Extension Factory Builder
15/02/2012 à 15:23
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le récit de 'Kamal Jann' fait écho aux évènements actuels, notamment en Syrie. Le récit de "Kamal Jann" fait écho aux évènements actuels, notamment en Syrie. © Stoyan Nenov/Reuters

"Kamal Jann", le dernier roman de l'écrivaine libanaise Dominique Eddé explore les bas-fonds de l'âme humaine à travers l'histoire tragique d'une famille syrienne.

L'éditeur n'y va pas par quatre chemins : « Le grand roman du Moyen-Orient », clame le bandeau apposé sur l'ouvrage. Pour une fois, la publicité n'est pas mensongère. Car Kamal Jann, livre ambitieux s'il en est, est une sorte de roman total. Une saga qui vous mènera de Damas au Caire et de Beyrouth à New York sur les traces de la grande famille des Jann. Entre amour et haine, sous un régime autoritaire, ses membres hauts en couleur sont emportés par des histoires cruelles et passionnelles. À commencer par le héros de ce drame, Kamal, entraîné vers un destin qui semble aussi sombre qu'inéluctable - ce qui donne parfois au récit des allures de thriller métaphysique, voire de tragédie grecque. Mais Kamal Jann est aussi un livre politique, puisque les ressorts du récit, sur fond de manipulations impliquant à l'occasion le Mossad et la CIA, nous ramènent régulièrement à des enjeux de pouvoir et à l'interminable conflit du Moyen-Orient, au coeur de bien des discussions entre les protagonistes.

S'il a été écrit avant même qu'on puisse penser le Printemps arabe possible, le roman fait directement écho aux événements actuels, et tout particulièrement à la situation en Syrie. Dès les premières pages, on entre dans le vif du sujet en faisant connaissance du membre le plus redoutable et le plus retors de la famille Jann, Sayf Eddine, le « pilier invisible » des services de renseignements syriens.

Tout le monde le craint, y compris les plus puissants hiérarques du régime de Damas. Entre deux entretiens avec des tortionnaires venant lui rendre compte de leurs interrogatoires musclés, l'homme se livre à une odieuse séance de chantage avec la femme d'un ministre dont il sait qu'elle entretient une aventure extraconjugale avec un rival du président. Et l'on apprend aussi qu'il vient de faire supprimer par ses sbires - un suicide, dira la presse du parti - un homme qui revenait d'une visite chez Kamal Jann, avocat à New York, où il avait évoqué la possibilité de mettre en service un site d'information consacré aux droits de l'homme en Syrie. Mourad, le frère islamiste de Kamal, lui apprend la nouvelle par téléphone et l'avertit qu'il est désormais en danger de mort. Ce qui, au fond, n'alourdit guère le contentieux déjà énorme entre les deux hommes : Kamal, enfant, a été régulièrement violé par son oncle Sayf Eddine.

La suite du livre est à l'avenant, la mort et la folie restant constamment en embuscade. Le plus étonnant, pourtant, c'est que ces événements peu ordinaires n'étonnent bientôt plus le lecteur. Tout le talent de l'auteur réside dans sa manière de nous convier à regarder les scènes les plus délicates et les plus complexes comme si, dans le lieu et les circonstances où elles se déroulent, elles allaient de soi. Ainsi peut-on lire Kamal Jann comme un roman d'initiation à la vie politique au Moyen-Orient et à la subjectivité intrinsèque des hommes et des femmes de la région.

Dominique Eddé, originaire d'une famille qui a joué un grand rôle dans l'histoire contemporaine du Liban, militante de la cause palestinienne, vivant aujourd'hui la moitié de l'année en Turquie, était bien placée pour nous familiariser avec cet univers. Son style, vif et sans fioritures, ainsi que sa capacité à éclairer le récit d'idées subtiles sur la nature humaine - et en particulier sur les difficultés que rencontre tout homme qui entend refuser l'abjection - l'aident évidemment dans cette entreprise salutaire.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Accusée d'adultère, une Syrienne est lapidée par son père et des jihadistes

Accusée d'adultère, une Syrienne est lapidée par son père et des jihadistes

Une Syrienne a été lapidée par son père et des jihadistes de l'organisation de l'État islamique dans le centre de la Syrie, selon une vidéo publiée mardi sur Youtube. Elle ét[...]

Forces irakiennes : l'armée des ombres

Désorganisées, mal formées, livrées à elles-mêmes, les forces de sécurité nationales irakiennes essuient déroute sur déroute face aux jihadistes de [...]

Sondage : faut-il reporter la CAN 2015, la déplacer ou l'annuler à cause d'Ebola ?

Se jouera-t-elle ou pas ? À quelle date ? Où ? Les rumeurs vont bon train au sujet de la Coupe d'Afrique des nations, prévue en janvier 2015 au Maroc mais menacée par l'épidémie d'Ebola.[...]

Libye : la deuxième vie de Khalifa Haftar au Tchad et la défaite finale de Ouadi Doum

Khalifa Haftar a récemment refait surface en prenant en Libye la tête d'une offensive toujours en cours contre les milices islamistes de Misrata et Benghazi. Dans ce quatrième et avant-dernier billet de[...]

Tunisie : un scrutin placé sous le signe de la morosité

Quelques jours avant les élections législatives, la Tunisie semble se préparer à troquer la transition contre une situation aléatoire.[...]

Terrorisme : les autorités françaises ont-elles encore commis une bourde ?

Après l'affaire des trois présumés jihadistes français de retour de Turquie attendus par la police à l'aéroport d'Orly et finalement descendus sans être[...]

Législatives tunisiennes : lobby tout-terrain

Des stades aux mosquées en passant par les soirées privées, en Tunisie tous les moyens sont bons pour gagner des voix aux législatives.[...]

Genel Energy annonce une découverte de pétrole au large du Maroc

L'opérateur pétrolier britannique Genel Energy et ses partenaires ont annoncé ce lundi la découverte de pétrole à 3 000 mètres de profondeur, au large des côtes du Maroc. La[...]

Syrie : à Kobané, l'armée américaine largue des armes aux Kurdes

L'armée américaine a annoncé dimanche soir avoir largué pour la première fois des armes aux combattants kurdes qui défendent la ville syrienne de Kobané, assiégée[...]

Libye : 75 morts en moins d'une semaine dans les combats de Benghazi

Neuf personnes ont été tuées dimanche dans de nouvelles violences à Benghazi, portant à 75 le bilan des morts depuis le début d'une offensive contre les groupes islamistes qui[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers