retombé à 10,9 millions, selon l'Institut William C. Velasquez, à Los Angeles. La crise économique est passée par là... « Beaucoup arrivent du Mexique, où le processus politique est totalement gangrené par la corruption et n'est pas vraiment libre : comment voulez-vous qu'ils se sentent concernés par la politique ? » commente un membre du staff d'Obama en Arizona.

Cela ne dissuade pas les démocrates de draguer les Latinos avec assiduité. Le mois dernier, dans les publicités télévisées diffusées en espagnol dans les États de Floride, du Nouveau-Mexique, du Nevada et du Colorado, des voix off ont été ajoutées. Elles avaient l'accent des différentes communautés visées : mexicaine, colombienne, vénézuélienne, etc.

Après ses maladresses des primaires, Romney s'efforce quant à lui de regagner le terrain perdu. L'un de ses amis, le sénateur de Floride Marco Rubio, prépare d'ailleurs une nouvelle version du Dream Act comportant des dispositions plus favorables aux travailleurs étrangers.

Mais, d'une certaine façon, il n'est pas exclu que le problème se résolve de lui-même. Sous l'effet conjugué de la récession économique, du durcissement des contrôles aux frontières et de la prospérité croissante au Mexique, l'immigration recule. Selon le Pew Research Center, le nombre d'immigrés mexicains clandestins vivant aux États-Unis est passé de 7 millions en 2007 à 6,1 millions en 2011. Mais cette inversion de tendance n'a pas encore été prise en compte dans le débat politique. 

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