Extension Factory Builder
15/12/2008 à 10h:12
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le sexe dans les bidonvilles Le sexe dans les bidonvilles

Ijora Badia, situé à Lagos, ancienne capitale du Nigeria et plate-forme économique du pays, est une zone presque entièrement privée de services publics. Des systèmes peu efficaces d’évacuation des eaux usées et d’assainissement dégagent en permanence une odeur pestilentielle au marché animé de la zone et la plupart des habitants doivent se frayer un chemin à travers plusieurs décharges pour avancer.

Le réseau d’électricité public, insuffisant, condamne les habitants à respirer en permanence un air vicié par le bruit et les vapeurs des générateurs, en plus d’entendre la musique tonitruante qui s’élève des nombreux bordels et cinémas.

Rien de tout cela ne dissuade pourtant les habitants du bidonville de mener de nombreuses activités commerciales, dont la plus importante est le commerce du sexe.

La prostitution n’est pas légale au Nigeria, mais elle est monnaie courante dans l’ensemble du pays. À Ijora Badia, presque aucune infrastructure moderne n’a été construite, à l’exception de la voie ferrée délabrée qui traverse la zone. Le bidonville abrite des centaines de travailleurs du sexe, qui exercent jour et nuit, faisant signe aux clients potentiels du seuil de leur porte.

Coordinatrice à Safe Haven International, une organisation non-gouvernementale qui offre une aide et des services de santé aux travailleurs du sexe, Margaret Onah pensait avoir tout vu, mais elle n’était pas préparée pour ce qu’elle a désigné comme « l’une des plus importantes concentrations de travailleurs du sexe du pays ; dans cette communauté, presque toutes les maisons abritaient des travailleurs du sexe », a-t-elle déclaré à IRIN/PlusNews.

Peu de travailleurs étaient intéressés à entendre parler des risques de transmission du VIH. « En revanche, ils disaient vite qu’ils prenaient les précautions nécessaires et qu’ils avaient besoin de cet argent pour survivre », a-t-elle rapporté. « J’ai quitté [Ijora] Badia en ayant compris qu’il y avait beaucoup à faire ».

Femi Harrison est bénévole à l’Organisation internationale des éducateurs mobiles, qui s’efforce de sensibiliser les populations du bidonville au VIH/SIDA et aux autres maladies sexuellement transmissibles.

Selon ses estimations, il y aurait au moins 40 bordels à Ijora Badia, les établissements les plus petits comptant chacun une vingtaine de chambres et les plus grands, 120. Un grand nombre d’autres structures de fortune comprennent des chambres pour les transactions sexuelles, essentiellement la nuit.

« Le sexe est une affaire juteuse, ici », a indiqué Lucky, barman au Rainbow Hotel, où les travailleurs du sexe payent 300 nairas (2,30 dollars) la nuitée et demandent à leurs clients entre 400 nairas (trois dollars) et 1 500 nairas (11,50 dollars).

Rita raconte qu’elle a commencé à se livrer à cette activité lorsque sa boutique a brûlé, il y a quelques années. « Je suis dans le métier pour ne pas mourir de faim », a-t-elle dit à IRIN/PlusNews.

Elle tente de se protéger en insistant pour que ses clients utilisent des préservatifs, mais certaines de ses collègues disent faire des exceptions pour les clients qui sont prêts à payer un supplément.

Les plus jeunes de ces femmes, originaires, pour bon nombre, de la région centre-ouest du Nigeria, sont venues à Lagos, dupées par de fausses promesses, pour se retrouver piégées dans l’industrie du sexe.

Certains travailleurs du sexe, qui habitent d’autres quartiers de Lagos, font la navette jusqu’à Ijora Badia la nuit et repartent le matin, tandis que d’autres viennent y travailler pendant quelques mois. Ce niveau de fluctuation démographique important donne du fil à retordre aux travailleurs de terrain comme Femi Harrison.

« Si vous appelez une travailleuse du sexe maintenant et que vous lui demandez ce qu’elle sait sur le VIH/SIDA ou les préservatifs, elle n’en saura peut-être presque rien parce qu’elle vient d’arriver dans cette communauté », a-t-il dit. « Ils viennent s’installer puis ils repartent, c’est pourquoi nous faisons un travail mobile. On ne cesse de faire du battage auprès des nouveaux arrivants, en espérant qu’ils prendront les précautions nécessaires ».

En 2007, l’Organisation internationale des éducateurs mobiles a découvert que sur 100 travailleurs du sexe qui avaient accepté de se soumettre à un test de dépistage du VIH, 25 étaient séropositifs.

« Nous ne pouvons pas dicter aux gens ce qu’ils devraient ou ne devraient pas faire, mais nous nous attendons dans la mesure du possible à ce qu’ils vivent de manière responsable et à ce qu’ils prennent plus au sérieux les différentes campagnes de sensibilisation au VIH/SIDA », a indiqué le chef Titus Aworetan, leader de la communauté locale, selon qui le gouvernement devrait en faire plus pour lutter contre le commerce du sexe à Ijora Badia.

« Etant donné que bon nombre de travailleurs du sexe disent se livrer à cette activité pour survivre, le gouvernement devra peut-être assurer les infrastructures et les perspectives nécessaires pour que les populations puissent avoir des emplois rémunérés », a-t-il estimé.

Femi Harrison a pour sa part fait remarquer qu’en dépit des nombreuses promesses passées des politiciens, peu d’efforts avaient été déployés pour améliorer les conditions de vie dans le bidonville.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Nigeria

Subventions : pourquoi l'Afrique doit s'en débarrasser

Subventions : pourquoi l'Afrique doit s'en débarrasser

Peu ciblées, les mesures de contrôle des prix profitent trop souvent aux ménages aisés. Coûteuses, elles creusent les déficits. Les bailleurs de fonds appellent à les remplacer par de[...]

Décès du musicien nigérian Fatai Rolling Dollar, icône de la Highlife

Le musicien nigérian Fatai Rolling Dollar, icône de la musique Highlife, mêlant influences africaines et occidentales, est mort, le 12 juin, à l'âge de 86 ans à Lagos où il vivait,[...]

Terrorisme : Michael Adebolajo ou l'itinéraire d'un Nigérian à la dérive

Comment un enfant si poli et si timide a-t-il pu se transformer en un tueur fanatisé ? C'est la question que se pose toute l'Angleterre après le meurtre sanglant commis par Michael Adebolajo.[...]

Terrorisme : les têtes de Belmokhtar et Shekau mises à prix par Washington

Washington offre depuis lundi 3 juin jusqu'à 23 millions de dollars de récompense pour toute information conduisant à la capture de plusieurs terroristes africains. Parmi eux figurent le jihadiste[...]

Nigeria : l'armée libère 58 femmes et enfants et procède à de nouvelles arrestations

L'armée nigériane a annoncé vendredi la libération de 58 femmes et enfants liés à l'insurrection menée par le groupe islamiste Boko Haram dans le nord-est du pays, et dans le[...]

Tournoi de Toulon : le Nigeria ou la RDC pour succéder à la Côte d'Ivoire ?

Le Nigeria et la RDC participent, du 28 mai au 8 juin, à la 41e édition du Festival international "Espoirs" de Toulon, le prestigieux tournoi de football réservé aux moins de 21 ans.[...]

Cameroun : "arrivée massive" de réfugiés en provenance du Nigeria

L'offensive lancée par l'armée nigériane contre les insurgés islamistes de Boko Haram a provoqué une "arrivée massive" de réfugiés dans la zone frontalière[...]

Panafricanisme : quand Nnamdi Azikiwe s'en prenait à Kwame Nkrumah

Dans un texte paru le 18 mai 1961 dans le West African Pilot de Lagos, dont il est le fondateur, Nnamdi Azikiwe, qui sera deux ans plus tard le premier président du Nigeria, conteste la vision panafricaine de [...]

Le Nigeria reconnaît détenir des enfants soupçonnés de liens avec Boko Haram

Le gouvernement nigérian a reconnu, jeudi 23 mai, détenir des femmes, mais aussi des enfants en relation avec les islamistes de Boko Haram. Le conseiller du président Goodluck Jonathan, Doyin Okupe, a[...]

Droits de l'homme : portrait d'une Afrique très contrastée

Du Mali à l’Afrique du Sud, en passant par la Côte d’Ivoire et la RDC, les droits de l’homme ont souffert sur le continent africain en 2012. Mais au-delà de dégradations liées[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers