Le général Mohamed el-Dabi a été représentant du président soudanais El-Béchir au Darfour.
© Ashraf Shazly
Auteur d'un rapport qualifié par certains de partial, le chef de la mission d'observation de la Ligue arabe en Syrie, Mohamed el-Dabi, a des antécédents qui ne plaident guère en sa faveur.
Le très attendu rapport de la Ligue arabe sur la Syrie ne devait pas être rendu public. Mais il n'a pas tardé à fuiter. Le 31 janvier, une version anglaise du document a été mise en ligne par le magazine américain Foreign Policy. Annoncé comme partial et favorable au régime de Damas, il a pourtant motivé le plan de la Ligue qui recommande le départ de Bachar al-Assad et la transmission du pouvoir à son vice-président.
De fait, le texte dénonce autant les manipulations et les exactions du régime que les abus et les violences des insurgés. Dès le 11 janvier, l'observateur algérien démissionnaire, Anwar Malek, avait prévenu sur la chaîne Al-Jazira : « Je pense que le chef de la mission veut se tenir à mi-chemin entre les deux parties pour ne pas provoquer la colère du régime ou de l'autre camp. » En cause : le général soudanais controversé, Mohamed el-Dabi, signataire du rapport.
Sa nomination, le 20 décembre 2011, avait suscité la perplexité des médias occidentaux, les foudres de l'opposition syrienne et l'indignation des ONG. Foreign Policy avait alors titré « Le pire observateur des droits de l'homme au monde ». Car celui qu'on a chargé d'enquêter sur de possibles crimes contre l'humanité perpétrés par le régime syrien avait déjà été dénoncé comme l'instrument de la répression au Sud-Soudan et au Darfour. Des opérations démocides qui ont valu au président soudanais Omar el-Béchir d'être inculpé pour crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale.
À 63 ans, Mohamed Ahmed Mustapha el-Dabi a gagné ses étoiles de général à la faveur de la succession de putschs et de troubles qui ont marqué le Soudan. Sorti de l'École de guerre en 1969, l'année où Jaafar el-Nimeiri s'empara du pouvoir par la force, il a été propulsé à la tête des services de renseignements en 1989, au lendemain du coup d'État d'Omar el-Béchir. De 1995 à 1996, il a dirigé la sécurité extérieure. Nommé chef adjoint des opérations militaires, il a commandé les forces de Khartoum contre l'Armée de libération du Sud-Soudan. Pour les ONG, sa position et son expérience du renseignement font qu'il ne pouvait ignorer les graves atteintes aux droits de l'homme qui étaient alors commises.
De présumés crimes de guerre allant jusqu'au génocide ont été commis sous la supervision de Mohamed el-Dabi.
ONG Enough
En 1999, Omar el-Béchir a fait de ce fidèle serviteur son représentant au Darfour. En 2003, quand a éclaté la rébellion, il a été nommé ambassadeur au Qatar. Avant de retrouver son poste au Darfour un an plus tard. « De présumés crimes de guerre allant jusqu'au génocide ont été commis sous sa supervision », avance l'ONG Enough. En 2006, il a pris la tête de la Commission pour l'application du traité de sécurité au Darfour et retrouvé Doha, où se tenaient les négociations de paix. Après la signature de l'accord entre le gouvernement et les rebelles, en juillet 2011, le général Dabi a de nouveau endossé l'habit de diplomate pour diriger la mission d'observation en Syrie.
À ceux qui critiquent ce choix, la Ligue arabe fait valoir son expérience du commandement, du renseignement et de la diplomatie sur le terrain miné de la contestation syrienne. Mais sa nomination semble plutôt résulter d'un arrangement entre Damas, hostile aux actions de la Ligue arabe à son encontre, et les dirigeants qataris, qui mobilisent l'organisation contre le régime d'Assad. Le Soudan est en effet l'un des rares États arabes encore favorables à Damas, et le général Dabi, ambassadeur puis négociateur à Doha, est un familier des diplomates qataris. Le ton mi-figue mi-raisin du rapport qu'il a signé ne dément pas ce compromis.

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