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06/06/2012 à 09:53
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Karim Younès est l'ancien président de l'Assemblée populaire nationale (APN) algérienne.

L'Algérie négocie cette année une étape dans la géographie de son avenir, une étape que les géographes appellent précisément la ligne de partage des eaux. Elle vit la célébration d'un demi-siècle d'indépendance. Une situation historique, propice à une immersion dans notre passé lointain et contemporain, pour célébrer nos réalisations, analyser le plus objectivement possible nos échecs en les assumant pleinement, en en tirant les enseignements pour un meilleur éclairage de notre avenir.

Le devoir d'inventaire, me semble-t-il, s'impose. Quel bilan de nos actions passées et actuelles léguerons-nous à nos descendants ? Quel rôle géopolitique peut tenir notre Algérie quand on sait que les initiatives internationales prises par les pays qui comptent le sont au nom de la crédibilité acquise par leurs institutions respectives auprès de leurs peuples ? Pouvons-nous ignorer le passé colonial et la nécessité d'en modifier les perspectives ?

Une lecture-bilan des principales étapes du développement économique de l'Algérie d'après l'indépendance éclaire les diverses péripéties et les inaccomplissements de l'histoire algérienne, faite de grandeurs, de ruptures, parfois de durs et inacceptables reniements. Mais comment évaluer de manière objective cinquante ans de réalisations, d'espoirs déçus et d'échecs flagrants - parfois avec de bonnes intentions, parfois pour la défense d'intérêts étroits ? Les réponses qu'appellent ces questionnements contemporains ne peuvent venir que d'une confrontation d'analyses, d'un débat nourri d'autres expériences.

L'Algérie, ce qu'elle est devenue, n'est pas le fruit du hasard. Les Algériens ne sont pas un peuple qui s'éveille au monde et à la civilisation. Chaque mètre carré de notre sol, chaque pierre de nos montagnes, chaque grain de sable porte en lui les traces d'une société de bâtisseurs, de héros.

Écrire, fouiller les entrailles de notre terre pour découvrir les parcelles de notre identité est un devoir politique.

Écrire, fouiller les entrailles de notre terre pour découvrir les parcelles de notre identité est un devoir politique. Mais l'avons-nous suffisamment fait ? Nous connaître et, donc, nous construire, c'est là notre défi. Les excuses avancées par la France peuvent-elles compenser une once des souffrances endurées ? Se contenter de ces excuses, c'est permettre la construction de remparts qui bloqueront à jamais nos revendications mémorielles. Mieux vaut cultiver la mémoire par la célébration et le recueillement.

Ce qui importe pour notre pays, c'est que pas un seul détail de son histoire coloniale ne soit occulté. C'est de vulgariser et de transmettre non seulement à chaque Algérienne et à chaque Algérien, mais aussi à travers le monde, ce qu'ont été les crimes contre l'humanité de la France coloniale. C'est fort de sa mémoire retrouvée et désormais rigoureusement cultivée que notre pays saura nouer des relations rationnelles avec l'État français.

Les changements de position sur le grand échiquier qu'est devenu l'espace géopolitique mondialisé donnent lieu à des offensives impitoyables, dont font les frais les pays les plus vulnérables. Il en faut peu pour affaiblir un État. Il suffit que l'ego surdimensionné de ses dirigeants, leur cupidité, leur égoïsme, gouvernent leur quête du pouvoir, pour que se déclenche, parfois à leur insu, le compte à rebours de l'implosion, de la décadence et de la soumission aux nations plus fortes.

Face à ce qu'il convient d'appeler une bourrasque à la fois géopolitique et géoéconomique, il apparaît clairement que seuls survivront les pays qui ont su miser sur leurs peuples, qui ont su bâtir une structure institutionnelle qui réponde à leurs attentes de liberté, d'indépendance et de discipline. Qu'en sera-t-il du nôtre ? À l'heure de la mondialisation, le salut peut résider dans la construction d'une nouvelle union économique maghrébine et, pourquoi pas, politique. Une perspective qui nous permettrait d'intégrer le cours du monde. Le Maghreb est notre maison commune. Il a été notre berceau, il est notre avenir.

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