26/01/2012 à 16h:15 Par Philippe Perdrix
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Abdoulaye Wade et Alassane Ouattara, à Dakar en mai 2011. Abdoulaye Wade et Alassane Ouattara, à Dakar en mai 2011. © Morteza Nikoubazi/Reuters

Le chef de l'État sénégalais Abdoulaye Wade s'est impliqué dans de nombreuses crises africaines : Côte d'Ivoire, Niger, Guinée, Madagascar, Darfour... Avec des fortunes diverses.

Au-delà de ses frontières, Wade fait également du Wade. Rien de surprenant, à ceci près que la diplomatie est un art subtil qui tolère difficilement la fanfaronnade. Or, en près de douze années de pouvoir, le chef de l'État sénégalais s'est surtout fait remarquer par des « coups ». Parfois opportuns et courageux, souvent brouillons et velléitaires.

Sa magie du verbe, il a voulu l'éprouver une première fois en Côte d'Ivoire après la tentative de coup d'État en septembre 2002. Mais Laurent Gbagbo ne veut pas de cette médiation. À juste titre, serait-on tenté de dire. En janvier 2001, « Gorgui » avait lancé à la cantonade : « Un Burkinabè souffre plus de racisme en Côte d'Ivoire qu'un Noir en Europe. » Ce n'était pas forcément faux, mais il est difficile après un tel coup d'éclat d'offrir ses services. Finalement, Wade choisit son camp : il accorde au chef rebelle Guillaume Soro un passeport diplomatique, et, plus récemment, il a ouvertement affiché son soutien au candidat Alassane Ouattara, reçu à Dakar le 4 novembre 2010, avant le second tour de la présidentielle. « Ces épisodes ont mis Gbagbo en furie. Entre les deux hommes, il y a toujours eu une bagarre pour le leadership », résume un haut diplomate ouest-africain. Avant d'ajouter : « Le problème, avec Wade, c'est qu'il a toujours voulu donner des leçons de démocratie, qu'il a toujours joué en solo et que cela a compliqué les choses. » Exemples : la Guinée, Madagascar et le Niger.

Quand Wade soutenait "papa" Dadis Camara

En décembre 2008, il soutient le coup d'État de Dadis Camara à Conakry. Toutes les capitales sont alors en phase : à la mort de Lansana Conté, mieux vaut ce jeune capitaine que le chaos. Mais, rapidement, les choses se gâtent. Le président sénégalais insiste malgré tout et rend visite à quatre reprises à celui qui l'appelle « papa ». Le 12 septembre 2009, on le retrouve à la tribune lors d'un meeting à la gloire de Dadis. Le 28 septembre, la soldatesque guinéenne s'acharne sur les opposants. Bilan, plus de 150 morts. Wade est discrédité. Et c'est son « rival » burkinabè Blaise Compaoré qui récupère la médiation conduisant à la présidentielle de novembre 2010.

En mars 2009, pour résoudre l'interminable crise politique dans laquelle s'enlise Madagascar, il invite chez lui les deux rivaux, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, « pour aboutir à une paix durable ». La Francophonie et la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) mènent pourtant déjà des médiations... Aujourd'hui, la crise se prolonge.

Début 2010, Mamadou Tandja, isolé et désavoué par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), veut jouer les prolongations au pouvoir. Bravache, de retour d'un sommet de l'Union africaine, le président sénégalais fait escale à Niamey le 2 février. Deux semaines plus tard, son homologue nigérien est renversé... Décidément, Wade porte la poisse.

Mais il peut aussi offrir des solutions. Cela a été le cas en 2006, lorsqu'il a largement contribué à la rencontre-surprise entre le Tchadien Déby Itno et le Soudanais El-Béchir lors de l'investiture du premier, le 8 août. Mouammar Kaddafi lui avait, ce jour-là, volé la vedette, mais Wade s'est réellement investi dans le conflit du Darfour et aura tout fait pour favoriser le rapprochement entre N'Djamena et Khartoum. Et puis il y a surtout la Mauritanie, sa plus grande réussite puisqu'il est parvenu à convaincre l'opposition de participer à la présidentielle de juillet 2009, remportée par l'ex-putschiste Mohamed Ould Abdelaziz, qui avait entre-temps accepté de tomber l'uniforme, selon les termes de l'accord de Dakar signé un mois plus tôt. Belle manoeuvre.

La surprise du voyage de Benghazi

Wade est aussi un séducteur. Il est ainsi parvenu à développer des relations avec les États-Unis, l'Inde, la Chine, l'Iran, les pays du Golfe... et ce sans trop froisser la France. Ce n'est pas rien. Cette « diplomatie de la souveraineté », selon l'expression de son ancien ministre des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a été un succès. Et il serait sans doute excessif de considérer que ce déploiement tous azimuts répondait à une seule obsession : obtenir le prix Nobel de la paix, comme l'affirment les diplomates américains en poste à Dakar dans leurs câbles révélés par WikiLeaks. Wade aime aussi rendre service. De la libération de l'otage française en Iran, Clotilde Reiss, obtenue par une discrète médiation suggérée par Paris puis médiatisée avec tambour et trompette, jusqu'au plan de paix israélo-palestinien, mis sur la table en 2008 malgré le refus de Tel-Aviv, Wade ne doute de rien. Et, adepte du contre-pied, ne recule devant rien.

Kaddafi devait le considérer comme un allié. Finalement, il aura été le premier chef d'État africain à reconnaître les insurgés libyens du Conseil national de transition (CNT), le 27 mai, avant de s'envoler pour Benghazi, le 9 juin. « Ce fut une grande surprise », assure notre diplomate ouest-africain. « Par cet alignement sur la coalition, il espérait une bienveillance occidentale sur son ticket et son minimum bloquant à 25 % devant lui assurer la victoire à la présidentielle », ose un responsable politique sénégalais. Si tel était le calcul, c'est loupé...

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