15/04/2010 à 16h:17 Par IRIN
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Les décombres du grand marché de Laronto lors des émeutes dans la région de Jos, en janvier 2010 Les décombres du grand marché de Laronto lors des émeutes dans la région de Jos, en janvier 2010 © Aminu Abubakar/Irin

Après les émeutes qui ont ensanglanté la région de Jos, en janvier dernier, la justice a bien du mal à se faire entendre. Une situation qui n'est pas nouvelle : depuis une dizaine d'année, les recommandations des différentes commissions créées pour enquêter sur les violences ethniques et religieuses ne sont pas appliquées.

Dans quelle mesure les auteurs des meurtres collectifs, tels que ceux qui ont eu lieu récemment dans l’Etat du Plateau, au Nigeria, sont-ils tenus pour responsables de leurs actes ? Shamaki Gad Peter, directeur de la Ligue des droits humains, une ONG locale, affirme que les personnes responsables des violences ne sont en général pas punies. « La plupart des personnes arrêtées sont des mineurs qui ne peuvent pas légalement être soumis à de telles poursuites pénales. Bon nombre des suspects arrêtés disent qu’ils ont des commanditaires, mais à la fin de la journée, les commanditaires ne sont pas poursuivis et leurs noms ne sont pas révélés au public ».

« Les accusés sont pauvres et luttent pour se nourrir, [et pourtant ils ont] accès à des fusils AK-47, qui se vendent à environ 2 000 dollars [au] marché noir. Où ces personnes pauvres trouvent-elles ces fusils ? Elles doivent avoir des commanditaires », a-t-il poursuivi. Les enquêtes menées par le passé sur les violences intercommunautaires n’étaient pas transparentes, ont produit peu de résultats concrets et ont perpétué l’impunité, d’après des experts juridiques et des organisations de défense des droits humains. Plus de 13 000 personnes ont perdu la vie dans des conflits religieux, ethniques ou fonciers au Nigeria depuis 1999, et « l’impunité continue à alimenter la violence », selon HRW.

Amnistie pour les accusés

Depuis plus de 10 ans, l’Etat du Plateau est le théâtre de conflits religieux, ethniques et fonciers récurrents. En novembre 2008, les forces de sécurité ont tué arbitrairement au moins 130 personnes sans être soumis à aucune peine, d’après l’ONG Human Rights Watch (HRW). Jonah Jang, gouverneur de l’Etat du Plateau, a mis en place une commission d’enquête en janvier 2009 chargée d’identifier les coupables et les causes de la violence, et de recommander des moyens d’éviter que de telles violences ne se reproduisent.

D’après une copie du rapport de la commission, divulguée aux médias locaux au début du mois de mars 2010, le gouverneur – accusé d’avoir ordonné des exécutions extrajudiciaires – a été disculpé. Le rapport a recommandé la création d’une commission de réconciliation, l’amnistie pour les accusés, et la création de gouvernements locaux dans lesquels les groupes ethniques de l’Etat seraient représentés à égalité. Mais, selon Dan Manjang, représentant du gouvernement de l’Etat, le rapport divulgué n’a pas encore été révisé, et n’est pas officiel. Le gouvernement est cependant « déterminé à mettre en œuvre les recommandations » des rapports officiels sur les meurtres de 1994 et 2001, dit-il.

De moins en moins de mesures concrètes

Pour Eric Guttschuss, chercheur pour Human Rights Watch (HRW), les diverses recommandations des commissions d’enquête n’ont jamais provoqué de changements significatifs. « Les commissions sont un moyen d’avoir l’air de réagir aux violences, mais à mesure que le temps passe et que les pressions incitant le gouvernement à agir diminuent, il y a de moins en moins de mesures concrètes visant à s’attaquer aux racines de la violence et à traduire en justice les auteurs [présumés] ».

M. Peter, directeur de la Ligue des droits humains, avance que des tensions communautaires empêchent la mise en œuvre des recommandations. « Le gouvernement [d’Etat] a tenté, en coulisse, de mettre en œuvre certaines des recommandations… mais il a fait marche arrière lorsqu’il a perçu le ressenti des communautés vis-à-vis de ces recommandations ». D’après lui, des membres du groupe ethnique Haoussa, majoritairement musulmans, et des communautés chrétiennes ont accusé les comités, tant au niveau de l’Etat qu’au niveau fédéral, d’avoir fait preuve de partialité.

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