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22/02/2012 à 12:07
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Titulaire de la chaire des études islamiques à l'Université de la Manouba en Tunisie, Amel Grami livre son témoignage sur les revendications parfois violentes des salafistes dans son établissement.

Tout a commencé en septembre 2011. C'était la première rentrée universitaire depuis la fuite de Ben Ali. Inscrite au département arabe, une Tunisienne s'est présentée dans l'amphi en niqab. Son professeur lui a demandé de se découvrir le visage en cours. Elle s'est exécutée. Le 28 octobre, elle a changé d'attitude : « Plus question d'enlever mon niqab, désormais nous sommes au pouvoir ! »

Il est vrai que le parti religieux Ennahdha avait remporté les élections quelques jours auparavant. Refus du corps professoral. Elle s'est absentée des cours durant une semaine, puis elle est revenue accompagnée d'une cinquantaine de salafistes en tenue afghane, la plupart étrangers à l'institution. Au début, ils ont été plutôt mielleux avec les professeurs et les étudiants, arguant des « libertés individuelles » pour les filles ayant choisi de porter le voile intégral. Mais très vite, la tension est montée.

D'auguste institution du savoir et du débat contradictoire, l'université de la Manouba est devenue une curiosité pour les badauds et un fonds de commerce pour les politiques.

D'auguste institution du savoir et du débat contradictoire, l'université de la Manouba est devenue une curiosité pour les badauds et un fonds de commerce pour les politiques. Les professeurs sont pris à partie par les « envahisseurs », qui se sont installés, avec armes (sabres en tous genres) et bagages (matelas pour dormir et sono pour diffuser du Coran). Le doyen a amorcé un dialogue avec eux.

En voyant la liste des revendications, il a compris qu'il ne s'agissait plus du droit de porter le niqab mais d'un choix de société : séparation des étudiants et des étudiantes, professeur exclusivement masculin pour les étudiants. En cas d'impossibilité, prévoir un paravent entre la professeure et ses étudiants. Le dialogue n'était plus possible. Les salafistes sont passés de la violence verbale (j'ai entendu plus de « sale pute » que de « dégage » !) à la violence physique. J'ai alors compris que nous étions en train de perdre notre espace pédagogique. Ils ont reçu les encouragements de Sadok Chourou, élu d'Ennahdha, et des deux fils d'Ali Larayedh, ministre de l'Intérieur. Mais pas question de leur laisser la Manouba. Nous nous battrons jusqu'au bout.

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