L'Ouganda a menacé vendredi de retirer ses troupes de Somalie, où elles forment l'ossature de la force de l'Union africaine, et des autres opérations de paix auxquelles elles participent, si l'ONU ne revient pas sur ses accusations concernant son rôle dans l'est de la RDC.
"Nous disons que si ces accusations, qui sont malveillantes et infondées, ne sont pas retirées, alors nous allons envisager de nous retirer, non seulement de Somalie, mais de toutes les opérations de paix dans lesquelles nous sommes impliqués", a déclaré à l'AFP le secrétaire d'Etat à la coopération régionale, Asuman Kiyingi. Kampala, qui assure une médiation entre Kinshasa et les rebelles congolais du M23, a été accusé dans un rapport d'experts de l'ONU ayant fuité mi-octobre de soutenir - de même que le Rwanda, déjà mis en cause auparavant - cette rébellion qui affronte l'armée congolaise depuis plusieurs mois dans la région du Nord-Kivu.
Les autorités ougandaises avaient balayé ces accusations, affirmant se préparer à y répondre "point par point". M. Kiyingi a démenti vendredi auprès de l'AFP que la décision de retrait du contingent ougandais de l'Amisom ait d'ores et déjà été prise, comme l'affirmait vendredi le quotidien ougandais Daily Monitor, citant des propos du Premier ministre Amama Mbabazi devant le Parlement.
A la poursuite de Joseph Kony
Environ 6.500 soldats ougandais sont déployés en Somalie au sein de la Force de l'Union africaine (Amisom), dont les quelque 17.000 hommes épaulent le faible embryon d'armée nationale somalienne, et qui a depuis un an accumulé les succès militaires contre les insurgés islamistes shebab. Ceux-ci ont été chassés en août 2011 de Mogadiscio par l'Amisom et ont depuis perdu la quasi-totalité de leurs bastions du sud et du centre de la Somalie.
Les succès militaires face aux shebab ont dopé un processus politique parrainé par la communauté internationale censé doter enfin la Somalie d'institutions pérennes, après plus de 20 ans de guerre civile et de chaos, et qui a abouti cet été à la désignation d'un nouveau Parlement et d'un nouveau président. L'armée ougandaise commande et constitue également le gros du contingent de la force d'intervention régionale mise sur pied par l'UA et chargée de traquer l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), sanglante rébellion expulsée initialement basée dans le nord ougandais, mais qui a désormais essaimé dans les pays voisins.
Soutien de l'ONU
Une centaine de policiers ougandais participent également à diverses missions de paix de l'ONU au Darfour (ouest du Soudan), au Soudan du Sud, au Liberia et au Timor Oriental. Des experts ougandais sont également présents au sein de l'Onuci, la mission de l'ONU en Côte d'Ivoire. L'Ouganda est par ailleurs en pointe des efforts des dirigeants de la région des Grands Lacs qui tentent de mettre sur pied une "force neutre" chargée de lutter contre les divers groupes armés actifs dans l'est de la RDC, afin de mettre fin à l'instabilité chronique dans cette zone.
Le Conseil de sécurité de l'ONU avait exprimé mi-octobre son "soutien sans réserve" aux experts auteurs du rapport et avait menacé implicitement de prendre des sanctions contre de hauts responsables d'Ouganda et du Rwanda. La veille, le Rwanda, qui dément lui aussi énergiquement les accusations du rapport, avait été élu par l'Assemblée générale membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, pour un mandat de deux ans commençant en janvier prochain.

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