Extension Factory Builder
24/04/2012 à 18:19
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le banquier camerounais milite pour une Franc-maçonnerie universelle. Le banquier camerounais milite pour une Franc-maçonnerie universelle. © Nicolas Eyidi pour J.A

Haut gradé du Grand Orient, le banquier camerounais Hervé-Emmanuel Nkom a été initié il y a trente ans.

Jeune Afrique : Y a-t-il une obédience plus présente qu'une autre en Afrique francophone ?

Hervé-Emmanuel Nkom : Les obédiences se sont installées en Afrique francophone à la faveur de l'arrivée de l'administration coloniale.

Au XIXe siècle, le Grand Orient (GO) a été l'obédience fondatrice, suivie par la Grande Loge de France (GLDF). Le GO a soutenu l'implantation des grandes loges nationales, comme la Grande Loge nationale unie du Cameroun (Gluc).

Mais le prosélytisme de la Grande Loge nationale française (GLNF), ces vingt dernières années, lui a permis de s'implanter fortement en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale, particulièrement au Congo-Brazzaville, au Gabon et en Côte d'Ivoire. Elle recrute massivement dans les palais africains. Le Droit humain, obédience mixte, est également en phase d'expansion.

L'intérêt des Africains pour le spirituel a-t-il favorisé l'essor de la franc-maçonnerie ?

La franc-maçonnerie doit rester universelle, sans distinction de race, de couleur ou d'origine. On ne doit pas y incorporer des pratiques religieuses ou traditionnelles, comme le vaudou ou le bwiti. Historiquement, des maçons comme Blaise Diagne [le premier Noir élu à la Chambre des députés en France, NDLR] s'en sont servis comme moyen de lutte contre la colonisation et l'illettrisme des populations. Après leur formation universitaire, les Africains trouvent également dans la franc-maçonnerie le moyen de s'imprégner d'un mode de vie laïque. Cela leur permet de s'ouvrir sur l'égalité, la parité, la démocratie ou la justice sociale.

Certains présidents sont devenus maîtres en deux ou trois jours. Il y a des règles à respecter.

D'autres considèrent que la maçonnerie peut aider à obtenir une promotion ou à accélérer une carrière, mais c'est un dévoiement.

Au sommet de la pyramide, certains présidents africains pilotent cette « franc-maçonnerie de palais »...

L'appartenance d'un président, d'un ministre ou d'un responsable de la police pose la question du conflit d'intérêts. Il ne faut pas que votre frère français vous initie en contrepartie de votre docilité.

Un maçon est une sentinelle : il doit rester en éveil et ne peut fermer les yeux sur les atteintes aux droits de l'homme et à la démocratie. Et encore moins les perpétuer. Les dérives arrivent lorsque l'on ne respecte pas les règles du temple. Certains présidents africains sont devenus grands maîtres en deux ou trois jours, alors qu'il faut normalement plusieurs années d'apprentissage. La GLNF, par exemple, est très laxiste quand elle recrute et ne veille pas au respect de ses propres règles.

Les maçons jouent-ils un rôle dans la résolution des crises ?

La franc-maçonnerie a contenu la folie de certains dirigeants. Elle a dispensé le Bénin d'une guerre civile et accéléré la mise en place du processus démocratique au début des années 1990. Au Congo-Brazzaville, elle a permis d'éviter une guerre beaucoup plus longue et encore plus meurtrière. Lors de la présidentielle de 2000 au Sénégal, les maçons de toutes obédiences ont favorisé la transition démocratique, et, cette année encore, en dépit des divisions entre conservateurs et partisans du changement, ils ont insisté pour que la vérité des urnes soit respectée. Reste la Côte d'Ivoire, une terre d'élection de la maçonnerie où elle n'est pas parvenue à enrayer la crise.

_____

Propos recueillis par Pascal Airault.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Cameroun

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Afrique du Sud : que nous apprend le scandale des "Spy Cables" ?

Des documents révélant les échanges entre les services secrets sud-africains et leurs homologues étrangers et publiés depuis lundi par la chaîne Al-Jazeera et le quotidien britannique The[...]

Cameroun : le marocain Cosumar choisi pour développer un nouveau complexe sucrier

Cosumar plantera de la canne à sucre et construira une raffinerie entre Batouri et Bertoua, à l’est du pays. Le leader marocain du sucre bat lors de l'appel d'offres le groupe français Somdiaa qui[...]

"Plus jamais Ebola..." : ce sera sans Manu Dibango

Manu Dibango s'est retiré d'un projet musical de sensibilisation à la lutte contre Ebola. Il n'aurait pas supporté que des personnes soient rétribuées pour ce projet censé être[...]

Boko Haram, une guerre qui coûte cher au Cameroun

Le nerf de la guerre contre Boko Haram est un souci de première importance au Cameroun.[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Boko Haram : la sale guerre a commencé

Composée des troupes du Cameroun, du Niger, du Nigeria et du Tchad, la force régionale s'est lancée dans la bataille pour enrayer l'avancée de la secte jihadiste Boko Haram. Une course contre la[...]

Cameroun : Afriland First Bank ouvre une agence dédiée à la finance islamique

Le groupe bancaire camerounais vient d'ouvrir à Yaoundé sa première agence spécialisée dans la finance islamique et envisage une extension du réseau au reste du pays. Une première[...]

Boko Haram, la tactique du boucher

Le groupe islamiste agit-il en ordre dispersé ou suivant une véritable stratégie militaire ? De batailles en massacres, son organisation se dévoile peu à peu.[...]

Cartographie - Boko Haram sur les traces du califat de Sokoto ?

Les dirigeants de Boko Haram rêveraient-ils de faire revivre le califat de Sokoto, établi au XIXe siècle et disparu au moment de la colonisation britannique ? Leurs intentions ne sont pas claires.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2674p052-057.xml3 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2674p052-057.xml3 from 172.16.0.100