02/02/2012 à 10h:58 Par Julien Clémençot
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Avec Algérie Télécom et Djezzy, l'État contrôle 78 % du marché de la téléphonie. Avec Algérie Télécom et Djezzy, l'État contrôle 78 % du marché de la téléphonie. © Fayez Nureldine/AFP/Archives

Décidé à préempter Djezzy, l'État algérien est parvenu à un accord avec le russe Vimpelcom pour acquérir 51 % de son capital. Déjà actionnaire d'Algérie Télécom, il contrôle désormais 78 % du marché.

Faut-il y voir une victoire du nationalisme économique voulu par le Premier ministre Ahmed Ouyahia ? Le 9 janvier, le ministère algérien des Finances a annoncé la conclusion d'un accord avec le russe Vimpelcom prévoyant l'acquisition par l'État d'une participation de 51 % dans l'opérateur Djezzy, « sous réserve d'un prix acceptable ». Selon les estimations des observateurs, Alger, déjà propriétaire d'Algérie Télécom, pourrait débourser entre 2 milliards et 3 milliards de dollars (entre 1,6 milliard et 2,3 milliards d'euros) pour conclure l'opération via un fonds d'investissement - peut-être le Fonds national d'investissement, créé en 2008.

Le nouveau propriétaire de Djezzy a donc finalement cédé face à la détermination d'Alger à faire jouer son droit de préemption depuis la vente sans autorisation de l'opérateur par l'égyptien Orascom. En contrepartie, Vimpelcom aurait obtenu la garantie de conserver la gestion opérationnelle et de continuer à consolider les activités de l'entreprise dans son bilan. Une requête peu étonnante, au vu des résultats financiers affichés par le leader du marché algérien : un chiffre d'affaires d'environ 1,3 milliard d'euros en 2011, pour une marge Ebitda (indicateur proche de la marge brute d'exploitation) de 59 %, ce qui est tout bonnement exceptionnel.

De son côté, l'État, avec Algérie Télécom (11 millions d'abonnés en 2011) et Djezzy (17 millions) dans son escarcelle, contrôle 78 % du marché de la téléphonie. L'outsider Wataniya (8 millions d'abonnés) doit se sentir esseulé. « Même si on peut ne pas adhérer à cette stratégie, cela ne devrait rien changer en matière de gouvernance. D'ailleurs, des pays comme la Chine ont prouvé que la présence de l'État au capital de plusieurs opérateurs en même temps ne constitue pas obligatoirement un obstacle à leur compétitivité », relève Abderrafiq Khenifsa, directeur de l'hebdomadaire algérien IT Mag, spécialisé dans les technologies de l'information et de la communication.

Bientôt la 3G

Pour Karim Abdelmoula, patron de la société de conseil OnMarket, les pouvoirs publics devront néanmoins faire la preuve de leur neutralité dans la régulation du secteur : « Ils pourraient être tentés d'arbitrer en faveur de leurs propres intérêts », craint-il. Une hypothèse que n'exclut pas non plus Guillaume Touchard, du cabinet de conseil Sofrecom (France Télécom). En outre, si l'investissement apparaît judicieux à moyen terme, le consultant français estime qu'entrer dans le capital de l'opérateur au moment où il va devoir financer, s'il obtient une licence comme c'est désormais probable, le déploiement d'un réseau 3G (haut débit mobile) peut peser sur la profitabilité à court terme de l'entreprise.

De fait, tout porte à croire que c'est bien le conflit entre Djezzy et Alger qui a ralenti ces derniers mois l'arrivée de la 3G. Elle est maintenant attendue pour le premier semestre. Une évolution décisive pour relancer un marché des télécoms peu dynamique. Mais, pour l'heure, le véritable gagnant est sans conteste l'Égyptien Naguib Sawiris. Actionnaire à 20 % de Vimpelcom, l'ancien propriétaire de Djezzy, voué aux gémonies par le gouvernement d'Ahmed Ouyahia, se sera finalement tiré à très bon compte du guêpier algérien.

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