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14/05/2012 à 17:46
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Devant les députés, le 1er juillet 2010, à Libreville. Devant les députés, le 1er juillet 2010, à Libreville. © Wils Yanick Maniengui/AFP

Président de l'Assemblée gabonaise depuis 1997, Guy Nzouba Ndama est un pilier du système Bongo. Après avoir servi le père, il a soutenu le fils. Rencontre avec un homme qui a fait de la fidélité une tactique de survie en politique.

Il a les yeux qui brillent quand il parle de son récent voyage à Dakar, où il a assisté à la prestation de serment de son « ami » Macky Sall à la présidence, le 2 avril dernier. L'homme est volontiers badin, mais chacun de ses mots est pesé au trébuchet. Rien, dans le propos de l'impénétrable Guy Nzouba Ndama, 65 ans, ne trahit ce qu'il a apprécié dans la transition sénégalaise. L'opiniâtreté de Macky Sall, qu'il dit bien connaître et tutoyer ? Le regroupement de l'opposition entre les deux tours ? L'élégance du sortant, Abdoulaye Wade, qui a reconnu sa défaite ? La bonne organisation du scrutin ? Mystère.

Habilement, il évite d'en faire un éloge trop appuyé, qui pourrait résonner comme une critique en creux de ce qui s'est passé au Gabon en 2009. Le processus avait alors dérapé, la contestation des résultats ayant entraîné des émeutes tragiques à Port-Gentil. Quand on dirige, comme lui, l'Assemblée nationale gabonaise depuis 1997, que l'on a été réélu en 2002 et en 2007, et que l'on est, à ce titre, l'un des acteurs de l'après-Omar Bongo Ondimba, on sait éviter les pièges de débutant.

Dans son vaste bureau du cinquième étage du palais Léon Mba de Libreville, où siège la chambre basse du Parlement, une vingtaine de photos ont été accrochées au mur pour illustrer la stature internationale de ce Nzébi, député de la Lolo-Bouenguidi, dans la province de l'Ogooué-Lolo (Centre). On l'y voit au côté d'un ancien Premier ministre camerounais ou posant avec Blaise Compaoré, le président burkinabè... Mais l'image dont il se dit le plus fier le montre en grande conversation avec Zacharie Myboto, ex-baron du parti au pouvoir qui a fondé l'Union nationale (UN, aujourd'hui dissoute), et Pierre Mamboundou, ancien président de l'Union du peuple gabonais (UPG), décédé en octobre 2011. « C'est bien la preuve que, dans notre pays, nous dialoguons avec l'opposition », se félicite-t-il. Nzouba s'agace pourtant lorsque l'on mentionne le boycott des législatives du 17 décembre dernier par l'opposition. Il aurait préféré qu'elle prenne part au vote, mais affirme que l'image d'une chambre monolithique (114 députés pour le parti au pouvoir, le Parti démocratique gabonais [PDG], sur les 120 que compte la chambre) « ne [le] gêne pas ».

Le vieux

À l'instar de nombreux barons du PDG, son destin aurait pu basculer, en 2009, après l'annonce du décès d'Omar Bongo Ondimba. Le natif de Koulamoutou, troisième personnalité de l'État et vice-président du parti au pouvoir, aurait pu lui aussi prétendre à la succession du « Vieux ». L'élection présidentielle est fixée au 30 août. Le Premier ministre Jean Eyéghé Ndong, Casimir Oyé Mba ou André Mba Obame (tous deux membres du gouvernement) sont déjà dans la course. Lui ne bouge pas. À ses proches, qui le pressent de faire acte de candidature, il répond invariablement qu'il n'en est pas question. « J'avais déjà choisi de soutenir un candidat », se justifie-t-il après coup.

Une longévité pas toujours appréciée dans l'entourage du chef de l'État comme dans l'opposition.

Non seulement cet enseignant en philosophie, formé à l'université Paul-Valéry de Montpellier, en France, n'a pas cédé à la tentation du palais du Bord de mer, mais c'est lui qui obtient, après avoir bataillé, que le PDG soutienne Ali Bongo Ondimba dans la course à la présidence. L'ambitieux membre de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (Feanf), hostile à Omar Bongo au début des années 1970, avant d'en devenir le ministre en 1983 (il obtiendra successivement les portefeuilles du Commerce et de l'Industrie, de l'Habitat et de l'Éducation nationale, avant d'être - brièvement - nommé conseiller politique de Bongo), est devenu un faiseur de rois. Élu, le nouveau chef de l'État lui en saura gré.

Nzouba a résisté au vent du changement qui a emporté des dizaines de personnalités qui avaient gouverné avec Bongo père - une longévité que certains, dans le nouvel entourage du chef de l'État, n'apprécient pas plus que l'opposition. Pourtant, même l'ancien Premier ministre Biyoghé Mba, que certains voyaient briguer le perchoir à l'issue des législatives de décembre 2011 (il a quitté la primature en février dernier), ne représente plus un danger. Entre le « président Guy » et le chef de l'État, les liens sont plus étroits que jamais. Nzouba n'est-il pas un des proches du nouveau Premier ministre Raymond Ndong Sima ? On le verra encore monter en première ligne pour faire passer les projets de loi contestés, comme il l'a fait en 2003 en faisant voter une révision constitutionnelle qui instaurait le scrutin à un tour pour toutes les élections. Le même texte autorisait aussi le chef de l'État à briguer plus de deux mandats. 

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