Le maire de Montréal Gérald Tremblay, mis en cause par un ancien cadre de son parti dans le financement illégal de sa formation, a annoncé lundi sa démission, tout en se présentant comme une victime du scandale de corruption qui secoue la métropole québécoise.
M. Tremblay, 70 ans, qui dirigeait la deuxième ville du Canada depuis 2001 et dont le présent mandat venait à échéance en novembre 2013, a fait cette annonce à son retour à l'hôtel de ville de Montréal, après quatre jours de repos et de réflexion.
« Ce soir, j'ai voulu m'adresser à vous directement, Montréalais et Montréalaises. J'aimerais vous dire qu'après 25 années au service de la collectivité, je quitte la vie publique », a déclaré M. Tremblay dans une allocution télévisée prononcée avec calme, voire un certain aplomb.
Cette démission est une conséquence directe des révélations accablantes faites par des témoins à une commission d'enquête publique qui se penche sur la corruption dans l'octroi des contrats publics à Montréal et ailleurs au Québec.
Appels d'offres truqués, cartel dirigé par des hommes d'affaires d'origine italienne, fonctionnaires corrompus et hommes politiques redevables de la mafia, les témoignages entendus par cette commission ont confirmé les enquêtes menées par plusieurs médias ces dernières années.
La semaine dernière, un ancien cadre du parti du maire, Martin Dumont, a accusé M. Tremblay d'avoir fermé les yeux sur le financement illégal de sa formation, qui aurait tenu une caisse noire alimentée notamment par des entrepreneurs proches de la mafia sicilienne.
M. Dumont a affirmé qu'Union Montréal, le parti de M. Tremblay, avait organisé une double comptabilité afin de dissimuler l'origine douteuse de certains financements ainsi que l'utilisation réelle des fonds.
Irrégularités et corruption
Ex-responsable des collectes de fonds du parti, M. Dumont avait expliqué avoir identifié des pratiques troubles lors d'un scrutin en 2004. Mais alors que le responsable des finances de la formation lui annonçait l'existence de ces deux budgets, en présence du maire, ce dernier « s'est levé et a dit: 'Moi, j'ai pas à savoir ça' », avait raconté M. Dumont.
« Cette rencontre n'a jamais eu lieu », a déclaré lundi soir Gérald Tremblay. « Ces allégations sont fausses », a-t-il insisté.
M. Tremblay a reconnu que dès son arrivée au pouvoir en 2001, le directeur général de la ville l'avait mis au courant de rumeurs sur « des enveloppes brunes » circulant dans divers services de la mairie. « Je lui ai demandé ce qu'il avait fait. Il m'a répondu qu'il avait exigé des preuves et qu'on ne lui en avait jamais donné ».
Il a affirmé avoir « agi », au fil des ans, chaque fois qu'il avait été « informé d'irrégularités, de collusion et de corruption, j'ai agi ».
« Je souhaite ardemment qu'un jour, on reconnaisse que je me suis battu très souvent seul contre ce système, cette collusion et cette corruption qui pourtant, selon les révélations de la commission Charbonneau, existait depuis au moins 1988 ».
"Secret de polichinelle"
Début octobre, un ancien entrepreneur du bâtiment, Lino Zambito, a indiqué à la commission avoir dû verser 3% de la valeur de contrats obtenus par son entreprise à Montréal au parti du maire, soit plus qu'à la mafia, qui ne prélevait, elle, que 2,5% sur ses contrats.
Selon deux ex-ingénieurs corrompus de la ville de Montréal, qui ont dit avoir touché chacun entre 500 000 et 600 000 dollars de pots-de-vin pendant leur carrière, la corruption était « un secret de polichinelle ».
« On a trahi ma confiance, j'en assume l'entière responsabilité », a dit M. Tremblay en promettant qu' «un jour, justice sera rendue ». « La vérité, je l'ai transmise à la commission Charbonneau. Je n'ai malheureusement pas la possibilité de me défendre », a-t-il ajouté, en précisant que la commission n'avait pas prévu de l'entendre à « court terme ».

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