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22/05/2012 à 14:24
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Le président sénégalais Abdoulaye Wade lors d’un discours, le 19 mars 2011 à Dakar. Le président sénégalais Abdoulaye Wade lors d’un discours, le 19 mars 2011 à Dakar. © AFP

La retraite, très peu pour lui. Abdoulaye Wade a vite reconnu sa défaite à la présidentielle, mais le voici bien décidé à mener la bataille des législatives sénégalaises. Bien décidé aussi à conserver les rênes de l'ex-parti au pouvoir. Tant pis pour ceux qui pensaient que leur tour était venu.

Au lendemain de sa défaite à la présidentielle, la rumeur l'annonçait au Maroc pour une retraite bien méritée. Il est vrai que Mohammed VI l'y a invité. Elle l'envoyait aussi en France, le pays de son épouse, Viviane, où le couple possède une villa dans les Yvelines. Ou dans l'un des pays du Golfe, où lui et son fils, Karim, ont tissé des liens étroits pendant douze ans... Il y avait dans chacun de ces bruits une part de vérité : bientôt, Abdoulaye Wade ira reprendre des forces sous le soleil marocain, il se rendra à Paris pour voir ses trois petites-filles et il foulera le sol de La Mecque pour y réaliser une fois de plus le petit pèlerinage, déposer son sac de péchés et implorer la grâce divine. Mais le temps n'est pas venu. « Pourquoi voulez-vous que le président quitte le pays ? s'étonne un de ses plus proches collaborateurs. Wade est né pour se battre. Il mourra en se battant. »

La retraite ? À en croire le premier cercle de ses amis, celui qui fêtera fin mai son 86e anniversaire (si l'on se fie à sa biographie officielle) n'y pense pas. Il envisage même de rouvrir un cabinet d'avocats d'affaires avec certains de ses proches qui ont, comme lui dans un passé plus ou moins lointain, porté la robe.

Opposant numéro 1

En attendant, il fait figure d'opposant numéro un au président Macky Sall. Certes, Wade a demandé à ses troupes de « ne pas gêner » son successeur, comme il avait souhaité que ses ministres apportent tout leur concours à la bonne marche de la transition gouvernementale. Il prend grand soin de ne pas se montrer en public et n'a donné aucune interview depuis sa défaite. Il refrène même les ardeurs de ses collaborateurs que les accusations de malversations lancées par le nouveau pouvoir à son encontre rendent fous de rage. Mais Abdoulaye Wade n'est pas Abdou Diouf. Ce dernier avait quitté le pays après sa déroute électorale en 2000. Depuis, il dirige l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) à Paris et semble se désintéresser des soubresauts politiques de son pays. Une attitude perçue comme noble par nombre d'observateurs sénégalais. Wade, lui, compte bien rester le maître du marigot. Quand la presse évoque les tableaux et les objets d'art qu'il a emportés lorsqu'il a quitté le Palais, il envoie son porte-parole (Serigne Mbacké Ndiaye, celui-là même qui officiait à la présidence) rétablir sa vérité : ces objets lui appartiennent. Lorsque des proches du nouveau chef de l'État parlent de détournements de fonds et de caisses vides, il demande de nouveau à ses hommes d'intervenir pour réclamer « un audit international et national » sur sa gestion des affaires entre 2000 et 2012. Cette omniprésence dérange. Dans l'entourage de Macky Sall, on dénonce son « absence de grandeur ». Lui n'en a que faire. « C'est un homme libre et il ne brigue aucun mandat », rappellent ses amis.

« Le Sénégal m'a tout donné, je dois donc tout donner au Sénégal », a-t-il l'habitude de dire à ses visiteurs. Viviane s'est toujours accommodée de son hyperactivité, mais il se dit qu'elle commence à s'en agacer. Alors un jour, pas si lointain, peut-être « Gorgui » (« le vieux ») consentira-t-il à tirer sa révérence. Mais avant cela, il lui faut jouer une dernière fois le rôle qu'il affectionne le plus : celui de l'homme providentiel.

Il s'agit pour lui de sauvegarder ce qu'il restera lorsqu'il quittera ce monde : sa famille et son parti. Karim et Sindiély, ses enfants qu'il chérit tant, pourraient être dans le viseur de la justice si Macky Sall décide, comme il l'a promis, de diligenter des audits sur la gestion des structures qu'ils ont eu à diriger sous son magistère. Quant au Parti démocratique sénégalais (PDS), qu'il a fondé en 1974 et qui a toujours fonctionné autour de sa personne, l'implosion le guette depuis la déroute du 25 mars.

La guerre de succession avait commencé bien avant la défaite du second tour. Cela faisait plusieurs mois - des années, même ! - que Pape Diop, le président du Sénat, et Mamadou Seck, le président de l'Assemblée nationale, s'y préparaient. Au fil du temps, d'autres prétendants s'étaient placés, à l'instar d'Abdoulaye Baldé, l'ancien secrétaire général de la présidence. « Des personnalités fortes qui attendent depuis trop longtemps : tous les ingrédients sont réunis pour que le parti ne survive pas au départ de Wade, estime un de ses anciens collaborateurs devenu conseiller officieux de Macky Sall. Il sait que s'il part aujourd'hui, c'est l'éclatement total. » Et c'est pour ça qu'il a gardé, à la surprise générale, la main sur le parti.

Retour en arrière. Nous sommes le 31 mars 2012. Quatre jours après l'officialisation de sa défaite, Wade monte une dernière fois dans la limousine présidentielle et prend la direction, avec son fils, du Centre international du commerce extérieur du Sénégal (Cices), où doit se tenir le congrès du PDS. Cela fait des années que Wade dirige « son » parti à la manière d'un autocrate. Le bureau politique est peuplé de faire-valoir. Ce rendez-vous du 31 mars doit relancer la démocratie au sein du parti - c'est du moins ce qu'espèrent la plupart de ses cadres. Les plus audacieux envisagent même la désignation d'un nouveau chef. Mais il ne sera qu'une parodie de congrès. Aucun débat, pas même de discussions, en aparté, entre les leaders. À peine Wade est-il arrivé qu'il pénètre dans la salle surchauffée où l'attendent des milliers de militants. Un discours, et on passe au vote à main levée d'une résolution dont peu de cadres avaient eu connaissance et qui donne au secrétaire général carte blanche en vue des législatives, dont le premier tour est fixé au 1er juillet.

"Tous sont des proches de Karim Wade"

Depuis, il reçoit. Tous les jours de la semaine (et parfois même le week-end), de 10 heures à 15 heures puis de 17 heures jusqu'au milieu de la nuit. Non plus au Palais, mais dans une villa de Fann Résidence (un quartier huppé de la capitale) qui appartient à Madické Niang, son ancien ministre des Affaires étrangères, et dans laquelle il a posé ses valises en attendant le réaménagement de sa demeure du Point E. Un habitué des lieux ne cache pas son admiration. « Quand il a quitté le Palais, il s'est reposé une demi-journée. Dès le lendemain, il recevait. Il a gardé le même rythme que quand il était président. » Ses visiteurs sont des personnalités des mondes politique, économique, culturel et sportif. Mais Wade a surtout pris soin de recevoir les représentants de toutes les fédérations du PDS. C'est lui qui, avec une poignée de collaborateurs (dont le coordinateur du parti, Oumar Sarr), a coché les noms de ceux qui pourront briguer un siège à l'Assemblée sous la bannière bleu et jaune du parti. « Tous sont des proches de Karim Wade », pestent ses détracteurs.

Les enfants Wade attendent les résultats de l'audit

Les choses pourraient se compliquer pour les enfants d'Abdoulaye Wade. Le gouvernement a décidé d'auditer les comptes des grands projets menés par l'ancien régime et de donner des suites judiciaires si des malversations étaient constatées - c'était une promesse de Macky Sall. Parmi ces projets figure le Festival mondial des arts nègres (Fesman), dont Sindiély Wade était l'administratrice adjointe et dont la gestion aurait été épinglée par l'Inspection générale d'État, selon un proche de la présidence. Quant à Karim Wade, il pourrait avoir à répondre de la gestion des comptes de l'Agence nationale pour l'Organisation de la conférence islamique (Anoci), qu'il a présidée entre 2004 et 2008, ainsi que de ceux de la compagnie Sénégal Airlines, dont il a chapeauté la création en tant que ministre de tutelle. Ce dernier dit attendre « avec impatience les résultats de ces audits ». R.C.

En restant à la tête d'un parti déjà affaibli par les départs de Macky Sall (en 2008) et d'Idrissa Seck (en 2011), Wade « limite la casse, estime un de ses conseillers. Il se donne du temps pour désigner son successeur ». Mais il s'est aussi aliéné ses principaux lieutenants. Peu de temps après le vrai-faux congrès, Pape Diop, Mamadou Seck, Abdoulaye Baldé et Moustapha Guirassy, l'ancien ministre de la Communication, ont rompu avec « le vieux ». Ils présenteront une liste alternative aux législatives : l'Alliance Bokk Guiss Guiss (« même vision », en wolof). « Wade a tenté d'imposer son fils à la tête du pays, grogne l'un d'eux. Il n'a pas réussi, alors il tente de l'imposer au parti. C'est inadmissible. »

Dans la villa de Fann Résidence, on se moque de ces « traîtres ». « Des trahisons, Wade en a connu d'autres. Il n'est pas dans l'émotion », assure Amadou Sall. Celui qui était le porte-parole du candidat fait toujours partie du premier cercle. On y trouve aussi Mamour Cissé, son ancien conseiller à la présidence, Samuel Sarr, le financier de toujours, Pape Samba Mboup, son ex-directeur de cabinet, Lamine Faye, son garde du corps, Serigne Mbacké Ndiaye... Bref, tous ceux qui comptaient lors des derniers mois passés au Palais. À croire qu'il ne l'a jamais quitté.

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