À la tête du principal mouvement rebelle du Darfour, l'universitaire Gibril Ibrahim a succèdé à son frère Khalil, tué en décembre 2011 par l'armée soudanaise. Un changement de profil, mais pas de stratégie.
Ai-je l'étoffe d'un chef de guerre ? Depuis son arrivée, le 26 janvier, à la tête du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), la rébellion du Darfour, Gibril Ibrahim doit se poser cette question. Son prédécesseur de frère, Khalil, tué par l'armée soudanaise fin décembre, était très respecté de ses combattants, qu'il avait menés jusqu'aux portes de Khartoum en 2008.
Économiste de formation, ancien professeur à Karthoum et en Arabie saoudite, Gibril, qui a récemment vécu à Londres, est différent. « On n'a pas besoin de faire la guerre pour vivre », a-t-il expliqué. Pour autant, rien ne laisse penser que son élection aboutira à un changement de stratégie. Le JEM a formé en novembre une nouvelle alliance de rebelles contre Khartoum, affaibli par l'indépendance du Soudan du Sud. « Le JEM s'attend à une inflexion du régime, analyse Roland Marchal, chercheur au CNRS et spécialiste de la région. Il ne risque donc pas de baisser les armes à court terme. »
Il n'empêche, le mouvement rebelle est cerné. Après la réconciliation entre le Soudan et le Tchad en 2009, la chute de Kaddafi (un de ses principaux fournisseurs d'armes) a été un coup dur. Gibril Ibrahim pourra difficilement se passer de nouveaux alliés. Dans ce domaine, il a un avantage sur son frère, dont le passé rendait les relations avec le Soudan du Sud délicates. En effet, lorsqu'il était un cadre du régime de Khartoum, Khalil Ibrahim avait participé à la répression contre les Sudistes.

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