Extension Factory Builder
17/05/2012 à 18:34
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
A la veille du scrutin législatif grec, dans une rue d'Athènes, le 5 mai. A la veille du scrutin législatif grec, dans une rue d'Athènes, le 5 mai. © Kostas Tsironis/AP/SIPA

L'élection de François Hollande à la présidence française, et, plus encore, la victoire des partis antieuropéens aux législatives grecques en témoignent : la politique d'austérité imposée par l'Allemagne et le FMI est de plus en plus largement rejetée.

Lundi 7 mai. En fin de journée, les médias français se sont félicités de la réaction positive des marchés à l'élection de François Hollande à la tête du pays. On avait tellement prédit une dégringolade des cours après l'arrivée au pouvoir du chantre de la croissance que des cocoricos pouvaient résonner pour saluer ce que d'aucuns considèrent comme une première victoire du nouveau chef de l'État face aux défenseurs de l'austérité à tous crins.

Dans les derniers jours de la campagne électorale, l'équipe du candidat socialiste avait cru déceler un frémissement chez les partenaires européens en faveur d'un pacte de croissance. Angela Merkel aurait laissé entendre qu'elle ne fermait pas la porte à des discussions, tandis que Mario Draghi, patron de la Banque centrale européenne (BCE), affirmait que les Européens devaient réfléchir à l'introduction d'une dose de croissance pour contrebalancer l'austérité, leitmotiv des gouvernements du Vieux Continent.

Cette austérité, elle a été imposée de façon drastique aux Grecs, aux Espagnols et aux Italiens, fragilisant non seulement les économies nationales, mais aussi, et surtout, les pouvoirs en place. La solution a été purement et simplement rejetée le 6 mai par les électeurs grecs, lors des législatives, et français. Ces derniers ont remercié Nicolas Sarkozy, qui avait fait des mesures de rigueur la base de son programme électoral. Le succès de la coalition d'extrême gauche Syriza, farouchement hostile à l'austérité et désormais deuxième parti de Grèce, illustre le refus de la population de voir son niveau de vie réduit à néant pendant que le chômage s'envole.

Discrédités, les deux grands partis grecs ne recueillent qu'un tiers des voix.

Dès lors, l'attitude qu'adoptera Hollande après son entrée en fonction, le 15 mai, sera déterminante pour l'avenir de l'Union européenne. Se tiendra-t-il aux côtés du peuple grec contre l'austérité ? Ou soutiendra-t-il le gouvernement allemand et le Fonds monétaire international (FMI) en admettant que le renflouement de la Grèce ne peut être renégocié ? En d'autres termes : prendra-t-il la tête d'une fronde de l'Europe du Sud afin de contester la rigueur et d'isoler la chancelière allemande ?

"Merkollande" ?

Jusqu'au 6 mai, cette dernière pouvait compter sur le soutien de Sarkozy, à tel point qu'on avait fini par créer le néologisme « Merkozy » pour évoquer leur entente. Parlera-t-on dans quelques mois de « Merkollande » ? Rien n'est moins sûr. Malgré la prudence affichée par Berlin concernant le pacte de croissance défendu par le candidat socialiste, il semble aujourd'hui difficile, sur le fond, de trouver une quelconque approche commune.

Pour Merkel, le plan de croissance doit se concentrer sur des réformes structurelles, notamment le renforcement de la flexibilité du marché du travail. Hollande imagine pour sa part des investissements et la création d'emplois dans le développement des énergies renouvelables et des infrastructures, grâce à l'émission d'obligations européennes - les fameux eurobonds. Les réformes structurelles sont absentes de son programme, alors qu'elles sont au coeur de la vision allemande.

Si le nouveau président français devait ­camper sur ses positions et chercher à isoler Berlin au sein de l'Union européenne, ce serait « un ­véritable séisme dans la politique étrangère française de l'après-guerre, fondée sur l'idée que le "couple franco-allemand" devait gérer les affaires de ­l'Europe. Une alliance de la France avec le Sud porterait également tort à l'image qu'elle a d'elle-même, en tant que l'une des économies les plus fortes du continent », estime le Financial Times.

Blocage politique

C'est évidemment une responsabilité énorme que Hollande aura du mal à assumer, en dépit des pressions qui s'exercent déjà sur lui. Sa victoire est interprétée comme une première brèche dans le dogmatisme des tenants de l'austérité. Un peu partout en Europe, les formations qui rejettent cette politique ont désormais le vent en poupe. En Irlande, par exemple, le Sinn Féin, parti nationaliste et catholique, fait le plein de voix, en particulier chez les jeunes, grâce à son discours antiaustérité. Une montée en puissance qui inquiète les formations classiques.

Les élections grecques l'ont montré : les deux partis traditionnels favorables au renflouement, Nouvelle Démocratie et le Pasok, n'ont récolté qu'environ un tiers des voix et se montrent incapables de former un gouvernement. Le blocage politique est total. Il n'est pas de nature à inciter la France à jouer avec le feu en choisissant la confrontation avec Berlin. Les plus pessimistes imaginent déjà une implosion de la zone euro, voire de l'Union européenne.

Le 8 mai, David Cameron, le Premier ministre britannique, a rappelé dans un entretien accordé au Daily Mail que l'euro ne pouvait pas fonctionner sans un gouvernement européen, laissant poindre son inquiétude face à la détérioration de la situation dans la zone. Il a ainsi répondu à la critique de Hollande selon laquelle le Royaume-Uni était « indifférent » au sort de la monnaie unique.

Voilà pourquoi il est urgent de déterminer une ligne de conduite commune. C'est d'autant plus indispensable que les marchés craignent manifestement que la Grèce, sous l'influence d'un parti de la gauche radicale galvanisé par les résultats des législatives, ne remette en question ses engagements en matière de rigueur. Face à l'incertitude et à l'absence totale de visibilité à court terme, les Bourses enregistrent des mouvements de yoyo. À Athènes, la Bourse est tombée, le 8 mai, à son niveau d'il y a vingt ans. Pas de quoi claironner ni donner un quelconque espoir de reprise, synonyme d'un retour rapide à la croissance.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

États-Unis : retour sur les destins brisés de neuf citoyens africains-américains

États-Unis : retour sur les destins brisés de neuf citoyens africains-américains

Depuis le meurtre de Michael Brown, le 9 août dernier à Ferguson, les États-Unis vivent une nouvelle fois au rythme des tensions raciales. Une situation que le pays a connue à de multiples reprises dep[...]

Isis, la lingerie britannique du même nom que l'État islamique

La chaîne britannique de dessous érotiques Ann Summers vient de lancer une collection de lingerie fine nommée Isis, l’acronyme en anglais de l’État islamique. La porte-parole de la marque a[...]

France : premier Conseil des ministres pour le gouvernement "Valls II"

Le gouvernement "Valls II" se réunit ce mercredi pour son premier Conseil des ministres, purgé de l'aile gauche du PS pour assumer la "ligne" sociale-libérale voulue par un[...]

Ebola : British Airways suspend ses vols vers le Liberia et la Sierra Leone jusqu'en décembre

British Airways a annoncé mardi maintenir la suspension de ses vols à destination et depuis le Liberia et la Sierra Leone jusqu'à la fin de 2014. La compagnie aérienne a pris cette décision en[...]

Barack Obama souhaite intensifier la lutte contre le jihadisme en Syrie

Les États-Unis ont décidé d’intensifier leur lutte contre les islamistes ultraradicaux en Syrie. Si le président américain Barack Obama n’a pas encore pris de décision[...]

Ukraine : Washington dénonce une "escalade significative"

Les "incursions militaires" de la Russie en Ukraine constituent une "escalade significative", a affirmé la Maison Blanche lundi soir après que Kiev a annoncé la capture de soldats russes[...]

Ebola : "La lutte pour vaincre le virus n'est pas une bataille, mais une guerre"

Selon le Dr David Nabarro, coordinateur de l'ONU contre l'épidémie Ebola qui sévit en Afrique de l'Ouest, la "guerre" contre le virus n'est "pas gagnée" et pourrait prendre six[...]

Syrie : libération d'un otage américain enlevé il y a deux ans par Al-Qaïda

Le secrétaire d’État américain John Kerry a annoncé dimanche la libération de Peter Theo Curtis, un ressortissant américain enlevé il y a deux ans par la branche[...]

Contre Ebola, douche froide et buzz viral

Le "Ice Bucket Challenge" fait rage sur la planète. Des personnalités de toutes sphères se prêtent à ce défi du seau glacé. L’Afrique, elle, navigue entre suivisme et[...]

États-Unis : ville noire, pouvoir blanc

Des émeutes de Watts en 1965 à celles de Ferguson, le cercle vicieux se perpétue : bavure, colère, répression, le tout sur fond d'inégalités. Rien n'aurait donc[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex