Extension Factory Builder
23/12/2012 à 10:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le Premier ministre kényan Raila Odinga, à gauche, et le vice-Premier ministre Uhuru Kenyatta. Le Premier ministre kényan Raila Odinga, à gauche, et le vice-Premier ministre Uhuru Kenyatta. © AFP

Le Premier ministre kényan Raila Odinga, candidat malheureux à la présidentielle kényane fin 2007, retentera sa chance en mars face au vice-Premier ministre Uhuru Kenyatta, inculpé par la justice internationale pour son rôle présumé dans les violences nées du dernier scrutin.

Les deux hommes, tous deux acteurs majeurs de la crise de 2007, ont été officiellement désignés candidats samedi par leurs coalitions électorales respectives - Coalition pour la réforme et la démocratie (CORD) pour M. Odinga, Jubilé pour M. Kenyatta - pour ce scrutin à haut risque. "Je m'engage auprès du peuple kényan et de la Coalition pour la réforme et la démocratie (CORD) en acceptant la nomination à la candidature présidentielle", a déclaré le Premier ministre, au cours d'un meeting dans la capitale kényane Nairobi. "J'ai été mandaté (...) pour être candidat à l'élection générale du 4 mars et je ne vous laisserai jamais tomber," a répondu peu après le vice-Premier ministre, lors d'un autre rassemblement dans la très touristique ville côtière de Mombasa, deuxième ville du pays et point stratégique du combat électoral.

La précédente présidentielle avait été perdue par M. Odinga contre le président sortant de l'époque, Mwai Kibaki, soutenu par Uhuru Kenyatta. Le résultat du scrutin, très contesté, avait débouché sur les pires violences ethniques de l'histoire du Kenya indépendant. Plus de 1.000 personnes avaient été tuées et des centaines de milliers d'autres déplacées. Sous la pression internationale, Raila Odinga avait fini par être nommé Premier ministre d'un gouvernement de large coalition.

La Cour pénale internationale s'était, elle, saisie du cas de plusieurs responsables kényans soupçonnés d'avoir provoqué ou alimenté les violences et avait fini par en inculper quatre, dont Uhuru Kenyatta et celui qui briguera à ses côtés le poste de vice-président, l'ex-ministre William Ruto. M. Ruto était en 2007, allié à M. Odinga mais les deux hommes se sont depuis brouillés. Les procès devant la CPI doivent débuter le 10 avril et devrait coïncider avec le scrutin présidentiel, dont le premier tour aura lieu le 4 mars et le second un mois plus tard.

Familles de pouvoir

Raila Odinga, 67 ans, et Uhuru Kenyatta, 51 ans, sont tous deux des poids lourds de la politique kényane, qui ont enchaîné les postes aux seins de partis, les postes d'élus ou ministériels. Tous deux sont aussi les descendants de deux figures historiques de l'indépendance kényane. Uhuru Kenyatta, l'un des principaux leaders de la plus nombreuse communauté du Kenya (les Kikuyu), assis, avec sa famille, sur un empire financier, est le fils du "père" de l'indépendance, Jomo Kenyatta, et doit son ascension politique à l'ex-président et autocrate Daniel arap Moi (1978-2002). Son inculpation devant la CPI pour crimes contre l'humanité l'avait contrait à abandonner, en janvier, son portefeuille de ministre des Finances. Le procureur de la CPI accuse M. Kenyatta d'avoir mobilisé un gang criminel, les Mungiki, pour attaquer des partisans de M. Odinga il y a cinq ans.

Homme d'affaires prospère, amateur de grosses cylindrées américaines, ancien communiste et ex-prisonnier politique, Raila Odinga avait pour père Oginga Odinga. Lui aussi militant indépendantiste, Odinga père avait dans un premier temps occupé le poste de vice-président auprès du premier président du Kenya indépendant, Jomo Kenyatta, avant d'incarner l'opposition à son régime. La famille Odinga est issue de la communauté luo.

Samedi à la tribune, Uhuru Kenyatta s'est dit prêt à former le prochain gouvernement kényan et a appelé à "éviter la politique tribale". "Car nous avons tous besoin de paix," a-t-il déclaré. "Le Kenya pourrait mieux se porter, nous amènerons le Kenya au niveau supérieur", avait un peu plus tôt lancé Raila Odinga.

L'élection présidentielle, pour laquelle un peu plus de 14 millions de votants se sont enregistrés, se prépare dans un climat tendu: qu'ils soient liés directement ou non au scrutin, les attaques à la bombe ou à la grenade contre les forces de l'ordre, les bars ou les églises, mais aussi les conflits ethniques pour le partage de pâturages et points d'eau se multiplient à travers le pays. Et observateurs et acteurs de la société civile kényane craignent que le scrutin ne donne lieu, à son tour, à de nouvelles violences à grande échelle.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Kenya

Kenya : Ban Ki-Moon appelle à mettre fin à l'excision

Kenya : Ban Ki-Moon appelle à mettre fin à l'excision

Dans le cadre d'une campagne mondiale contre l'excision lancée avec le quotidien britannique "The Guardian", Ban Ki-moon a appelé jeudi à Nairobi à mettre fin à la mutilation gén[...]

Kenya - CPI : Uhuru Kenyatta dans le rôle du martyr

Accusé de crimes contre l'humanité, le président kényan a comparu devant la Cour pénale internationale. En s'y rendant de son plein gré, il a montré sa bonne volonté.[...]

Kenya : Kenyatta à la CPI pour une audience "cruciale"

En acceptant de se présenter mercredi à La Haye, le président kényan, Uhuru Kenyatta, devient le premier chef d'État en exercice à comparaître devant la Cour pénale[...]

Ebola : les 10 pays africains les plus exposés à l'arrivée d'un malade sur leur sol

Des chercheurs américains ont tenté de recenser les pays les plus exposés à l’arrivée d’un malade atteint d’Ebola sur leur sol. Sans céder à la panique, certains[...]

Kenya - CPI : le président Kenyatta en route pour La Haye

Uhuru Kenyatta était attendu mardi à La Haye. Le président kénya doit comparaître mercredi devant la Cour pénale internationale (CPI).[...]

Kenya : le président Kenyatta accepte de se présenter en personne devant la CPI

Le président kényan, Uhuru Kenyatta, a indiqué lundi qu'il déferera à la convocation de la Cour pénale internationale (CPI). Durant son séjour à La Haye, ses pouvoirs seront[...]

Recalculé, le PIB du Kenya bondit de 25 %

Le PIB du Kenya a été revu à la hausse, il s'établit désormais à environ 53,3 milliards de dollars pour l'année 2013 contre 42,6 milliards auparavant, soit une progression de 25 %.[...]

Marathon : record du monde historique pour le Kényan Dennis Kimetto à Berlin

Le Kenya a encore frappé dimanche à Berlin. En bouclant son marathon en 2 heures, 2 minutes et 57 secondes, Dennis Kimetto a amélioré le record du monde de la discipline de près de 30 secondes.[...]

Kenya : un an après, hommage aux victimes de l'attaque du Westgate

Le Kenya a rendu hommage ce dimanche, sous haute sécurité, aux 67 victimes de l'attaque du centre commercial Westgate, perpétrée il y a un an jour pour jour dans la capitale Nairobi par un commando[...]

CPI : vers un nouveau report du procès Kenyatta ?

La procureure de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda, a affirmé vendredi que l'accusation ne disposait pas de preuves suffisantes.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers