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16/12/2012 à 11:38
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Une installation de sept grandes silhouettes, illuminations de Noël, à Abidjan. Une installation de sept grandes silhouettes, illuminations de Noël, à Abidjan. © AFP

Elles sont sept. Sept grandes silhouettes de métal soudain éclairées pour le coup d'envoi des illuminations de Noël à Abidjan. Sept comme les sept femmes tuées à ce rond-point du quartier d'Abobo, victimes et symboles de la sanglante crise ivoirienne de 2010-2011.

Plusieurs centaines de personnes s'étaient réunies vendredi soir à l'entrée de ce quartier très populaire, fief du président Alassane Ouattara et l'un des épicentres de la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011, qui a fait quelque 3.000 morts dans le pays.

Disposées sur un haut podium, les sept silhouettes à l'armature métallique font plus de deux mètres chacune. L'une est à terre, deux sont accroupies et quatre debout, parmi lesquelles l'une se tient la tête des deux mains, en signe de stupeur ou d'horreur.

A ce rond-point baptisé "Anador" étaient tombées le 3 mars 2011 sept femmes qui participaient à une manifestation réclamant le départ du président Laurent Gbagbo, qui refusait de céder le pouvoir. Sept femmes tombées sous les balles de l'armée, ont aussitôt rapporté les témoins et l'ONU, même si le camp Gbagbo le niera toujours face à l'indignation internationale, et criera à la manipulation.

Mais vendredi soir les visages s'éclairent subitement, les applaudissements fusent, les cris de joie: le Premier ministre Daniel Kablan Duncan et le maire d'Abobo, Adama Toungara, par ailleurs ministre de l'Energie, viennent de mettre en marche les illuminations.

"Abobo-la-guerre"

Les nombreuses petites lampes à lueur bleutée fixées à l'armature des sept femmes de métal s'éclairent. De l'autre côté de la rue, une grande colombe flamboie aussi. Comme brille le message de bienvenue "Abobo, ville de solidarité et de générosité", qui semble vouloir effacer le tenace surnom "Abobo-la-guerre".

"Abobo qui a tant souffert, Abobo qui a tant pleuré, Abobo qui a tant perdu, Abobo brille et renaît", s'enflamme le maire.

Mais pour les passants, les nombreuses femmes et les nuées d'enfants, l'heure est moins au souvenir qu'à la joie. Le spectacle est inédit dans ce quartier délaissé depuis des années par les autorités, et d'où partit durant la crise une guérilla dénommée "commando invisible", qui fit subir au régime Gbagbo ses premiers revers avant la chute finale.

"C'est beau à voir", s'enchante Drissa, qui revient en tenue de sport de son collège, accompagné d'amis. "Ca me rappelle Paris, la France", souffle une jeune fille, Ténin.

On prend des photos avec les téléphones portables, on admire les guirlandes ou les fleurs lumineuses qui doivent briller tous les soirs pendant un mois, comme dans d'autres quartiers de la capitale économique où les illuminations sont inaugurées ce week-end.

"Dieu a permis que cette année on puisse sortir pour vivre ce beau moment", sourit Salimata Camara. Mais il en faut plus, pour cette mère de famille: "on demande au gouvernement de tout faire pour que la paix soit toujours là et de nous aider, car la vie est dure".

"Dure", la vie? Chômage massif des jeunes, cherté de la vie, insalubrité: Abobo concentre les difficultés vécues par nombre d'habitants à Abidjan, qui tardent à sentir les retombées de la relance économique. Et le quartier, repaire d'ex-combattants en déshérence, demeure dangereux. En octobre, une opération d'assainissement a tourné à la bataille rangée entre jeunes en armes et forces de l'ordre.

Quant à la paix, elle dépend largement d'une réconciliation entre le pouvoir et le camp Gbagbo, chantée par tous mais toujours bloquée. Les victimes des deux bords réclament justice. Cependant des hiérarques du parti de l'ex-président viennent d'être reçus par le chef de l'Etat sénégalais Macky Sall, intronisé médiateur: un miracle de Noël viendra-t-il de Dakar?
 

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