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18/05/2012 à 15:38
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Le siège de United Bank  for Africa à Lagos, Nigeria. Le siège de United Bank for Africa à Lagos, Nigeria. © ubagroup.com

Après deux années désastreuses, la banque nigériane United Bank for Africa déclare des profits vertigineux sur les trois premiers mois de 2012. Un résultat à ne pas forcément prendre au pied de la lettre.

Promesse tenue. Le 18 avril, United Bank for Africa (UBA) a annoncé pour le premier trimestre 2012 des profits mirobolants. À 76 millions d'euros, le résultat net avant impôt du groupe nigérian s'est envolé de 233 % par rapport au premier trimestre 2011, confirmant les prévisions données quelques semaines plus tôt par la direction d'UBA. Depuis, les investisseurs à la Bourse de Lagos ont salué l'événement à sa juste valeur : le titre a progressé en neuf séances de 46,7 % !

Après deux années désastreuses, UBA sortirait-il enfin la tête de l'eau ? « Les résultats financiers de la banque au cours du premier trimestre témoignent de la résistance du groupe et du redressement de la performance de l'entreprise après que nous en avons nettoyé le bilan », explique Phillips Oduoza, directeur général. Débutée en 2010, la purge s'est en effet poursuivie tout au long de 2011. Au cours de ce laps de temps, le groupe s'est séparé d'environ 610 millions d'euros de prêts non recouvrables. Au cours du seul dernier trimestre 2011, les 470 millions d'euros dont UBA s'est délesté ont d'ailleurs provoqué l'effondrement de ses performances financières.

Aventure africaine

Un mal pour un bien... Le groupe, qui présente désormais un niveau de prêts non performants en dessous des 5 % imposés par la Banque centrale, serait mieux positionné pour l'avenir. À son actif également, une « aventure africaine » qui commence à porter ses fruits. Douze de ses dix-huit filiales sur le continent (hors Nigeria) sont désormais rentables, contre quatre à la fin de l'année 2010. Désormais, 19 % de ses revenus sont générés en dehors du Nigeria (contre 10 % deux ans plus tôt), en ligne avec le poids des opérations africaines dans le total de bilan du groupe. Du coup, le management prévoit une poursuite de la croissance bénéficiaire, avec pour le second trimestre un résultat net aussi élevé que celui du premier trimestre.


Tout cela est-il crédible ? À ce niveau de profits, la rentabilité des capitaux propres du groupe atteint 28,5 %, un niveau tout à fait exceptionnel au Nigeria... et peu probable même pour une banque comme UBA, jadis très rentable. « Nous aimons cette performance, explique Abiola Rasaq, analyste chez Vetiva Research. Néanmoins, nous restons prudents, avec une prévision de rentabilité à 13 % pour l'ensemble de l'année 2012. »

La concurrence d'Ecobank et d'Access Bank

L'important provisionnement décidé par le management fin 2011, alors que les trimestres précédents semblaient encourageants, incite à la prudence. « Étant donné que les chiffres [du premier trimestre 2012, NDLR] ne sont pas audités, nous ne sommes pas certains qu'ils donnent une vision fidèle de la performance 2012, soulignait dès le mois de février Muyiwa Oni, analyste chez Stanbic IBTC. Depuis l'audit mené par la Banque centrale en 2009, nous observons que les éléments prévisionnels donnés par le management ont souvent été différents de la performance réelle. Par conséquent, nous avons besoin de temps avant de pouvoir être davantage confiants dans les indications du management », ajoutait-il.

Son aventure africaine commence à porter ses fruits

D'autres défis attendent le groupe. Parmi eux, la montée en puissance d'Ecobank et d'Access Bank, qui ont fait leur entrée dans le top 5 local. Historiquement, UBA est l'une des banques les plus importantes de la place. Mais si cette nouvelle pression concurrentielle se traduit par une augmentation des crédits accordés, le risque peut être grand. « Au Nigeria, je ne miserai pas sur une banque qui prête de manière agressive », prévient un gérant panafricain. Ce qui n'a pas été le cas d'UBA jusqu'à présent. Autre incertitude, la mise en place d'une nouvelle structure, au sujet de laquelle les analystes restent sceptiques. Cette réorganisation, imposée par la Banque centrale, passerait par la sortie des activités non bancaires (assurances notamment) du périmètre d'UBA.

Les qualités du groupe sont connues : un vaste réseau de plus de 600 agences à travers le pays, un grand nombre de clients, une base de financement peu coûteuse ainsi que de belles perspectives africaines. Mais ses défauts le sont tout autant : un ratio coût/revenu élevé, un réseau pas toujours très efficient, une sous-performance régulière en matière de bénéfices depuis quelques années... En 2008, rappelaient récemment les analystes de Renaissance Capital, le ratio officiel de prêts non performants d'UBA était de 3,6 %. En 2009, à la suite de l'audit de la Banque centrale, il était réévalué à 7,9 %. Puis à 12,3 % dans les premiers mois de 2011. Preuve que, chez UBA, tout ne peut être pris au pied de la lettre. Et que l'avenir, malgré les bonnes nouvelles de ces derniers jours, n'a rien de garanti... 

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