Extension Factory Builder
04/04/2012 à 14:10
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Mark Elliott est le président de Citac Africa.

On a beaucoup glosé sur les relations sino-africaines en matière d'investissement. Les Chinois, sans se soucier des subtilités politiques, et animés par une soif inextinguible de matières premières, ont osé s'engager dans des accords commerciaux impensables pour les entreprises et surtout pour les banques occidentales. Ainsi, en 2010, le commerce de la Chine avec l'Afrique a enregistré une hausse de 45 %, établissant un record de 115 milliards de dollars (près de 87 milliards d'euros).

Cela ne signifie pas pour autant que chaque projet est validé par Pékin sans être passé au crible, comme en témoignent certaines décisions de retrait ou d'annulation d'investissement. Voilà qui apparaît potentiellement comme une mauvaise nouvelle pour l'industrie africaine du raffinage pétrolier. En effet, jusqu'à récemment, China National Petroleum Corporation (CNPC) semblait être le seul investisseur disposé à prendre des risques dans ce secteur sur le continent. Mais certains des accords qu'il a signés au Tchad, au Niger et en Algérie traversent aujourd'hui une zone de turbulences.

En Afrique, la hausse de la demande de produits pétroliers devrait atteindre 35 % au cours de la prochaine décennie, selon nos prévisions. Pourtant, alors que des investissements dans de meilleures et nouvelles capacités sont plus que jamais nécessaires, l'avenir des raffineries sur le continent semble sombre. Sur les 56 unités de ce type qui y sont construites, quatorze ont fermé et deux ont fusionné, ramenant la capacité à 3,2 millions de barils par jour et la production réelle à seulement 2,4 millions de barils par jour en 2010. Cela constitue un problème, puisque la demande est de 3,3 millions de barils par jour.

Parmi les nouvelles raffineries annoncées depuis 2000, quatre ont été achevées, et toutes par CNPC. On lui doit celles de Khartoum au Soudan (110 000 b/j), d'Adrar en Algérie (12 500 b/j), de N'Djamena au Tchad (20 000 b/j) et de Zinder au Niger (20 000 b/j). La Chine est aussi impliquée dans des projets d'agrandissement à Khartoum et de création d'installations en Ouganda et en Guinée équatoriale.

Certains des accords signés par CNPC au Tchad, au Niger et en Algérie traversent aujourd'hui une zone de turbulences.

CNPC devait également agrandir la raffinerie du Tchad pour porter sa capacité à 60 000 b/j, mais la polémique sur les prix des carburants a conduit le gouvernement à suspendre temporairement son accord avec la société chinoise. Selon cette dernière, le désir populiste de N'Djamena de réduire les prix à la pompe après l'ouverture de la raffinerie était un désastre pour la rentabilité du site, tandis que les Tchadiens estiment qu'ils n'ont pas à se faire forcer la main par Pékin. Une situation semblable à Adrar, ayant entraîné l'arrêt de la raffinerie pendant plusieurs mois, a récemment été réglée par la négociation.

Cela va-t-il se traduire par un ralentissement des investissements chinois dans le secteur ? Il y a quatre ans, Pékin a abandonné le projet de construction d'une raffinerie de 2 milliards de dollars à Lobito, en Angola, apparemment en raison de l'impossibilité de s'accorder avec le gouvernement du pays. Plus récemment, la partition du Soudan a fait planer de grandes incertitudes sur le projet d'agrandissement de la raffinerie de Khartoum.

Il est trop tôt pour dire si la lune de miel entre la Chine et l'Afrique est terminée. L'engagement de la première sur le continent ne fait aucun doute. Les sociétés chinoises y ont mené à bien plus de 500 projets d'infrastructures. Ces expériences récentes semblent toutefois souligner le besoin, pour Pékin, de prendre des précautions supplémentaires lors de l'appréciation du risque pays. Il est bien possible que l'on revienne à des accords plus stricts, de type « façonnage » par exemple [ensemble des opérations à forfait effectuées pour le compte d'une société pétrolière, NDLR], permettant ainsi d'éviter les problèmes, politiquement complexes, de tarification des produits pétroliers. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Continental

Jumia lève 120 millions d'euros

Jumia lève 120 millions d'euros

 En perte, le jeune site de commerce en ligne panafricain se renfloue auprès de ses actionnaires, dont MTN et Millicom, pour poursuivre sa croissance intensive.[...]

Le Maroc hôte du deuxième Forum mondial des droits de l'homme

Du 27 au 30 novembre, le Maroc organise le Forum mondial des droits de l'homme. Un événement chargé de symboles pour un pays qui sort d'un passé marqué par de nombreuses violations des droits[...]

Football : les fédérations d'Afrique australe boudent le Maroc

Dans un communiqué publié le 22 novembre, les fédérations d'Afrique australe expliquent qu'elles déclinent l'invitation de Rabat à venir assister, en décembre, à la Coupe du[...]

Photographie : l'Afrique sans fard

Affranchi des stéréotypes, le continent se raconte au festival de Lagos. Un rendez-vous international où se croisent les regards d'artistes nigérians et étrangers.[...]

Ebola : des artistes français s'emparent du misérabiliste "Do they know it's Christmas ?"

Après le désastreux "Do they know it’s Christmas ?" du collectif Band Aid (Bob Geldof, Bono), Carla Bruni, Joey Starr et d'autres artistes français s'apprêtent à leur[...]

Une pêche durable est essentielle pour la sécurité alimentaire en Afrique

Catherine Novelli est sous-secrétaire d'État américaine pour la Croissance économique, l'Énergie et l'Environnement.[...]

Ces avocats qui ont marqué 2014

 Pour la troisième année consécutive, "Jeune Afrique" dresse la liste des avocats d'affaires qui ont marqué l'actualité économique récente en Afrique francophone.[...]

Lutte conte Ebola : qui donne, combien et à qui ?

Depuis le mois de mars, le virus Ebola a déjà fait officiellement plus de 5 400 morts en Afrique de l'Ouest. Qui, à travers le monde, se mobilise financièrement pour stopper l'épidémie ?[...]

L'Afrique, cible prioritaire de l'industrie des biens de consommation européenne

L'Afrique sera d'ici à 2017 le deuxième marché prioritaire pour l'industrie des biens de consommation européenne, selon une étude du cabinet Deloitte. Le continent devrait enregistrer une hausse[...]

BAD : un tiers des Africains font-ils réellement partie de la classe moyenne ?

L'Afrique avance, bien sûr, et se consolide de l'intérieur. Mais de là à affirmer qu'une personne sur trois appartient désormais à la classe moyenne, il y a un pas... que la BAD[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces