16/02/2012 à 12h:36 Par André Silver Konan
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Piliers CNDD du Tiégboro Camara, il s'était appliqué à dédouaner Dadis. Piliers CNDD du Tiégboro Camara, il s'était appliqué à dédouaner Dadis. © Capture d'écran de TV5 Monde

Soupçonné d'être impliqué dans le massacre perpétré au stade de Conakry en septembre 2009, le lieutenant-colonel Tiégboro Camara a finalement été inculpé par la justice guinéenne.

Montré du doigt par les enquêteurs de l'ONU dès décembre 2009, le lieutenant-colonel Moussa Tiégboro Camara n'avait jamais été vraiment inquiété. Le 1er février, deux ans et demi après les faits, il a finalement été inculpé par la justice guinéenne pour son rôle présumé dans les massacres perpétrés au grand stade de Conakry, le 28 septembre 2009 (au moins 157 morts). Une manière peut-être de signifier à la Cour pénale internationale (CPI) que la justice nationale s'occupe bien du dossier.

Chargé de la lutte contre le trafic de drogue sous la présidence de Moussa Dadis Camara, avec rang de ministre, Tiégboro Camara était l'un des piliers du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Propulsé à la tête de la commission d'enquête mise en place par la junte, il s'était appliqué à dédouaner Dadis, affirmant qu'il n'était pas venu au stade ce fameux 28 septembre et qu'il n'était donc « responsable de rien ». Habile, il avait ensuite fait allégeance au général Sékouba Konaté, le président de la transition, qui pourtant n'appréciait guère de devoir garder à ses côtés un fidèle de son prédécesseur. Il avait aussi conservé la coordination de la lutte contre le trafic de drogue, avec des méthodes qualifiées à l'époque d'expéditives.

Arrivé au pouvoir en décembre 2010, Alpha Condé, soucieux lui aussi de ne pas contrarier les partisans - encore nombreux - de Dadis, l'avait nommé à la tête de l'Agence nationale chargée de la lutte contre la drogue, le crime organisé et le terrorisme, avec rang de secrétaire général à la présidence. De fait, Tiégboro Camara n'était responsable que devant le chef de l'État. Le 1er février, il s'est donc vu signifier plusieurs chefs d'accusation (« présomptions graves d'assassinat, meurtre, viol, pillage, incendie volontaire, vols à main armée, [...] tortures, détentions arbitraires, violences sexuelles et complicité de toutes autres infractions que l'information relèvera »). Mais dix jours plus tard, il était toujours en liberté. À noter que trois autres militaires, ainsi qu'un milicien, anciens proches de Dadis (dont le sous-lieutenant Marcel Koivogui), ont également été inculpés. En revanche, à l'heure où nous mettions sous presse, la justice n'avait pas décidé de poursuivre Aboubacar « Toumba » Diakité, aide de camp de Dadis au moment des faits, mis en cause par l'ONU et auteur d'une tentative d'assassinat sur son patron en décembre 2009. Elle ne s'était pas non plus intéressée à l'ex-chef de la junte.

Dadis à Ouaga

Recherché par Interpol, Toumba demeure introuvable. Quant à Dadis, il est à Ouagadougou, officiellement en convalescence, officieusement en exil doré. Natif de la région de la Guinée forestière, où il jouit encore d'une réelle popularité, il a discrètement soutenu la candidature d'un autre forestier, Papa Koly Kourouma, qui a rallié Alpha Condé au second tour de la présidentielle et a été nommé ministre par la suite. L'impunité accordée à Dadis faisait-elle partie de l'accord ? « Non », martèlent les proches de Condé. Une chose est sûre : ce dernier n'a jamais caché sa volonté de faire juger en Guinée les responsables des massacres, même s'il a nommé Tiégboro à un poste important. Annoncé à Ouagadougou en mars, Condé pourrait rencontrer Dadis. Comme l'a fait, à la fin de novembre dernier, l'opposant Cellou Dalein Diallo, qui privilégie aussi la justice nationale. Souvent critiquée pour sa propension à céder aux pressions politiques et militaires, la justice guinéenne joue sa crédibilité. Ira-t-elle jusqu'au bout ? La suite de l'instruction dira si les 192 victimes qui se sont constituées partie civile ont été entendues. 

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