Extension Factory Builder
29/05/2012 à 15h:02
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Oracle Vaudou dans l'une des échoppes d'Akodessewa. Oracle Vaudou dans l'une des échoppes d'Akodessewa. © François Guenet/Fedephoto.com

Os de toucan, vertèbres de rhino ou peaux de serpents... On trouve de tout au marché aux fétiches de Lomé. À condition de bien vouloir y mettre le prix.

Ici, on promet tout, mais on ne garantit rien. Bienvenue dans le marché aux fétiches de Lomé, la capitale togolaise, parfois appelé aussi le marché aux crânes. Installé depuis les années 1990 dans le quartier d'Akodessewa, on y trouve, pêle-mêle, des crânes d'animaux, des cornes, des peaux, des organes... Bref, tout ce qui peut servir à la réalisation de rites vaudous.

Il faut emprunter le boulevard de la Marina, où slaloment des zémidjans (motos-taxis) et d'où on aperçoit au loin les vagues du golfe de Guinée. Au détour d'une rue, un parfum mystérieux accueille le visiteur - un parfum où se mêlent la poussière, l'odeur âcre des ossements d'animaux et des restes d'herbes inconnues. Au milieu du marché, fait de hangars et de tôles rouillées, une vaste cour sablonneuse où les rabatteurs guettent l'arrivée du visiteur. Dans la matinée, ce sont des touristes européens qui ont acheté des statuettes et des caméléons vivants. « La visite, c'est 5 000 F CFA [7,60 euros, NDLR] », nous explique-t-on. Gnininvi, notre rabatteur, nous guide entre des crânes de toucan et une colonne vertébrale de caïman, contourne un cubitus d'éléphant et une omoplate de sanglier, évite le cadavre séché d'une hyène étendu à même le sol et frôle des peaux de python et de crocodile, des plumes d'aigle et de pélican... On trouve de tout à Akodessewa, jusqu'aux poupées vaudoues piquées de pointes et aux remèdes à base de plantes censés guérir du sida.

Sorcier

Adeola, un homme d'affaires nigérian, est l'un des clients du jour. Il vient de Lagos et cherche des ossements que lui a commandés un sorcier qui compte les utiliser pour fabriquer un grigri devant lui apporter chance et succès. Le vendeur, un vieux prêtre vaudou au regard malicieux, lui trouve la « marchandise », mais l'ami qui accompagne ce jour-là l'homme d'affaires nigérian doute de l'authenticité des ossements. Suspicion justifiée. Au marché aux fétiches, il n'est pas rare que l'on fasse passer une vertèbre de sanglier pour une vertèbre de rhinocéros. Tout comme on souffle qu'il est possible de se procurer, dans le plus grand secret et à condition d'y mettre le prix, des os humains - même si c'est officiellement illégal. Adeola, lui, n'ira pas jusque-là. Aujourd'hui, il aura déboursé la coquette somme de 350 000 F CFA, mais ce n'est pas cher payé : certains ossements sont vendus jusqu'à 1,5 million de F CFA.

Le businessman quitte le marché l'air soulagé. Rien ne garantit que le cocktail que son sorcier va lui préparer le rendra prospère. Mais à l'instar de ceux qui viennent à Akodessewa afin de s'acheter des philtres d'amour, des statuettes vaudoues ou des ossements pour fabriquer des grigris qui protègent contre les mauvais sorts ou les accidents de la route, il y croit dur comme fer. Interrogé sur la fiabilité de ses remèdes, le vieux vendeur avec lequel il a fait affaire a une réponse simple, qui marche à tous les coups : « Si les esprits le veulent, il n'y a aucune raison que cela ne marche pas. » Croie donc qui voudra ! 

________

Par André Silver Konan, envoyé spécial

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Togo

Togo : des femmes s'inspirent des Femen pour dénoncer le décès d'un opposant

Togo : des femmes s'inspirent des Femen pour dénoncer le décès d'un opposant

À l’appel du collectif Sauvons le Togo (CST), un groupe de femmes a manifesté seins nus, samedi 18 mai, devant le local de la gendarmerie nationale à Lomé, en marge d’une marche pacifique po[...]

Togo : l'opposition conteste la tenue des législatives en juillet

La présidente de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Angèle Dola Aguigah, a annoncé mercredi 15 mai la tenue des élections législatives pour la première[...]

Les 25 femmes les plus influentes du business en Afrique

Poids économique ou financier, importance des réseaux... "Jeune Afrique" dresse la liste des femmes qui comptent dans le monde des affaires en Afrique francophone. Qu'elles soient ministres ou[...]

Félicité Donyo : patronne des patrons

D'origine togolaise, formée en France, cette styliste a monté son entreprise au Québec. Ses vêtements pour enfants en batik commencent à faire parler d'eux.[...]

Gabriel Agbéyomé Kodjo : "Au Togo, le pouvoir doit engager le dialogue"

Ancien Premier ministre du Togo et opposant irréductible au président Faure Gnassingbé, Agbéyomé Kodjo a été arrêté le 16 janvier, incarcéré[...]

Togo : une grève, deux morts et une tentative d'apaisement

Le Togo est en deuil à la suite au décès de deux élèves au cours d’une manifestation à Dapaong, le 15 avril. Si le drame a accéléré la conclusion d’un [...]

Théâtre : "Odyssées", vogue la galère

"Odyssées", la dernière pièce du Togolais Gustave Akakpo, évoque le drame de l'immigration clandestine, tragédie du monde contemporain.[...]

France - Togo : incendies de Kara et Lomé, le rapport qui dérange

Les autorités togolaises n'ont pas encore rendu public un rapport d'experts français sur les incendies des marchés de Kara et Lomé. L'opposition, dont plusieurs membres ont été[...]

Afrique : les nouveaux francs-maçons

Les "nouveaux francs-maçons" africains voudraient emprunter une voie différente à celle de leurs aînés. Une voie qui passe notamment par la bonne gouvernance et le respect des droits[...]

Togo : l'ancien ministre Pascal Bodjona mis en liberté provisoire

Inculpé dans une affaire d'escroquerie à la nigériane, l’ancien ministre togolais de l’Administration territoriale, Pascal Bodjona, a été mis en liberté provisoire, mardi 9[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers