Extension Factory Builder
30/09/2012 à 16:37
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Marche de protestation de mineurs sud-africains à Rustenburg. Marche de protestation de mineurs sud-africains à Rustenburg. © AFP

L'étoile de l'Afrique du Sud a brusquement pâli: inertie gouvernementale, services défaillants et troubles sociaux forment un cocktail délétère qui ébranle son image de solidité et son statut de tête de pont économique sur un continent instable, selon les analystes.

Alors que l'Afrique n'a jamais autant intéressé les investisseurs, la jeune démocratie sud-africaine, elle, semble bien loin de l'euphorie de la fin de l'apartheid en 1994. La grève sanglante de la mine de Marikana et ses 46 morts, dont 34 abattus par la police dans une fusillade, ont fait revenir le pays aux pires heures de son histoire. Un "accident malheureux" selon le président Zuma, mais le pays peine à s'en remettre.

Des grèves continuent d'affecter le secteur minier, poumon économique du pays, et menacent l'approvisionnement en pétrole, avec le récent mouvement des routiers. Les provocateurs de tout poil comme Julius Malema, exclu de l'ANC, surfent sur le mécontentement des plus pauvres, des millions de Sud-Africains mal payés ou mal desservis en eau, électricité, livres scolaires.

"La situation n'est pas rose", constate Mohammed Nalla, analyste chez Nedbank Capital à Johannesburg. Les perspectives "se dégradent", dit-il parlant d'"un déclin institutionnel et un déclin structurel qui s'installe dans l'économie". Pour lui et nombre de confrères, le problème vient de l'irresponsabilité du pouvoir qui échappe à toute sanction même en cas d'échec. Faute de rival sérieux, l'ANC est accusé de se préoccuper davantage de s'enrichir et consolider sa mainmise.

Congrès de l'ANC en décembre

Depuis des mois, ses membres sont concentrés sur le congrès qui doit avoir lieu en décembre et sur l'élection du président de l'ANC, amené de facto à devenir président d'Afrique du Sud. Le président Zuma pourrait avoir comme adversaire le vice-président Kgalema Motlanthe, qui ne s'est pas déclaré. En attendant, ni l'un ni l'autre n'ose prendre des décisions et risquer de s'aliéner des soutiens.

Cette dérive politique a commencé à ronger la confiance des investisseurs. Cette semaine, l'agence de notation Moody's a dégradé d'un cran la note de l'Afrique du Sud, à Baa1, à l'égal de la Russie, du Brésil ou de la Thaïlande. Les doutes de Moody's tiennent au double déficit de l'Afrique du Sud --balance commerciale et budget-- et à l'apathie gouvernementale face aux difficultés économiques croissantes. Ironie du sort, le coup de semonce de Moody's survient au moment où l'Afrique du Sud rejoint le club fermé des pays admis dans le panier de référence des emprunts d'Etat au sein du Citi Index.

Mais si la mauvaise impression s'installe durablement, alors l'Afrique du Sud pourrait rapidement connaître de sérieux problèmes, et le moment ne pourrait pas être plus mal choisi. En mal de rentabilité dans le monde développé, les investisseurs misent sur les marchés africains, plus risqués mais en croissance, et assis sur d'importantes richesses minières, comme l'Afrique du Sud. La dette sud-africaine et le rand gardent leur attrait, permettant à Pretoria de maintenir son déficit public et commercial sous contrôle. Mais, souligne M. Nalla, "cela ne peut pas durer éternellement".

Pas comparable au Zimbabwe

Un ralentissement de l'afflux de capitaux étrangers coûterait cher à l'Afrique du Sud: les frais d'emprunt augmenteraient, le budget serait sous pression, la monnaie affaiblie, ce qui renchérirait le coût du pétrole importé.

"La situation n'est pas comparable au Zimbabwe, on ne voit pas les investisseurs partir en courant les mains en l'air", commente Peter Attard Montalto, analyste à la banque d'investissement Nomura. Mais "on assiste à une lente et constante série de contre-performances", l'Afrique du Sud "ne réalise pas complètement son potentiel".

Le pays est préservé provisoirement par les quelques institutions qui fonctionnent mais les vrais problèmes ne sont pas réglés. "Les investisseurs vont voir la banque centrale, ou le Trésor, qui sont des institutions de tout premier ordre, de qualité égale sinon meilleure que dans les pays développés. Ils ne traitent pas avec le ministère de l'Education, du Travail", explique Peter Attard Montalto. Or, c'est "là qu'on mesure les vrais problèmes. Sans parler de l'échelon provincial dont la vaste majorité souffre d'une grande inefficacité et d'une forte corruption".

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Afrique du sud

Afrique du Sud : la statue de Cecil Rhodes ou l'indéboulonnable problème de l'héritage colonial

Afrique du Sud : la statue de Cecil Rhodes ou l'indéboulonnable problème de l'héritage colonial

La statue du colon Cecil Rhodes devant l'université du Cap provoque la colère des étudiants sud-africains. La polémique monte, d'autant plus que Robert Mugabe pourrait s'en mêler.[...]

Afrique du Sud : une romancière frappée à coups de briques après un éloge à Salman Rushdie

L’auteur sud-africaine Zainub Priya Dala a été victime d’une violente agression à Durban après avoir fait l’éloge devant des élèves de l’écrivain[...]

Afrique du Sud : Bob Hewitt, ancienne légende du tennis, reconnu coupable de viols

 Le célèbre tennisman sud-africain Bob Hewitt a été reconnu coupable de viols et d'agression sexuelle sur des adolescentes dont il était l'entraîneur. [...]

Afrique du Sud : Jacob Zuma, cher président trop cher ?

CNN révèle que le président sud-africain touche un meilleur salaire que bien des dirigeants européens. Le continent doit-il en être fier ? Ou cultiver le scepticisme sur les revenus plus ou[...]

Afrique du sud : espion es-tu là ?

Quatre personalités politiques sud-africaines sont soupçonnées d'être des agents de la CIA. Et parmi elles, aucun sympathisant du président Jacob Zuma...[...]

Faire du ski en Afrique ? Oui, c'est possible !

Profiter de la poudreuse en Afrique, une envie originale mais qui peut facilement devenir réalité dans l'une des six stations de ski africaines.Tour d'horizon. [...]

Afrique du Sud : un ministre proche de Zuma tué dans un accident de la route

Un ministre sud-africain proche du président Jacob Zuma est mort dans un accident de la route dans la nuit de samedi à dimanche, et le camionneur apparemment responsable a été mis en examen pour[...]

Afrique du Sud : Oscar Pistorius va bien être jugé en appel

Oscar Pistorius, qui purge une peine de cinq ans de prison pour avoir abattu sa petite amie Reeva Steenkamp en 2013, sera bien jugé en appel à la demande de l'accusation, les avocats de l'ex-athlète ayant[...]

Des médecins sud-africains réussissent la première greffe de pénis au monde

L’Afrique du Sud a réussit, vendredi, la première greffe mondiale de pénis. L’opération a été menée par une équipe de médecins sud-africains sur un jeune[...]

Afrique du Sud : Oscar Pistorius sera bien rejugé en appel

Un tribunal de Johannesburg a confirmé vendredi la tenue prochaine du procès en appel de l'ex-athlète sud-africain Oscar Pistorius. Au grand dam de ses avocats qui souhaitent lui éviter une nouvelle[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120930163712 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20120930163712 from 172.16.0.100