Extension Factory Builder
21/10/2012 à 17:48
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des femmes transportent des fruits et des marchandises sur une route de Rangira. Des femmes transportent des fruits et des marchandises sur une route de Rangira. © AFP

"Des femmes et des filles sont violées par le M23. Ils pillent nos chèvres ou nos biens dans nos maisons", se plaint un habitant de Rugari, une ville de la province instable du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, où opère une rébellion depuis mai.

Les rebelles Mouvement du 23 mars (M23) contrôlent une partie du Rutshuru, territoire situé dans le Nord-Kivu. Les habitants de cette région agricole verdoyante, qui vivent de la culture de fruits et de légumes et de l'élevage de chèvres et de vaches, dénoncent, discrètement, exactions, viols et pillages.

Le M23 est composé essentiellement d'anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple, une ex-rébellion intégrée dans l'armée nationale de RDC en 2009. L'ONU accuse le Rwanda et l'Ouganda, pays voisins de la région du Rutshuru, de soutenir le M23, ce que démentent Kigali et Kampala.

Samedi, le président du M23, Jean-Marie Runiga, a annoncé que son bras armé changeait de nom et était rebaptisé "Armée révolutionnaire du Congo".

Les combats entre l'armée et le M23 ont fait plus de 300.000 déplacés et réfugiés. Les affrontements sont rares depuis juillet mais les populations reviennent au compte-goutte, et de nombreuses maisons et commerces restent fermés. Mais, signe qu'une certaine normalité s'installe, les écoles rouvrent.

Avant la rentrée, début septembre, le M23 avait encouragé les parents à scolariser leurs enfants et, après une reprise timide, on observe désormais un peu partout des jeunes en uniforme bleu et blanc qui vont ou viennent de l'école, cartable ou dos, et jouant parfois en cours de route.

Mais l'habitant de Rugari, qui comme beaucoup, ne donne pas son nom, n'est pas rassuré. "J'accompagne ma fille au camp de Kanyarucinya, où restent ma femme et mes autres enfants: même des petites filles sont violées", affirme-t-il en charriant deux gros sacs de charbon sur un vélo, avec l'aide d'un proche et de sa fille.

"Chez moi, il n'y a pas beaucoup de viols. Mais à Rugari, il y a des viols de femmes à grande échelle", renchérit un habitant d'une localité proche. Il ne précise pas directement qui, d'après lui, en sont les auteurs, mais il soupçonne le M23.

Dans la capitale régionale du Nord-Kivu, Goma, Justin Paluku, gynécologue-obstétricien à l'hôpital Heal Africa, a estimé récemment que 5.000 femmes avaient été violées depuis le début de l'année, et que cette hausse "dramatique" était due au regain d'instabilité qui a suivi la création du M23.

Outre les viols, le M23 est accusé de recrutement d'enfants soldats et d'exécutions sommaires par l'ONG Human Rights Watch. Reporters sans Frontières et Journaliste en Danger s'inquiètent par ailleurs du "climat d'insécurité" dans lequel les journalistes locaux font leur travail.

Des panneaux dénonçant la corruption

Le président du M2 Jean-Marie Runiga réfute les accusations: "Jusque-là, il n'y a pas d'exactions" et si jamais elles arrivaient les responsables seraient "jugés et condamnés", dit-il. Il a aussi promis de sanctionner ses hommes qui menaceraient des journalistes.

Face aux feu des critiques, le M23 tente de donner des gages de confiance. A Rutshuru-centre, des panneaux neufs siglés "M23" annoncent: "Luttons contre la corruption", en français, anglais, swahili et kinyarwanda. Des taxes et impôts assimilés à des "tracasseries" ont été supprimés mais un système de péage a été instauré.

"C'est 5 dollars pour un minibus, 20 pour les camions, et cela peut aller jusque 50 pour les très gros camions", explique Benjamin Mbonimpa, l'administrateur du territoire désigné en juillet par le M23.

Dans les rues de Rutshuru, l'ambiance paraît calme. "On ne voit absolument rien de mal concernant le M23, mais les gens ont peur à cause de tout ce qui s'est passé... Ils n'ont pas confiance", dit à voix basse un commerçant de la ville, qui affirme n'avoir jamais entendu parler de viols.

Calme aussi à Bunagana, un important poste-frontière avec l'Ouganda, qui a été le théâtre d'âpres combats. La vie tourne au ralenti, comme à Rutshuru et d'autres zones conquises par le M23. "C'est la crise! Il n'y a plus rien comme avant!", se plaint une restauratrice.

"Les gens ne sont pas tous revenus, ajoute-elle. Beaucoup continuent à traverser en Ouganda pour passer la nuit. Moi-même, je dors là-bas parce qu'ici on n'a pas de garantie sécuritaire et que je n'aime pas rester là quand les rebelles sont ici."

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

RDC : le Parlement doit adopter la loi électorale sans l'alinéa litigieux

RDC : le Parlement doit adopter la loi électorale sans l'alinéa litigieux

La loi électorale à l'origine de violences meurtrières en République démocratique du Congo devait être adoptée dimanche par le Parlement, où le camp du président Jose[...]

Violences en RDC : la police mise en cause, blocage au Parlement

Le président de l'Assemblée nationale congolaise a dénoncé samedi un "dérapage" de la police, qui a tiré dans la foule à Kinshasa durant les violences meurtrières[...]

Répression en RDC : le président de l'Assemblée reconnaît un "dérapage"

Le président de l'Assemblée nationale en République démocratique du Congo (RDC) a reconnu samedi sur Twitter un "dérapage" lorsque la police a tiré à "balles[...]

RDC : Katumbi attaqué sur tous les fronts

Rien ne va plus au Katanga pour Moïse Katumbi depuis que celui-ci a pris ses distances vis à vis d'un éventuel 3e mandat du président Kabila. Lequel vise là où ça fait mal : au[...]

RDC 

RDC : le Sénat impose la tenue de la présidentielle en 2016 dans les délais constitutionnels

Lors du vote article par article du projet de loi controversé modifiant la loi électorale en RDC, les sénateurs congolais ont supprimé vendredi l'incise contenue dans le texte initial qui liait[...]

RDC : pourquoi le vote de la loi électorale a été reporté

Après trois jours de violences meurtrières à Kinshasa et à Goma, le vote de la loi électorale, intialement prévu jeudi, aura lieu vendredi matin.[...]

CAN 2015 : les Léopards sans imagination face au Cap-Vert

Le choc entre les Lépopards et les Requins a tourné à la soupe soporifique jeudi à Ebebiyin (0-0). Le gardien congolais Kidiaba a sauvé son camp à deux reprises dans les dix[...]

RDC 

RDC : deuxième journée de violences à Goma, au moins trois morts

Pour la deuxième journée consécutive, des heurts ont éclaté jeudi à Goma, dans l'est de la RDC, entre les policiers et des étudiants qui exigent la libération de leurs[...]

Foot : avant son exploit avec le Congo, les sept CAN de Claude Le Roy

Avec le Congo, Claude Le Roy dispute en Guinée équatoriale (17 janvier-8 février) sa huitième phase finale, un record. Le technicien français, champion d’Afrique en 1988 avec le Cameroun,[...]

Loi électorale en RDC : les 10 nouveautés qui pourraient tout changer

Depuis le dépôt du projet de loi modifiant la loi électorale en RDC, on assiste à une levée de boucliers au sein de l'opposition congolaise. Cette dernière appelle la population à[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20121021174835 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20121021174835 from 172.16.0.100