22/02/2012 à 17h:45 Par Alain Faujas
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Moment de détente pour le couple 'Merkozy', à Strasbourg, en novembre 2011. Moment de détente pour le couple "Merkozy", à Strasbourg, en novembre 2011. © Michael Probst/AP/SIPA

Le président français Nicolas Sarkozy affiche sa fascination pour l'insolente réussite économique de l'Allemagne, son voisin d'outre-Rhin. Or celle-ci est le fruit d'une terrible cure d'austérité lancée au début des années 2000.

« Tout mon travail, c'est de mettre les pas de la France dans ceux d'un système qui marche, celui de l'Allemagne », avait déclaré Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisée du 27 octobre dernier. Il a confirmé cette feuille de route en conviant Angela Merkel à un entretien télévisé conjoint, le 6 février sur France 2 et la chaîne allemande ZDF, histoire de conforter son image vacillante par une proximité avec la chancelière triomphante, qui, elle, obtient 64 % d'opinions favorables dans son pays. Du coup, il contraint ses adversaires, François Hollande ou François Bayrou, à se positionner par rapport à ce fameux modèle allemand.

Il faut dire que les sondages expriment la fascination des Français pour ce pays « qui marche ». Selon un sondage Ifop publié le 23 janvier par l'ambassade d'Allemagne à Paris, 74 % des personnes interrogées jugent que le pays d'Angela Merkel fait mieux que la France en matière de gestion de l'économie, 64 % qu'il lutte mieux contre le chômage, et 57 % qu'il a un meilleur niveau de vie. Tendance confirmée par une enquête Harris Interactive mise en ligne par le site Jolpress le 5 février : 50 % des sondés, contre 42 %, estiment que l'Allemagne pourrait être un modèle économique et social pour la France.

Décrochage

De fait, avec une croissance de 3 % en 2011 (contre 1 % pour la France), un chômage à moins de 7 % (contre 9,3 %) et un excédent commercial de 158 milliards d'euros (contre un déficit de 70 milliards), l'économie allemande peut faire envie. Les responsables français rêvent donc de corriger le décrochage économique entre les deux pays, dont les conséquences politiques sont désormais patentes : le couple « Merkozy » a volé en éclats et l'Allemagne est seule en scène. Berlin a imposé sa « règle d'or » budgétaire, tancé la Grèce pour sa mauvaise gestion et tenu tête au FMI qui le pressait de relâcher sa discipline budgétaire pour ne pas accroître la crise de compétitivité entre le nord et le sud de l'Europe.

Il y a dix ans, la main d’œuvre allemande était la plus chère et la mieux protégée au monde.

The Economist, hebdomadaire britannique.

Au début des années 2000, la situation était exactement inverse. Ayant eu du mal à digérer sa réunification, l'Allemagne accumulait les déficits, et sa main-d'oeuvre était, selon l'hebdomadaire britannique The Economist (décembre 2002), « la plus chère, la moins flexible et la mieux protégée au monde ». En 2003, le chancelier socialiste Gerhard Schröder entreprit un traitement de choc qui durera cinq ans et sera poursuivi par Merkel : report à 67 ans de l'âge de la retraite, augmentation de trois points de la TVA, réduction de l'indemnisation du chômage... Entre 2000 et 2009, le salaire moyen recula de 4,5 %, alors qu'il augmentait de 8,6 % en France. Cette sagesse salariale permit aux entreprises de ne pas licencier massivement pendant la crise, mais de pratiquer un chômage partiel grâce auquel elles purent conserver leur personnel qualifié et repartir dès la reprise des exportations. Parallèlement, les gouvernements successifs taillèrent dans les dépenses publiques de telle sorte que l'Allemagne aborda la crise de 2008-2009 avec des finances en équilibre.

Minijobs

Une potion aussi amère serait-elle du goût des Français ? On peut douter qu'ils apprécient beaucoup la création de « minijobs » payés moins de 400 euros par mois pour cinquante heures de travail par semaine. Pas plus que le non-remboursement des soins dentaires par l'assurance maladie ou la fin des avantages fiscaux des retraités. Le taux de pauvreté n'est-il pas plus élevé chez le voisin germanique ?

On comprend que Sarkozy cite l'Allemagne en exemple pour mettre en difficulté face à l'opinion son adversaire socialiste, qui rechigne à ce traitement de cheval. Mais tout indique qu'il a choisi d'en appliquer - et le plus tard possible - une version « light ». Normal, il ne souhaite pas connaître le même sort que Schröder, renvoyé dans ses foyers en 2005 par les électeurs en colère ! 

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