12/01/2012 à 16h:18 Par Rémi Carayol
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Youssou Ndour saura-t-il faire oublier aux Sénégalais qu'il est issu d'une famille de griots ? Youssou Ndour saura-t-il faire oublier aux Sénégalais qu'il est issu d'une famille de griots ? © Seyllou/AFP

En annonçant sa candidature à la présidentielle sénégalaise de février, la star internationale Youssou Ndour a passablement irrité la classe politique. Laquelle n'a pas tardé à le lui faire savoir.

Il n'a pas fallu longtemps à Youssou Ndour pour saisir la portée médiatique de sa candidature à la présidentielle sénégalaise de février 2012. Télés, radios, articles en bonne place dans le New York Times et dans nombre de journaux occidentaux et africains... « Jamais on n'a autant parlé de l'élection à l'étranger qu'en ce moment », constate, un brin irrité, un proche de Macky Sall, un des favoris. Car le buzz provoqué par l'annonce du chanteur est en décalage complet avec le poids politique qu'on lui prête.

Il n'a pas fallu beaucoup plus de temps à celui qui est considéré comme l'un des hommes les plus influents du continent pour comprendre dans quelle galère il s'est engagé, le 2 janvier, en annonçant sa candidature. « Nous n'avons pas besoin d'un chanteur, mais d'un président ! » ironisait dès le lendemain un collaborateur du président Abdoulaye Wade. « You », comme l'appellent les Sénégalais, avait anticipé ces critiques, déclarant dans son allocution télévisée : « C'est vrai, je n'ai pas fait d'études supérieures, mais la présidence est une fonction et non un métier. »

En entrant dans la fosse aux lions, le chanteur risque bien plus que de simples contrariétés. Dès le 3 janvier, des sites libéraux rappelaient qu'il était accusé de devoir 500 millions de F CFA aux impôts. Il y a quelques mois déjà, lorsqu'il avait critiqué avec véhémence Wade, le fisc lui était tombé sur le râble...

Galère

Mais que vient faire dans cette galère, à 52 ans, la figure de proue du mbalax, co-interprète du tube planétaire Seven Seconds Away, qui compte à son palmarès une trentaine d'albums et un Grammy Award ? « Un devoir patriotique suprême, dit-il. Les gens veulent un vrai changement, je ne pouvais pas rester les bras croisés », a-t-il répondu sur RFI. À Dakar, sa candidature était un secret de Polichinelle, même si la plupart des observateurs pensaient qu'il n'aurait pas le culot de pousser jusqu'au bout son engagement citoyen, entamé en 2009 avec la création du mouvement Fekke maci bole. Ses détracteurs affirment qu'en parfait businessman il ne fait que se placer pour étendre son empire financier. À la tête du principal groupe de presse du pays - il possède le quotidien L'Observateur, la radio RFM et la télé TFM -, Youssou Ndour est l'un des hommes les plus fortunés du Sénégal. Il nourrit pour TFM des rêves à la CNN et lorgnerait la quatrième licence de téléphonie mobile. Mais en affirmant que Wade, dont il fut un partisan jusqu'en 2007, « n'a pas le droit de se présenter », il expose son groupe à des représailles.

Peut-il l'emporter ? « Non, estime l'analyste politique Abdou Lô. Il peut jouer un rôle, car son soutien à un autre candidat en cas de second tour sera précieux, mais je ne le vois pas président. » Youssou Ndour peut pourtant se targuer d'avoir investi l'essentiel de sa fortune dans son pays, jouit d'une image d'homme engagé et présente le parcours rêvé du self-made-man : issu d'une famille modeste, il a grandi dans le quartier populaire de Medina, à Dakar, et s'est construit sur le tas. Mais, comme le note Fadel Barro, un des leaders du mouvement de jeunes Y'en a marre, il n'a pas d'appareil derrière lui, ni aucune expérience politique. « Il n'arrivera pas à faire oublier qu'il est issu d'une famille de griots [par sa mère, NDLR], ajoute Abdou Lô. Pour beaucoup de Sénégalais non instruits, c'est incompatible avec la présidence. »

"Sénégal n'est pas Haïti"

Rien ne dit que ses fans se transformeront en électeurs. À Dakar, on rappelle que le Sénégal n'est pas Haïti, où un autre chanteur, Michel Martelly, a été élu il y a moins d'un an. Pas le même chaos, pas la même histoire. « Nous avons une expérience politique ancienne, des partis très bien implantés », rappelle Abdou Lô. Et dans un pays où le diplôme est roi, venir de la rue n'est pas forcément un atout. 

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