Extension Factory Builder
10/03/2013 à 16h:09
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Un policier égyptien tire des balles en caoutchouc sur des manifestants, à Port-Saïd. Un policier égyptien tire des balles en caoutchouc sur des manifestants, à Port-Saïd. © AFP

La police égyptienne, secouée par un mouvement de contestation sans précédent, a décidé de ne plus obéir aux ordres, ayant le sentiment d'être instrumentalisée par le pouvoir en place.

Accusés d'usage excessif de la force par l'opposition et les jeunes manifestants hostiles au président islamiste Mohamed Morsi et aux Frères musulmans, les policiers se sentent détestés par leurs concitoyens alors qu'ils assurent respecter simplement les consignes.

« Nous suspendons notre travail sine die car nous refusons d'assumer la responsabilité des erreurs du gouvernement qui veut nous impliquer dans le conflit politique », affirme à l'AFP Hassan Mostafa, un colonel de police à Port-Saïd. « Toute la société est contre nous, elle considère les manifestants (tués dans les heurts) comme des martyrs, alors que nous n'avons même pas le droit de nous défendre », ajoute-t-il.

Frais de conflits politiques

Dans le journal al-Chorouk, le général Hefni Abdel Tawab, du QG de la police à Alexandrie, explique que les policiers « font les frais de conflits politiques, alors qu'ils risquent des poursuites judiciaires (si des manifestants meurent) ou d'être tués » dans les heurts.

Les policiers veulent une loi établissant clairement leurs pouvoirs et leurs devoirs, et réclament des armes pour faire face aux manifestations violentes qui se multiplient depuis novembre.

Le mouvement a débuté il y a plusieurs semaines par des manifestations isolées, mais depuis jeudi, des milliers de policiers se sont mis en grève à travers le pays. Pour essayer d'apaiser les tensions, le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim a limogé vendredi le commandant de la police anti-émeutes et a nommé un nouveau chef.

"Limoger le ministre de l'Intérieur"

« Nous poursuivrons notre grève jusqu'à ce que le gouvernement accepte nos revendications, à savoir éloigner la police de la politique (...) et limoger le ministre de l'Intérieur », a répliqué le colonel Mohamed Fawzi, du QG de la police au Caire, dans le journal al-Chorouk.

Ces derniers jours, la contestation s'est étendue aux Forces de la sécurité centrale (FSC, forces anti-émeutes). A Ismaïliya, sur le canal de Suez, les FSC ont refusé de se rendre dans la ville voisine de Port-Saïd, où les heurts entre policiers et manifestants ont fait une cinquantaine de morts, dont trois policiers, depuis fin janvier.

M. Morsi a dû faire appel à l'armée pour assurer la sécurité à Port-Saïd. Il s'agit du premier mouvement de contestation de cette ampleur au sein des FSC depuis 1986.

Instrument de répression

La police est mal vue depuis des décennies par une bonne partie de la population. Et malgré la chute début 2011 de Hosni Moubarak, qui s'appuyait sur un appareil policier brutal et tentaculaire, elle est toujours considérée comme un instrument de répression.

Le ministère de l'Intérieur est sur le point de s'effondrer

Selon les organisations locales de défense des droits de l'Homme, plus de 70 manifestants ont été tués depuis novembre 2012. Les accusations d'enlèvement ou de tortures ayant coûté la vie à deux jeunes militants, Mohammed El-Guendi et Mohammed el-Chafeï, ont récemment suscité une vive émotion et relancé les appels à la réforme.

Dimanche, le ministre de l'Intérieur a estimé que les grévistes étaient une minorité au sein de la police. Il a aussi défendu les policiers, affirmant que ces derniers n'avaient pas « effectué un seul tir » sur des manifestants depuis le début du soulèvement populaire de 2011.

Pour certains commentateurs, cette grève est une réelle menace, alors que le président Morsi est fortement contesté par une partie de la population. « Le ministère de l'Intérieur est sur le point de s'effondrer (..) et je ne vois d'autre solution qu'une élection présidentielle anticipée », a affirmé Abdel Rahmane Youssef, un éditorialiste islamiste modéré, dans al-Chorouq.

(AFP)

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Egypte

Henry Laurens : 'Le Printemps arabe est une révolution de la normalité'

Henry Laurens : "Le Printemps arabe est une révolution de la normalité"

Dans toute le monde arabo-berbère, les conséquences des bouleversements politiques survenus en 2011 ne laissent pas d'inquiéter. Analyse en profondeur d'un grand spécialiste du sujet.[...]

Cybercriminalité : l'Afrique face à une menace grandissante

L’Égypte, l’Afrique du Sud, le Maroc, la Tunisie ou encore l'Algérie figurent parmi les pays africains les plus vulnérables à la cybercriminalité. Les principales victimes en sont[...]

Manifestation au Caire pour réclamer le départ du président Morsi

Des heurts sporadiques ont éclaté vendredi soir au Caire avec les forces de l'ordre après que plusieurs centaines d'Egyptiens eurent manifesté pour réclamer le départ du président[...]

Égypte : Hosni Moubarak a-t-il accordé une interview à la presse ?

Dans une interview publiée dans un journal local, l'ex-président égyptien Hosni Moubarak, poursuivi pour la mort de manifestants, se dit certain d'être jugé "justement" par les[...]

Égypte : la police affirme avoir déjoué un projet d'attentat contre une ambassade occidentale

La police égyptienne a arrêté des membres d'une cellule liée à Al-Qaïda qui préparait une attaque suicide contre une ambassade occidentale et d'autres cibles dans le pays, a[...]

Égypte : Hosni Moubarak dans le box des accusés pour un nouveau procès

L'ex-président égyptien Hosni Moubarak a comparu samedi au Caire pour son nouveau procès, dernier épisode en date d'un long feuilleton judiciaire pour tenter d'établir sa part de[...]

Sommet Afrique-France : Hollande et Morsi coprésidents

Prévu à Paris en décembre 2013, le prochain sommet Afrique-France sera coprésidé par les présidents français et égyptien. Explications.[...]

L'actualité de la semaine en images

Manifestations contre la pédophilie au Maroc, remaniement du gouvernement en Égypte, visite de Goodluck Jonathan en Afrique du Sud, menaces d'Aqmi contre la France... Revivez en images avec "Jeune Afrique"[...]

Égypte : un Américain poignardé devant son ambassade au Caire

Un citoyen américain a été poignardé, mercredi 8 mai, devant son ambassade au Caire. L'agresseur, un individu décrit comme "chômeur", a été arrêté.[...]

Strip-tease égyptien ?

"Les bikinis sont les bienvenus en Égypte où l’on continue de servir de l'alcool", a tenu à confirmer le ministre égyptien du Tourisme à l’intention des vacanciers refroidis[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers