Extension Factory Builder
23/05/2012 à 15:39
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
François Hollande et Laurent Fabius, à Rouen, au mois de février. François Hollande et Laurent Fabius, à Rouen, au mois de février. © Chesnot/Sipa

François Hollande a choisi de nommer au Quai d'Orsay Laurent Fabius, l'un de ses vieux rivaux socialistes, plutôt que Pierre Moscovici, longtemps donné favori. Quelles sont les raisons de ce choix ? Et quelles en seront les conséquences diplomatiques ?

« Je développerai la relation de la France avec les pays de la rive sud de la Méditerranée sur la base d'un projet économique, démocratique et culturel. Je romprai avec la Françafrique en proposant une relation fondée sur l'égalité, la confiance et la solidarité. Je relancerai la Francophonie. » C'est en ces termes que François Hollande abordait la question de l'Afrique dans le cinquante-huitième de ses soixante engagements en tant que candidat à la présidence de la République.

Élu le 6 mai et entré en fonction le 15 à la place de Nicolas Sarkozy, qui, lors de son fameux discours de Cotonou, en mai 2006, avait promis, avec le succès que l'on sait, de « construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d'autre de la Méditerranée », le nouveau chef de l'État a donc lui aussi exprimé son désir de rompre avec le passé. Peut-on croire qu'il réussira là où tant d'autres ont échoué ?

Si la « rupture » promise par Sarkozy n'a pas fonctionné, certains se demandent déjà si Hollande sera en mesure d'appliquer son slogan de campagne - « Le changement, c'est maintenant » - à la diplomatie africaine de la France.

Ancien chef du gouvernement de François Mitterrand

La nomination de Laurent Fabius à la tête du ministère des Affaires étrangères n'a rien, a priori, pour les rassurer. Prisonniers de la cuisine politique interne au Parti socialiste, François Hollande et Jean-Marc Ayrault, son Premier ministre, se devaient de donner à l'ancien chef du gouvernement de François Mitterrand un portefeuille de tout premier plan au sein de la nouvelle équipe. Pour les sujets prioritaires, éducation et économie, le président a préféré placer des hommes dont il se sent proche, Vincent Peillon et Pierre Moscovici, plutôt qu'un Laurent Fabius qui, il n'y a pas si longtemps, déclarait : « François Hollande président ? On rêve. » Ce dernier a donc hérité du Quai d'Orsay, où il risque d'incarner la continuité plutôt que le « changement » annoncé - notamment dans les rapports entre la France et l'Afrique. Fabius a une longue expérience au sommet de l'État. En 1981, il fut ministre délégué au Budget dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy, puis ministre de l'Industrie et de la Recherche (1983-1984), avant de devenir, à 37 ans, le plus jeune Premier ministre de la Ve République. Il comptait dans son cabinet le Franco-Béninois Lionel Zinsou, devenu patron du fonds d'investissement PAI Partners, qui dispose de solides relations en Afrique.

Pendant la campagne électorale, Fabius a représenté Hollande à l'étranger. Il n'était donc pas anormal qu'il reprenne à son compte le discours du candidat et appelle à « en finir avec la politique des coups, les effets d'annonce sans suite et les méandres de la Françafrique ». Mais ce fils d'un riche antiquaire parisien, éternel premier de la classe, fait aussi partie de ces ténors socialistes qui, au fil des années, ont tissé nombre de liens sur le continent. Le premier voyage de campagne de Fabius, le 14 février, l'a conduit à Libreville, où il s'est félicité des « excellentes relations » franco-gabonaises et a souhaité « qu'elles se développent dans le futur ».

Cette déclaration a semé le doute sur les réelles intentions du candidat, y compris chez les proches du Parti socialiste. « Avoir choisi le Gabon pour son premier voyage ne témoigne pas, c'est le moins qu'on puisse dire, d'une grande volonté d'en finir avec la Françafrique », avait commenté Jean-Christophe Rufin dans les colonnes de Jeune Afrique. L'association Survie, qui milite pour une remise à plat des rapports franco-africains, s'en était même inquiétée auprès de Hollande. Selon elle, cette visite témoignait d'une « doctrine hésitante » et augurait bien mal de la suite.

Alger d'abord ?

Fabius compte de nombreuses amitiés à Alger. Beaucoup plus qu'à Rabat, ce qui devrait permettre de relancer le dialogue franco-algérien. À tel point que, pour son premier voyage sur le continent en tant que président, il n'est pas exclu que Hollande se rende en Algérie. Au Quai d'Orsay, Fabius jouera-t-il le changement ou le statu quo ? Il est évidemment trop tôt pour le dire, mais ses premiers pas seront examinés à la loupe par tous ceux qui attendent beaucoup de la nouvelle équipe. « C'est pour corriger, ou tenter de corriger, les responsabilités de la France dans la dérive du continent que Hollande est attendu. Il a les hommes et les femmes pour accomplir cette mission », estime par exemple le quotidien malien Le Républicain dans son édition du 17 mai.

Reste que l'Afrique n'est pas la priorité du président. En première ligne sur son agenda figure, bien sûr, la crise européenne, mais aussi le retrait d'Afghanistan. Il a promis de retirer les troupes françaises de ce pays d'ici à la fin de l'année. Ce devrait être l'une de ses premières mesures phare. Est-ce pour cela qu'il a choisi comme conseiller diplomatique Paul Jean-Ortiz ? Depuis septembre 2009, ce dernier est à la tête de la direction Asie et Océanie du ministère des Affaires étrangères. Passionné par la civilisation chinoise, il « accompagnera François Hollande dans ses contacts internationaux », précise le communiqué annonçant sa nomination.

Ce choix n'est nullement anodin. Il fournit une indication quant aux futures priorités de la diplomatie française et témoigne d'une indiscutable cohérence avec la désignation de Fabius. À la différence de Pierre Moscovici, dont le nom avait circulé avec insistance pour le Quai d'Orsay, l'ancien président de l'Assemblée nationale s'inscrit dans la tradition gaullo-mitterrandienne d'une France refusant de se plier aux volontés américaines. Il ne fait guère de doute que ses positions seront moins atlantistes que celles du précédent gouvernement. Notamment au Moyen-Orient.

En choisissant comme directeur de cabinet Denis Pietton, fin connaisseur du monde arabe mais aussi des relations transatlantiques, Laurent Fabius a sans doute donné l'une des clés pour comprendre quelle sera sa politique.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

AUTRES

Soudan du Sud : le chef d'état major limogé après les revers de l'armée face à la rébellion

Soudan du Sud : le chef d'état major limogé après les revers de l'armée face à la rébellion

Le général James Hoth Mai, chef d'état-major de l'armée sud-soudanaise, a été démis de ses fonctions mercredi par le président Salva Kiir. Aucune raison officielle n'a[...]

Abdoulaye Wade : un retour au Sénégal qui inquiète la défense de son fils Karim

Le retour au Sénégal d'Abdoulaye Wade, prévu le 25 avril, suscite de l'inquiétude au sein de la défense de son fils, Karim Wade. Mais pour l'instant, "Gorgui" a su garder le silence[...]

Racisme : en Tunisie, Slah Mosbah ne veut plus être "le Noir de service"

Le chanteur Slah Mosbah, l'un des plus populaires de Tunisie, ne veut plus être "le Noir de service" qui cache une forêt de préjugés. À 55 ans, il songe même à s[...]

Algérie : génération Bouteflika, génération harraga ?

Certains ne songent qu'à partir. D'autres trouvent des raisons d'espérer. Tous n'ont connu pour l'instant qu'un seul président, Abdelaziz Bouteflika. Coup de projecteur sur une jeunesse pas si dé[...]

Présidentielle mauritanienne : Aziz officiellement candidat à sa succession

Mohamed Ould Abdel Aziz sera bien candidat à sa propre succession. Le chef de l'État mauritanien a annoncé mercredi qu'il briguerait un nouveau mandat lors de la présidentielle prévue le 21 jui[...]

À l'ONU, le gouvernement malien dit vouloir dialoguer avec les groupes rebelles

Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères, a affirmé mercredi devant le Conseil de sécurité des Nations unies sa volonté de mener rapidement des négociations avec[...]

Chansons caritatives : à votre bon coeur, mélomanes !

Inspirés par les réunions charitables d'artistes anglo-saxons dans les années 80, les chanteurs africains s’égosillent de plus en plus en groupes. Autour de causes désespéré[...]

Chine : bébés en boîte

En Chine, où n'existent ni protection sociale ni accouchement sous X, des structures d'accueil pour enfants abandonnés - et souvent handicapés - sont mises en place.[...]

Sénégal : le vrai-faux retour d'Abdoulaye Wade

Annoncé pour mercredi, le retour d'Abdoulaye Wade à Dakar a finalement été reporté au vendredi 25 avril. Blocage des autorités sénégalaises ou stratégie de victimisa[...]

Mali : accusé de complicité d'assassinat, Sanogo encourt la peine de mort

Le général putschiste Amadou Haya Sanogo a vu les accusations le visant s'alourdir. En plus de complicité d'enlèvement, il doit répondre depuis le 22 avril du chef de complicité d'assass[...]

Football : et si Velud revenait à la tête des Éperviers du Togo ?

Hubert Velud, actuellement entraîneur de l’USM Alger, est aujourd’hui une des priorités du Togo, à la recherche d’un sélectionneur national. Le Français a déjà en[...]

Palestine : le Hamas et l'OLP scellent leur réconciliation

Peu après l'annonce mercredi de la formation d'un gouvernement d'union entre le Hamas et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), l'aviation israélienne a effectué une frappe sur le nord de[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces