Extension Factory Builder
22/06/2013 à 10:33
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les avocats français et tunisiens des trois Femen incarcérées, le 21 juin 2013. Les avocats français et tunisiens des trois Femen incarcérées, le 21 juin 2013. © AFP

Le procès en appel de trois militantes européennes de Femen emprisonnées à Tunis a été reporté au 26 juin en raison d'une erreur de procédure et leur libération conditionnelle refusée vendredi, suscitant à nouveau la colère de leurs avocats.

Le procès en appel de trois militantes européennes de Femen emprisonnées à Tunis a été reporté au 26 juin en raison d'une erreur de procédure et leur libération conditionnelle refusée vendredi, suscitant à nouveau la colère de leurs avocats.

Me Souhaib Bahri, avocat tunisien des accusées --deux Françaises et une Allemande-, a expliqué que la justice n'a pas laissé expirer le délai légal de dix jours permettant à des associations islamistes de faire appel de la décision du 12 juin de rejeter leur demande de se constituer partie civile. "Puisque le délai n'expire qu'aujourd'hui, le juge n'aura d'autre choix (que de reporter le procès) pour laisser le temps aux associations de faire appel", a-t-il indiqué, pointant du doigt une "faute du ministère public".

Après cet imbroglio et l'annonce du report au 26 juin, les défenseurs français des militantes emprisonnées depuis le 29 mai et condamnées en première instance à quatre mois de prison pour une manifestation seins nus ont dénoncé le flou entretenu par la justice tunisienne. "L'incertitude en matière judiciaire est le corollaire de l'arbitraire", ont estimé Patrick Klugman et Ivan Terel. "Les autorités judiciaires tâtonnent et hésitent et les associations islamistes en profitent", ont-ils dit à l'AFP.

Avant le début de l'audience, Me Bahri s'était réjoui du fait que la procédure ait été accélérée pour permettre au procès d'appel d'avoir lieu dès vendredi. Les avocats des associations islamistes ont à l'inverse dénoncé des "pressions étrangères" pour expliquer ce calendrier. "Nous sommes surpris de cette rapidité mais c'est à cause des pressions étrangères", a déclaré Me Mounaam Turki.

Le procureur a rejeté ces accusations : "Il n'y a eu aucune pression sur la justice, nous avons accéléré (la procédure) (...) pour donner un exemple aux étrangers présents de la qualité et de l'état d'avancement de la justice tunisienne", a-t-il dit.

En début d'audience, les accusées ont pu brièvement s'expliquer, vêtues, comme le veut la coutume pour les femmes jugées en Tunisie, du safsari, le voile traditionnel tunisien les recouvrant de la tête au pied.

Elles ont souligné une nouvelle fois que leur action seins nus visait à soutenir Amina Sboui, une militante tunisienne de Femen emprisonnée depuis le 19 mai. "Notre but n'était pas de violer la loi tunisienne ou de porter atteinte à la pudeur, mais juste de soutenir Amina", a indiqué Joséphine Markmann, la militante allemande, s'exprimant via un interprète.

Amina Sboui a été arrêtée après avoir peint le mot "Femen" sur le muret d'un cimetière musulman pour protester contre un rassemblement salafiste à Kairouan (centre). Elle risque deux ans de prison pour profanation de sépulture et six mois pour atteinte aux bonnes mœurs. Ces peines peuvent être considérablement alourdies si Amina est reconnue coupable d'avoir agi en bande organisée.

La condamnation des Femen et celle le lendemain d'un rappeur à deux ans de prison pour un chanson insultant la police ont été critiquées par des ONG de défense des droits de l'Homme qui considèrent que ces affaires relèvent du domaine de la liberté d'expression même si les méthodes sont controversées.

La France, l'Allemagne et l'Union européenne ont aussi regretté la sévérité de la peine infligée aux Femen. L'affaire des Femen en Tunisie intervient aussi alors qu'une visite du président français François Hollande serait prévue pour début juillet. Les défenseurs français des jeunes femmes avaient d'ailleurs prévenu qu'ils comptaient s'appuyer sur la première visite en Tunisie d'un chef de l'Etat français depuis la révolution de 2011 pour mobiliser l'opinion publique.

L'opposition laïque accuse régulièrement le gouvernement dirigé par le parti islamiste Ennahda de chercher à juguler la liberté d'expression et de viser à revenir sur les acquis des Tunisiennes. Les femmes en Tunisie bénéficient de la législation la plus libérale du monde arabe mais les féministes y ont critiqué l'action de Femen tout en soulignant que leur place n'était pas en prison.
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : un ex-ministre de Ben Ali à Carthage ?

Tunisie : un ex-ministre de Ben Ali à Carthage ?

Caciques de l'ancien régime ou membres éphémères de l'équipe gouvernementale du président déchu, ils ont décidé de briguer la magistrature suprême le 23&[...]

Tunisie : un scrutin placé sous le signe de la morosité

Quelques jours avant les élections législatives, la Tunisie semble se préparer à troquer la transition contre une situation aléatoire.[...]

Législatives tunisiennes : lobby tout-terrain

Des stades aux mosquées en passant par les soirées privées, en Tunisie tous les moyens sont bons pour gagner des voix aux législatives.[...]

Hammamet : Afek Tounes, la voix des jeunes Tunisiens

Dans l'intérieur du pays, électeurs et formations politiques tunisiennes se croisent, entre désillusions des uns et ambitions électorales des autres. Reportage.[...]

Législatives tunisiennes : l'abstention, le vrai outsider

Quels que soient les résultats des législatives tunisiennes du 26 octobre, vainqueurs et vaincus devront relativiser leurs performances. En cause : l'abstention qui risque à nouveau de battre des[...]

Tunisie - Sfax : "La ville est abandonnée"

Dans l'intérieur de la Tunisie, électeurs et formations politiques se croisent, entre désillusions des uns et ambitions électorales des autres. Reportage.[...]

Tunisie : la montée de Slim Riahi inquiète les ténors

Grâce à ses moyens financiers très importants, Slim Riahi commence à agréger derrière lui un électorat urbain peu politisé. Peut-il faire de l'ombre aux favoris de la[...]

Législatives tunisiennes : "Le poids d'Ennahdha sera contrebalancé", selon Ghazi Gherairi

L'ancien porte-parole de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, Ghazi Gherairi, analyse les enjeux des législatives du 26 octobre. Au sein de l'Assemblée, et aussi[...]

Législatives tunisiennes : aux urnes citoyens !

Le scrutin du 26 octobre approche à grands pas, mais les citoyens tunisiens ne se mobilisent guère. Les enjeux sont pourtant cruciaux : les députés défendront leur vision de[...]

CAN 2015 : le Sénégal concède le nul face à la Tunisie aux qualifications

Le Sénégal et la Tunisie se sont neutralisés 0-0 vendredi à Dakar et conservent la tête du Groupe G pour la 3e journée des éliminatoires de la CAN 2015, alors que le Maroc a[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers