06/02/2012 à 18h:59 Par Frédéric Maury
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Dr. James Mwangi, président-Directeur Général d'Equity Bank. Dr. James Mwangi, président-Directeur Général d'Equity Bank. © Reuters

Alors que les établissements du continent peinent à conquérir les foules, le Kényan Equity Bank a développé un modèle original, proche de la microfinance. Résultat : 6,7 millions de clients, un record au sud du Sahara.

Année après année, mois après mois, Equity Bank prouve la validité de son modèle, tout entier tourné vers les PME et la bancarisation de masse. En 2011, peut-être plus encore : malgré une inflation à deux chiffres dans le pays, la banque kényane, cotée à la Bourse de Nairobi, a défié les prévisions, enregistrant sur les neuf premiers mois de l'année une progression de 24 % de ses revenus et de 42 % de ses bénéfices.

Equity Bank affiche des ratios parmi les meilleurs de la profession. La rentabilité de ses fonds propres atteignait fin septembre 33 %, contre 21 % à 28 % pour ses principaux compétiteurs. C'est deux à trois fois le niveau de performance atteint par les institutions financières nigérianes l'an dernier. Idem pour la rentabilité des actifs, à 6 %, contre 4 % à 5 % pour le reste de la profession. Dans ses prévisions, Renaissance Capital estime que ces niveaux devraient être conservés à moyen terme, avec un bénéfice par action attendu en hausse de plus de 30 % en 2012.

L'institution, proche de la microfinance, concentre à elle seule la moitié des Kényans bancarisés.

En quelques années, le secteur bancaire kényan a doublé le nombre de ses agences. Depuis 2006, le nombre de comptes de dépôt ouverts dans des établissements bancaires est passé de 3,3 millions à 13,7 millions (fin septembre 2011). Equity Bank est le symbole de cette réussite. L'institution, proche de la microfinance, concentre à elle seule la moitié des Kényans bancarisés. En cinq ans, elle a multiplié par sept le nombre de ses clients (6,7 millions fin 2011). « Son business model repose sur la mise en place de services bancaires pour les microentreprises et les bas revenus, qu'ils soient salariés ou auto­employés, notamment dans l'agriculture », explique Francis Mwangi, analyste à la banque d'affaires kényane Standard Investment Bank.

En développant des plateformes commerciales et transactionnelles innovantes, Equity Bank est l'un des établissements les moins dépensiers. « Effectuer des retraits et des dépôts via un agent ou via la plateforme de mobile banking coûte respectivement 20 % et 10 % de moins qu'en agence, explique Judd Murigi, analyste chez le courtier panafricain African Alliance. Equity Bank a désormais 2 800 agents (avec l'objectif d'atteindre à long terme les 5 000) qui effectuent 12 % des transactions de la banque. » Une formule souple, permettant à l'établissement de s'installer au plus près des clients : l'agent peut être un commerçant, par exemple.

Expansion

Ce succès commercial indéniable, Equity Bank peut-il le reproduire hors du Kenya ? Débutée en 2008 par des installations en Ouganda et dans ce qui était alors la province du Sud-Soudan, l'aventure continentale a été suspendue deux ans plus tard en raison des difficultés rencontrées : les deux filiales ont coûté en 2009 à la banque 20 % de ses profits et provoqué une hausse vertigineuse du nombre de prêts non recouvrables (plus de 90 % d'augmentation). Si elles sont devenues profitables en 2011 et que les activités commencent au Rwanda et en Tanzanie, Equity Bank ne devrait pas pour l'instant venir se frotter aux géants tels qu'Ecobank... « Equity Bank a peut-être des plans d'expansion panafricaine, mais ils sont en veilleuse pour les prochaines années », estime Judd Murigi.

La banque semble en effet vouloir en priorité consolider ses activités, dans un contexte d'augmentation des prix et des taux d'intérêt qui complique la gestion. « Près de 85 % de ses prêts sont catégorisés comme des prêts non sécurisés, remboursés sur les salaires, et des avances aux PME et aux microentreprises », rappelle Francis Mwangi. Autrement dit, et même si les niveaux de remboursement sont jusqu'à présent très élevés, l'activité reste théoriquement très risquée. La Bourse ne s'y est pas trompée : en 2011, Equity Bank a dévissé, perdant 39,3 % en un an.

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