Le fils et ancien ministre de l'ex-président sénégalais Abdoulaye Wade, Karim Wade, et six dignitaires de l'ancien régime dont quatre ex-ministres, soupçonnés d'enrichissement illicite, ont interdiction de quitter le Sénégal, a appris vendredi l'AFP de source proche de l'enquête.
"La décision concerne Karim Wade et les six (dignitaires) dont les dossiers ont été transmis à la gendarmerie pour enquête. Il leur est interdit de sortir du territoire", a affirmé cette source.
Karim Wade, qui a été entendu jeudi pendant dix heures d'affilée par les enquêteurs de la gendarmerie à Dakar, est en outre à "nouveau convoqué jeudi prochain", 22 novembre, a-t-elle ajouté.
Le fils Wade a été entendu par la section de recherches de la gendarmerie de Colobane, un quartier de Dakar, dans le cadre des enquêtes ouvertes par la Cour de répression de l'enrichissement illicite (CREI).
Il avait déjà été entendu à deux reprises en juillet.
Son ancien ministère de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l'Energie, doté de gros budgets, lui avait valu d'être surnommé "Super ministre" ou "Ministre du ciel et de la terre".
Ancien conseiller de son père, Karim Wade a également occupé d'autres responsabilités, en particulier à la tête de l'Agence nationale de l'Organisation de la conférence islamique, chargée de grands travaux avant le sommet de l'OCI organisé en mars 2008 à Dakar.
"Dictature rampante"
Les quatre anciens ministres visés par les enquêtes sont Oumar Sarr, Abdoulaye Baldé, Madické Niang et Samuel Sarr, qui ont dirigé chacun plusieurs ministères différents.
Deux autres responsables, Tahibou Ndiaye, ex-directeur du cadastre, rattaché au ministère de l'Economie et des finances, et Doudou Diagne, ex-directeur de l'Urbanisme, sont également concernés.
"Aucune mesure de contrôle judiciaire n'a été légalement prise à l'encontre" des sept personnes visées et pour cette raison, "toute entrave à leur liberté d'aller et de venir constitue une inadmissible forfaiture par la violation d'une liberté constitutionnelle", a affirmé vendredi l'ex-parti au pouvoir, le Parti démocratique sénégalais (PDS), dans un communiqué transmis à l'AFP.
Le PDS estime que les personnes concernées "n'ont pas reçu notification" de la décision d'interdiction de sortie du territoire et dénonce des actes "préfigurant une dictature rampante".
La CREI, créée en 1981 par l'ancien président socialiste Abdou Diouf (1980-2000), en sommeil depuis des années, a été réactivée après l'élection en mars de Macky Sall qui a mis fin à douze ans de pouvoir d'Abdoulaye Wade.
Un dirigeant du PDS, Ousmane Ngom, avait annoncé mercredi que les dignitaires de l'ancien régime refuseraient désormais de répondre aux convocations des enquêteurs, ce qu'a ignoré Karim Wade en se présentant jeudi à la gendarmerie.
Ces ancien responsables s'estiment victimes d'une "chasse au sorcières" ouverte par le nouveau régime de Macky Sall.

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