Extension Factory Builder
04/04/2012 à 18:44
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
À 88 ans, Mugabe espère encore emporter un nouveau mandat. À 88 ans, Mugabe espère encore emporter un nouveau mandat. © STR New/Reuters

Avec la loi sur l'"indigénisation" des entreprises au Zimbabwe, Robert Mugabe peut de nouveau se poser en pourfendeur de l'impérialisme blanc. Comme au temps de la réforme agraire.

Au début, August David Brown a sans doute cru à une vaste plaisanterie. En entendant Robert Mugabe annoncer que la société qu'il dirige, le holding sud-africain Impala Platinum, allait devoir lui céder 51 % des actifs de sa filiale locale, Zimplats, il a probablement pensé à une nouvelle rodomontade du président zimbabwéen. À l'un de ces coups médiatiques sur lesquels le vieux chef a longtemps bâti sa popularité. En août dernier, il croyait encore pouvoir affirmer que « 51 %, cela ne se fera[it] pas ». Bien mal lui en a pris.

Gisement

Après des mois de difficiles négociations, et en vertu de la loi dite « d'indigénisation » des entreprises, le numéro deux mondial du platine a finalement dû s'incliner. Il a accepté, le 13 mars, le transfert de plus de la moitié de ses parts à ses salariés zimbabwéens (10 %), à une fondation représentant les populations installées aux abords de la mine (10 %) ainsi qu'à un fonds gouvernemental fort opportunément contrôlé par la Zanu-PF, le parti au pouvoir (à hauteur de 31 %). En échange, selon le quotidien sud-africain Business Day, Impala Platinum pourrait espérer recevoir 500 millions de dollars (environ 380 millions d'euros) - soit une somme inférieure à la valeur du gisement et dont personne ne peut dire avec certitude que le Zimbabwe pourra effectivement la payer.

À Harare, les entreprises étrangères tremblent, chacune craignant d'être la prochaine sur la liste. Les compagnies minières, mais aussi les banques ou les sociétés comme Nestlé ou American Tobacco, sont en principe toutes concernées. Morgan Tsvangirai, Premier ministre et chef du principal parti d'opposition (le Mouvement pour le changement démocratique, MDC), s'est inquiété du signal négatif ainsi envoyé. Plusieurs analystes, sud-africains et zimbabwéens, sont allés dans son sens, redoutant que les investisseurs étrangers rechignent davantage encore à s'engager au Zimbabwe.

Le timing ne doit rien au hasard. Des élections vont se tenir dans les mois qui viennent

Rien de tout cela n'a douché l'enthousiasme de Saviour Kasukuwere, le ministre du Développement de la jeunesse et de l'Indigénisation. Figure controversée du gouvernement (homme politique et businessman, il fait partie des 112 personnes sanctionnées par l'Union européenne), il a salué « un moment historique pour le Zimbabwe ». Interviewé par le quotidien britannique The Independent, il n'a pas nié que l'accord passé avec Impala allait surtout profiter « aux petits copains » du parti au pouvoir. « L'indigénisation va défaire [les profiteurs] d'hier, a-t-il expliqué. C'est pour cela que certains se plaignent. Nous voulons donner le pouvoir économique aux Zimbabwéens, sans tenir compte de leur appartenance ethnique, de leur langue ou de leur région d'origine. » Réponse de Morgan Tsvangirai : « C'est ce que j'appelle une rhétorique électorale, c'est comme les occupations des fermes [détenues par les Blancs, NDLR] : "Regardez, je vous ai donné la terre. Maintenant, je peux vous donner ces sociétés." »

Révolutionnaire

En politicien madré, Robert Mugabe, 88 ans, dont trente-deux passés au pouvoir, sait que ce qui a marché une fois pourrait bien fonctionner de nouveau. Au tout début des années 2000, l'accélération de la réforme agraire lui avait permis à lui, héros de la décolonisation, de se poser en chantre de la libération économique des Noirs. Or l'indigénisation des entreprises, c'est un peu la version corporate des expropriations des fermiers blancs. Grâce à elle, le chef de l'État a regagné, auprès de certains de ses concitoyens, ses galons de révolutionnaire.

Le timing, évidemment, n'est pas anodin. Des élections doivent être organisées au plus tard avant juin 2013, et Mugabe fait tout pour qu'elles se tiennent avant la date prévue. L'opposition est contre et réclame au préalable des réformes et l'adoption d'une nouvelle Constitution qui devraient notamment permettre de s'assurer de la transparence du scrutin. Et en attendant qu'une décision soit prise, Mugabe a tout à gagner en se posant en défenseur du pays. 

Vidéo à hauts risques

Cinq cents dollars (377 euros) d'amende et 420 heures de travaux d'intérêt général. Telle est la peine prononcée contre six Zimbabwéens accusés d'avoir comploté contre le président Mugabe. En février 2011, ils avaient été interpellés à Harare avec 40 autres personnes à l'issue d'une réunion au cours de laquelle avait été projeté un documentaire sur le Printemps arabe. « Au Moyen-Orient, les gens étaient arrêtés pour leur participation à des manifestations pacifiques. Au Zimbabwe, on les condamne pour avoir seulement visionné une vidéo », s'est insurgée Leslie Lefkow, de l'ONG Human Rights Watch. L'accusation avait réclamé la peine maximale, soit dix ans de réclusion. S'ils échappent pour l'instant à la prison, ils pourraient cependant s'y retrouver pour dix mois s'ils ne peuvent pas payer l'amende exigée par le tribunal de Harare.

Claude Leblanc

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Bande dessinée : Kafka en Iran

Article pr�c�dent :
RDC : course contre la montre à Kinshasa

1 réaction(s)

1.
jamy - 14/05/2012 à 05h:05

Vive Mugabe! L'Afrique te restera reconnaissante. [...] Lire

Toutes les dépèches

Réagir à cet article

Zimbabwe

Zimbabwe : Emmerson Mnangagwa nommé vice-président de la Zanu PF

Zimbabwe : Emmerson Mnangagwa nommé vice-président de la Zanu PF

Même si Robert Mugabe s'en défend, sa succession se prépare. Mercredi, le ministre de la Justice du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, a été nommé vice-président du parti au pouvoir, al[...]

Zimbabwe : Mugabe démet la vice-présidente et huit ministres proches d'elle

Nouvelle étape dans la guerre de succession à Robert Mugabe. Celui-ci a démis de ses fonctions Joice Mujuru, vice-présidente du Zimbabwe, qui faisait jusque-là figure de probable[...]

Zimbabwe : le président Mugabe place son épouse dans la course à sa succession

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1980, a officiellement placé samedi son épouse Grace dans la course à sa succession bien que la première dame soit relativement[...]

Zimbabwe : Mugabe se range du côté des faucons de la Zanu-PF, Grace en embuscade

Lors du congrès de la Zanu-PF, Robert Mugabe a violemment chargé jeudi Joice Mujuru, vice-présidente du parti accusée de comploter contre lui. La guerre de succession est ouverte.[...]

Zimbabwe : Robert Mugabe contre-attaque, il ne quittera pas le pouvoir

Le président zimbabwéen, Robert Mugabe, 90 ans, a coupé court mercredi aux spéculations selon lesquelles il quitterait le pouvoir.[...]

Zimbabwe : à la Zanu-PF, la guerre pour la succession de Mugabe fait rage

Connaîtra-t-on bientôt le successeur désigné de Robert Mugabe ? À la Zanu-PF, le parti au pouvoir, la guerre a commencé, alors que les 12 000 délégués de la formation[...]

Zimbabwe : accusée de complot contre Mugabe, la vice-présidente contre-attaque

Depuis quelques semaines, les médias gouvernementaux zimbabwéens accusent Joice Mujuru de corruption et de complot contre Robert Mugabe. Lundi, la vice-présidente est sortie de son silence pour annoncer son[...]

Zambie et Zimbabwe mettent en place un visa commun pour favoriser le tourisme

À partir du 28 novembre, la Zambie et le Zimbabwe vont lancer un visa commun destiné à promouvoir le tourisme dans la région. Un projet de la SADC majoritairement financé par la Banque mondiale.[...]

UE-Zimbabwe : après 12 ans de sanctions, 234 millions d'euros d'aide ?

Dans le cadre du processus de normalisation de ses relations avec le Zimbabwe, l'Union européenne (UE) a annoncé vendredi qu'elle était disposée à s'engager dans un "programme d'aide[...]

Tortures au Zimbabwe : la police sud-africaine appelée à ouvrir des nouvelles enquêtes

À la suite d'une requête d'association des droits humains, la Cour constitutionnelle sud-africaine a ordonné jeudi pour la troisième fois à la police nationale d'ouvrir une enquête sur des[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers