Membre du bureau exécutif du parti politique tunisien Ennahdha, Ajmi Lourimi table sur une croissance de 4,5 % en 2012-2013.
Jeune Afrique : Quels sont les principaux acquis de la révolution tunisienne ?
Ajmi Lourimi : Ils sont considérables. Avec les élections, nous avons franchi la première étape de la transition démocratique ; la légitimité des instances dirigeantes et des pouvoirs publics est essentielle pour la réorganisation du pays. Nous sommes parvenus à concilier les opinions des partis et à créer un équilibre entre pouvoir et contre-pouvoirs. L'émergence de la société civile est tout aussi importante et nous sommes à l'écoute de ses suggestions. Son avis compte. Elle a largement participé aux débats sur la répartition des pouvoirs entre le Premier ministre et le président de la République, et a réussi à infléchir certaines orientations.
Qu'en est-il des nouvelles relations internationales de la Tunisie ?
La révolution a eu un grand impact régional et a favorisé le triomphe des révolutions arabes. La mise en place d'une démocratie a valu au pays un surcroît de prestige. Les visites successives des chefs de la diplomatie français, italien et allemand confirment l'intérêt de nos partenaires étrangers. De toute évidence, cette dynamique préfigure le rôle stratégique de la Tunisie au niveau géopolitique, d'autant que nous souhaitons renforcer nos relations avec les pays arabes et africains.
En un an, les revendications de la population sont allées crescendo jusqu'à bloquer, en partie, la machine économique. Quel est le fond du problème ?
Si les Tunisiens se sont soulevés, c'est bien parce que le pays connaissait des difficultés. En un an, on a pu mesurer l'étendue des inégalités et des déséquilibres régionaux. On a constaté la souffrance d'une population exclue du développement, mais on ne peut pas tout régler d'un coup de baguette magique. Les revendications sont toutes légitimes, mais les actions en profondeur ne peuvent être efficaces que sur la durée. Si les problèmes économiques actuels donnent l'impression que le pays est dans une impasse, il est certain qu'un retour de la sécurité va relancer l'investissement. Nous avons des promesses en ce sens qui nous permettent d'envisager pour 2012-2013 une croissance de 4,5 %.
L'insécurité est aussi liée à des opérations salafistes. Quelle est votre position par rapport à ce courant ?
D'abord, nul n'est au-dessus de la loi. L'espace public appartient à tout le monde, mais cela s'assortit du respect des libertés et des opinions de chacun. Si la majorité impose son avis de fait, il est nécessaire que toutes les minorités soient respectées.
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Propos recueillis par Frida Dahmani, à Tunis.

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