06/12/2008 à 17h:17 Par APANEWS
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Bien que leur pays soit frappé par l’un des conflits les plus sanglants au monde au cours de ces deux dernières décennies et presque coupé du reste du monde, les Somaliens se servent du sport comme une sorte d’évasion face aux expériences dépressives qui rythment leur quotidien.

En 1991, lorsque le dernier gouvernement central de Somalie a été renversé, plongeant ce pays de la Corne de l’Afrique dans le chaos, l’anarchie et des guerres interminables, ses citoyens ont été privés de tous les services de base, comme les infrastructures, qui ont été complètement dévastées.

Dans ce pays sans loi, où beaucoup ont fait des armes à feu leur compagnon, où le vol en plein jour est monnaie courante, où l’injustice est légalisée et où tout régresse, les organisations sportives semblent cependant être encore actives.

On voit tous les jours des milliers de supporters et autres amateurs de sport se rendre au seul stadium encore fonctionnel de Mogadiscio, « la salle de basket-ball du 1er juillet », à la recherche d’un match quelconque.

Comme dans d’autres parties du monde, le football a été, jusque récemment, le sport le plus populaire en Somalie. Mais la fédération somalienne de football n’est pas en mesure de d’organiser le moindre match dans la capitale, le village olympique abritant le plus grand stade de football du pays, construit par les Chinois, étant transformé en base militaire, où des centaines de membres des forces éthiopiennes soutenant le gouvernement fédéral de transition de la Somalie ont installé leur quartier.

Le Stade Benadir, construit par les Italiens, est, en revanche, en cours de reconstruction. Résultat : le basket-ball a détrôné le foot pour devenir le sport-roi en Somalie. « Je viens ici même quand il n’y a pas de match. C’est le seul endroit sûr qui m’aide à échapper à d’autres problèmes dans la ville, parce que des combats peuvent éclater à tout moment à Mogadiscio », confie à APA Abdi Fitah Bashi, un garçon de 24 ans trouvé sur place entrain de suivre un match âprement disputé, entre les équipes masculines de Dekadaha et de Fero (91-66).

Des parents se sont tournés vers les vertus du sport pour préserver leur progéniture dans ce pays déchiré par la guerre. « J’ai insufflé le goût du sport à tous mes enfants. Certaines personnes étaient alors surprises. Mais aujourd’hui, je suis fier de ce que j’ai fait, parce qu’ils ne prennent ni les armes ni de la drogue », se réjouit un ancien joueur de l’équipe nationale de basket-ball, Batulo Hajji Nur, venu supporter son fils de 17 ans, Abdullah Yahye Mandaliif, sociétaire de Dekedaha.

Certains spectateurs estiment que la fréquentation des stades peut les aider à perdre leurs mauvaises habitudes.

Jeylani Abdulle, un ancien toxicomane handicapé, est d’avis que le fait de suivre un match de basket-ball l’empêche de manger du « qat », la feuille verte stupéfiante. Jeylani, âgé de 48 ans, déclare, quant à lui, que le sport « sauve la vie », précisant qu’il ne se drogue plus depuis près d’un an. Nombreux sont les jeunes joueurs ont fait du sport une sorte de refuse. « Le sport compte beaucoup pour moi, car il m’empêche d’être recruté (dans les milices). J’espère représenter prochainement la Somalie aux rendez-vous sportifs internationaux », souligne le sociétaire de Fero, Mohamed Ibrahim Osman (18 ans).

Parmi les spectateurs figurent des enfants âgés de 8 ans et moins. « Le vendredi est mon plus beau jour, car je viens regarder les matchs. Je vais à l’école coranique le reste de la semaine », déclare Farah Yusuf Omar, un garçon de 8 ans.

En dépit de l’engouement pour le sport, le responsable des relations internationales du Comité olympique somalien, Duran Ahmed Farah, estime que le sport est le seul département national du pays qui ne dispose pas d’une administration centrale depuis près de deux décennies. « Nous n’avons pas suffisamment de fonds, ni d’équipements. Nous ne disposons non plus d’un environnement sûr, ni de gouvernement performant. Mais notre esprit est vivant et notre participation aux compétitions sportives internationales pour représenter la Somalie nous coûte des millions », déclare à APA M. Farah.

Même si les athlètes somaliens participant aux jeux internationaux et continentaux rentrent toujours bredouilles, la présence de ce pays sur la scène sportive est un symbole. « En ce sens, les Jeux olympiques de Pékin de 2008 constituent le dernier évènement en date. La participation à une telle manifestation internationale a été symbolique pour tous les Somaliens », se réjouit le responsable des relations internationales du Comité olympique somalien.

Durant ces 18 années d’anarchie et de violence, le Comité olympique somalien ne cesse, avec l’aide des fédérations nationales, de s’appuyer sur le sport pour mettre un terme aux hostilités et réunifier le pays divisé en fiefs par les seigneurs de la guerre.

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