08/02/2012 à 12h:28 Par Malika Groga-Bada
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Très peu de femmes noires ont fait la Une du magazine 'Elle'. Très peu de femmes noires ont fait la Une du magazine "Elle". © Joel Saget/AFP

Le 13 janvier, le magazine français "Elle" suscitait un vaste polémique en publiant un article aux forts relents racistes : "Tendance : Black Fashion Power, un style loin du street-wear". Le point de vue de Malika Groga-Bada, journaliste à Jeune Afrique.

Un article publié le 13 janvier dans le magazine féminin Elle (que vous pouvez retrouver en intégralité ici), traitant de la manière de s'habiller des Africains-Américains et titré « Black fashion power », a suscité l'ire de nombreuses lectrices. Depuis, le débat fait rage. D'aucuns le considèrent comme un catalogue de clichés racistes dignes d'un autre âge. D'autres, en revanche, y voient de simples « maladresses » sans aucune arrière-pensée, jugeant exagérée l'indignation de quelques Noir(e)s. La directrice de la rédaction, Valérie Toranian, après avoir tenté de noyer le poisson - « Elle n'est pas raciste » -, a cru que quelques rencontres avec des collectifs antiracistes suffiraient à mettre en veilleuse l'indignation des « Blacks ». Raté. La vague de protestations a récemment atteint la côte américaine, la chanteuse Rihanna s'en est mêlée et le célèbre hebdomadaire se retrouve au coeur d'une polémique.

Débraillées

Car c'était ignorer que la manière dont l'article aborde le sujet fait remonter à la surface beaucoup de stéréotypes. « Pour la communauté afro, le vêtement est devenu une arme politique », peut-on, entre autres, y lire. « La First Lady Michelle [Obama, NDLR] donne le ton, misant sur des marques pointues, [...] revisitant en mode jazzy le vestiaire de Jackie O. » Voilà donc que, comme par enchantement, « dans cette Amérique dirigée pour la première fois par un président noir », les nègres deviennent dignes. Que cette communauté auparavant « arrimée à ses codes streetwear » a découvert que le « chic était devenu une option plausible ». Peuple de débraillées, toutes à vos Louboutin ! Désormais, c'est clair, l'élégance est une question de couleur (de peau).

Eurocentrisme

Faut-il s'indigner ? Assurément. Y a-t-il eu, de la part de certains Noirs, une réaction disproportionnée ? Le prétendre, c'est admettre qu'il faut continuer à être l'objet de préjugés des plus primaires et se taire. L'article de Elle laisse s'exprimer beaucoup d'idées qui fleurent « y'a bon » l'époque de la colonisation. On demandait aux Noirs d'« évoluer », c'est-à-dire de se transformer en Blancs pour mériter d'être considérés comme des êtres humains. Je croyais cette époque révolue. Hélas, l'eurocentrisme a la peau dure. Il est facile, quand on n'arrive pas à se libérer de ses présupposés, de clamer qu'on n'est pas raciste. Et dans le contexte politique français où, à des fins électoralistes, droite et extrême droite chassent sur les mêmes terres nauséabondes, il est important de s'indigner lorsque les bons sentiments s'allient à l'ignorance la plus profonde. Les « mots malheureux [et les] raccourcis qui font mal » reconnus bien tard par la directrice de Elle ne feront pas oublier que, jusqu'ici, seule une poignée de femmes noires ont eu les honneurs de la couverture du magazine, fondé en 1945. 

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