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08/02/2012 à 12:12
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Marc Ravalomanana lors d'une conférence de presse le 20 janvier 2012 à Johannesburg. Marc Ravalomanana lors d'une conférence de presse le 20 janvier 2012 à Johannesburg. © AFP

Marc Ravalomanana voulait rentrer de son exil sud-africain, mais son avion n'a pas pu atterir sur la Grande Île. Pourquoi le président malgache Rajoelina craint-il tant le retour de son rival ?

N'est pas Didier Ratsiraka qui veut. Le 24 novembre, « l'Amiral rouge », 75 ans, avait simulé une série de pompes sur le tarmac de l'aéroport d'Ivato pour fêter son retour au pays après plus de neuf ans d'exil. Le 21 janvier, Marc Ravalomanana n'a pas pu poser ne serait-ce qu'un orteil sur le sol malgache. Parti de Johannesburg, son avion a atterri à... Johannesburg. Entre-temps, les autorités malgaches avaient ordonné la fermeture de la plupart des aéroports du pays. Selon la Haute Autorité de la transition (HAT), il a été proposé à la compagnie Air Link de poser son avion à Morondava, sur la côte ouest de la Grande Île. Là, Ravalomanana aurait pu être arrêté en toute discrétion, loin de la foule de ses partisans venue l'accueillir à Ivato.

Sentiment de revanche

« Pourquoi une telle différence de traitement ? » s'insurge-t-on dans le camp du président déchu. « Pourquoi Ratsiraka a-t-il pu rentrer et pas Ravalomanana, alors que la feuille de route le prévoit ? » Réponse d'un proche d'Andry Rajoelina, le président de la transition : « Parce que Ravalomanana est ingérable. On ne sait pas ce qu'il veut. » À un visiteur, Rajoelina avait glissé, deux jours avant le coup de poker de Ravalomanana : « Il est dominé par le sentiment de revanche. » Si, ce jour-là, le président ne s'opposait pas à un retour de son rival, il assurait qu'il serait immédiatement interpellé, en vertu du mandat d'arrêt émis à son encontre depuis qu'il a été condamné par la justice malgache, pour la mort, en février 2009, d'une trentaine de manifestants abattus par sa garde devant le palais présidentiel.

Il faut dire que Marc Ravalomanana, contrairement à Ratsiraka, ne fait rien dans les règles. La feuille de route de sortie de crise adoptée en septembre dernier prévoit bien le retour « sans conditions » des exilés politiques, mais elle ne les exonère pas de poursuites judiciaires. Or, si Ratsiraka a négocié son retour - et son immunité - avec la HAT, Ravalomanana, lui, s'y refuse. Selon une source diplomatique, il n'a même pas pris le soin de consulter les autorités sud-africaines, qui l'ont accueilli après sa fuite et qui dirigent la médiation, de sa volonté de rentrer au pays. Un camouflet que Pretoria a très mal pris.

Pouvoir de nuisance

« L'autre problème que pose Marc Ravalomanana, ce sont ses intentions, indique un conseiller de Rajoelina. Pourquoi rentre-t-il, si ce n'est pour reprendre le pouvoir ? » Les proches de Rajoelina l'assurent : le président est disposé à suspendre les poursuites contre son prédécesseur, mais il a besoin de contreparties - notamment pour convaincre l'armée, farouchement opposée au retour de Ravalomanana -, parmi lesquelles l'assurance qu'il n'appellera pas ses partisans à renverser le régime transitoire. Sa tentative avortée de retour a en effet rappelé qu'il dispose encore d'un fort pouvoir de nuisance.

Le 21 janvier, plusieurs milliers de ses partisans - autour de 15 000, selon des observateurs indépendants - l'attendaient à Ivato. « Ces chiffres n'ont rien à voir avec les centaines de milliers de Malgaches venus accueillir Ratsiraka à son retour en 1996 [contre seulement quelques milliers en novembre dernier, NDLR], note le journaliste et historien Denis Alexandre Lahiniriko, mais ils sont comparables à la mobilisation qui a porté Rajoelina au pouvoir en 2009. »

"Nous devons faire demi-tour"

Samedi 21 janvier, aéroport de Johannesburg : Marc Ravalomanana, accompagné de sa femme, de conseillers et de journalistes, embarque dans l'avion de la compagnie Air Link. Quelques heures plus tard, un membre de l'équipage informe les passagers : « Nous devons faire demi-tour, ils ont fermé l'aéroport. » Ravalomanana est furieux. Puis le président déchu entraperçoit le gain d'une telle opération. « Pour nous, c'est presque une victoire, car cela va montrer que Madagascar est dirigée par un homme qui n'en fait qu'à sa tête », explique un de ses conseillers. Erreur : trois jours plus tard, le vice-ministre sud-africain des Relations internationales chargé de la médiation malgache, Marius Fransman, renvoie les deux hommes dos à dos. « L'annonce de ce retour était malheureuse et irresponsable », et c'était tout aussi irresponsable, de la part de Rajoelina, « de parler d'arrestation [de son rival, NDLR] alors qu'on travaille sur un processus d'amnistie », a-t-il estimé. La Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) a organisé une « réunion d'urgence » en ce sens, le 25 janvier, à Pretoria.

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