En Chine, au coeur de la Mongolie-Intérieure, une ville nouvelle est sortie de terre en quelques années. Ordos est fastueuse. Et déserte.
Nous sommes en Chine, à 600 km de Pékin, au milieu de nulle part. Le quartier de Kangbashi, à Ordos, la nouvelle capitale provinciale de Mongolie-Intérieure, possède un opéra flambant neuf, un stade, une bibliothèque futuriste et de larges avenues taillées au cordeau. Mais ni voiture ni passant. Pas âme qui vive. Un décor de cinéma sorti du désert de Gobi en moins de trois ans. Coût de l'opération : plus de 2 milliards d'euros !
« Je suis arrivé ici en 2010, nous explique un épicier, mais je n'ai aucun client. Je suis pourtant le seul commerçant à des dizaines de kilomètres à la ronde. » De fait, moins de 20 000 personnes ont emménagé dans cette ville nouvelle conçue pour en accueillir 1 million. Imposante avec ses lions de pierre sculptée, la mairie est déserte. Tout juste si la réceptionniste consent à lever le nez de sa console vidéo pour nous expliquer que les responsables ne sont pas là. Mais le plus étonnant, ce sont les cent chevaux de bronze grandeur nature qui paraissent caracoler sur une immense place pavée, vide elle aussi, menant à une rivière artificielle...
La route qui conduit à Kangbashi est bordée d'une forêt de terrils et de pylônes électriques. Les centrales thermiques sortent de terre au rythme fou de une toutes les deux semaines. Dans ces steppes qui virent naître Gengis Khan, certains ont gagné des milliards de yuans dans l'extraction du charbon (le désert avoisinant recèle un sixième des réserves du pays). Encouragés par le gouvernement local, ces nouveaux riches ont choisi d'investir dans la pierre... Mais l'affaire est en train de tourner au vinaigre. Depuis peu, les prix ont chuté de 40 % et les milliardaires du coin ont voulu reprendre leurs billes. Trop tard, la plupart des promoteurs avaient déjà filé à l'étranger.
Éviter la surchauffe
Des petits Ordos, il y en a un peu partout dans le pays. Depuis le démarrage du plan de relance de l'économie, en 2008, plus de 400 milliards d'euros ont été jetés sur les marchés avec un seul objectif : construire. Résultat, un véritable boom immobilier. Le gouvernement central a bien tenté de resserrer les cordons du crédit pour éviter la surchauffe, mais sans grand succès. Il faut dire que « 58 % des revenus des promoteurs sont prélevés par les gouvernements locaux sous forme de taxes », explique une enquête officielle. L'État a donc tout intérêt à faire travailler les bulldozers pour remplir ses caisses. Plus de la moitié des sommes investies à Ordos ont ainsi atterri dans les poches de fonctionnaires pas toujours vertueux.
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Stéphane Pambrun, à Ordos et Pékin.
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Gilles Kepel est politologue français, spécialiste de l'islam et du monde arabe[...]
Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]