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09/02/2013 à 16h:31
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Le premier ministre tunisien à Bruxelles en octobre. Le premier ministre tunisien à Bruxelles en octobre. © AFP

Le parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie était en proie à une crise ouverte avec la menace samedi du Premier ministre Hamadi Jebali de démissionner à défaut de pouvoir former un gouvernement apolitique après l'assassinat de l'opposant de gauche Chokri Belaïd.

Mis à jour le 09/02/13 à 17h40

Le parti islamiste Ennahda au pouvoir en Tunisie était en proie à une crise ouverte avec la menace samedi du Premier ministre Hamadi Jebali de démissionner à défaut de pouvoir former un gouvernement apolitique après l'assassinat de l'opposant de gauche Chokri Belaïd.

Cette annonce est survenue au moment où plus de 3.000 personnes manifestaient à Tunis à l'appel d'Ennahda pour désavouer M. Jebali, numéro deux du parti, qui avait exprimé dès mercredi, jour du meurtre, son souhait d'un tel cabinet refusé par la direction du parti.

La manifestation a vilipendé aussi "l'ingérence" de la France après les propos du ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui a dénoncé un "fascisme islamiste" en commentant l'assassinat de l'opposant dont les proches ont pointé du doigt Ennahda.

Ces développements risquent d'enfoncer encore plus le pays dans la crise, Ennahda ne parvenant pas depuis des mois à s'accorder avec ses alliés laïcs, dont le président Moncef Marzouki, sur un remaniement gouvernemental, et l'insécurité et les conflits sociaux se multipliant. "Je présenterai l'équipe au plus tard au milieu de la semaine prochaine. Si elle est acceptée je continuerai à assumer mes fonctions, à défaut, je demanderai au président de chercher un autre candidat pour former un nouveau cabinet", a dit M. Jebali à des médias tunisiens.

Il a ensuite souligné à l'antenne de la chaîne France 24 que "tous les ministres seront des indépendants, y compris à l'Intérieur, la Justice et aux Affaires étrangères", alors qu'Ennahda refuse de renoncer à ces ministères clés. Le Premier ministre a souligné que son initiative visait à empêcher que le pays "bascule dans le chaos et l'irrationnel", avant de lancer à ses détracteurs: "Quelle alternative? La loi de la jungle?".

C'est la première fois que M. Jebali évoque sa démission. Les divisions au sein du parti opposent les modérés dont il fait partie et une frange radicale rangée derrière le chef Rached Ghannouchi. Il estime aussi ne pas avoir besoin de demander la confiance de l'Assemblée nationale constituante (ANC) où Ennahda dispose de 89 des 217 sièges.

Sa proposition a été bien accueillie par l'opposition et la société civile.

Avant les menaces de M. Jebali, Ennahda avait appelé ses partisans à manifester contre l'initiative du Premier ministre et l'"ingérence" de la France. "France dégage" et "Le peuple veut protéger la légitimité des urnes", ont crié ces militants sur l'avenue Habib Bourguiba, axe névralgique du centre de la capitale où se trouve l'ambassade de France qui fait l'objet de mesures de protection importantes depuis l'intervention militaire au Mali.

La référence à la "légitimité" fait allusion à l'importance du vote de l'ANC pour toute décision politique comme la formation d'un nouveau gouvernement. Au sujet des déclarations de M. Valls, M. Jebali a jugé "l'incident clos" étant donné qu'il a exprimé son mécontentement à l'ambassadeur de France dès jeudi.

La Tunisie est dirigée depuis l'élection de la Constituante en octobre 2011 par une coalition entre Ennahda et deux petits partis de centre-gauche, dont celui du président. Faute de compromis sur la nature du futur régime, l'élaboration de la nouvelle Constitution par l'ANC est paralysée.

Ces remous s'ajoutent à la multiplication des conflits sociaux en raison du chômage et de la misère, deux facteurs clés de la révolution de 2011 qui a renversé Zine Al Abidine Ben Ali. Sans oublier l'essor des groupuscules jihadistes responsables d'attaques sanglantes, dont celle contre l'ambassade américaine en septembre.

La mobilisation islamiste samedi est la première depuis le meurtre mercredi à Tunis de Chokri Belaïd, qui a été enterré la veille en présence de plusieurs dizaines de milliers de personnes scandant des slogans hostiles à Ennahda.

Signe que les autorités redoutent de nouveaux débordements, l'armée a été déployée samedi, la Tunisie vivant sous le régime de l'état d'urgence depuis 2011. Le parti islamiste a nié toute responsabilité dans l'assassinat de l'opposant, alors que des milices pro-pouvoir, la Ligue de protection de la révolution, sont accusées d'attaquer opposants et militants syndicaux.

Rached Ghannouchi lui a rendu hommage samedi en qualifiant sa mort de crime "contre-révolutionnaire". Le meurtre a déclenché une vague de violences à travers le pays qui a coûté la vie à un policier.

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