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15/09/2012 à 10:18
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Manifestation le 14 septembre 2012 à Alexandrie. Manifestation le 14 septembre 2012 à Alexandrie. © AFP

Des dizaines de milliers de musulmans ont manifesté vendredi notamment dans le monde arabe pour dénoncer un film dénigrant l'islam, réalisé aux États-Unis, qui a déclenché de nouvelles violences faisant six morts en Tunisie, au Soudan, au Liban et en Égypte.

Ce film, dont des extraits ont été mis sur YouTube et dans lequel les musulmans et le prophète Mahomet sont présentés comme immoraux et brutaux, a enflammé la rue mardi en Egypte et en Libye, avant que les protestations, visant notamment les ambassades américaines, ne s'étendent à d'autres pays.

Dans ce contexte, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qualifiant le film de "répugnant", a appelé "au calme et à la raison". Le Conseil de sécurité de l'ONU a jugé "injustifiables" vendredi les violences contre des missions diplomatiques, notamment américaines, et rappelé l'obligation des pays hôtes de protéger les locaux et leur personnel.
Le pape Benoît XVI, en visite au Liban, a pour sa part demandé aux juifs, musulmans et chrétiens d'"éradiquer" le fondamentalisme.

Les Etats-Unis "tiendront bon" face aux violences dirigées contre leurs ambassades et leurs ressortissants dans le monde arabo-musulman, a averti le président américain Barack Obama. Sa secrétaire d'Etat Hillary Clinton a souligné que les pays du Printemps arabe ne s'étaient pas affranchis de la "tyrannie d'un dictateur" pour se retrouver sous celle "des foules", en allusion aux violences antiaméricaines dans le monde musulman.

A Tunis, deux manifestants ont été tués par balle et 40 autres personnes ont été blessées, dont vingt policiers, au cours d'affrontements très violents aux abords de l'ambassade américaine, a indiqué un porte-parole du ministère de la Santé.

Au moins un millier d'islamistes ont pris d'assaut l'ambassade, pénétrant dans son enceinte, brisant ses vitres et y érigeant un drapeau noir et un autre blanc, couleurs de la mouvance salafiste.

Le président tunisien Moncef Marzouki a qualifié de "totalement inacceptables" ces actes de violence contre un "pays ami".

Les manifestants ont aussi incendié des bâtiments de l'école américaine située à proximité de l'ambassade.

Le Premier ministre tunisien Ahmadi Jebali, un islamiste, s'est dit "profondément préoccupé" par l'attaque et son gouvernement a appelé au calme.
A Khartoum, une dizaine de manifestants sont parvenus à pénétrer dans l'ambassade des Etats-Unis en agitant des drapeaux islamistes noirs, a constaté un correspondant de l'AFP.

"Obama, Obama, nous sommes tous des Oussama"

Auparavant, les forces de l'ordre dispersé avec des grenades lacrymogènes quelque 10.000 manifestants se dirigeant vers l'ambassade. Un manifestant a trouvé la mort, écrasé par un véhicule de la police, selon un secouriste. Le corps d'un autre a été découvert près de l'ambassade. Peu avant, 5.000 manifestants islamistes avaient mis le feu à l'ambassade d'Allemagne.

Au Caire, un manifestant a été tué dans les affrontements avec les forces de l'ordre aux abords de l'ambassade américaine et 53 policiers ont été blessés, selon l'agence officielle Mena.

Le président égyptien Mohamed Morsi a condamné le film tout en dénonçant les violences qu'il a provoquées, et les Frères musulmans ont retiré leur appel à manifester à travers tout le pays, mais des manifestants ont continué toute la journée à affronter la police près de l'ambassade américaine.

Dans la péninsule du Sinaï, des Bédouins ont attaqué un camp de la force multinationale, faisant trois blessés.

Au Liban, un manifestant a été tué et 25 autres ont été blessés dans des heurts à Tripoli (nord) tandis que des centaines d'islamistes avaient incendié un fast-food américain, selon un responsable des services de sécurité.

En Syrie, théâtre d'un conflit meurtrier, partisans et opposants du régime ont manifesté, séparément, contre le film.

En Libye, quelques dizaines d'islamistes radicaux ont manifesté à Benghazi (est) aux cris de: "Obama, Obama, nous sommes tous des Oussama", en référence à Oussama ben Laden, l'ex chef d'Al-Qaïda.

C'est dans cette ville qu'une attaque mardi contre le consulat américain avait fait quatre morts américains, dont l'ambassadeur.

A Sanaa, où quatre personnes ont été tuées jeudi dans des heurts, les policiers ont tiré en l'air et fait usage de canons à eau et de grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants rassemblés près de l'ambassade des Etats-Unis à Sanaa, brûlant le drapeau américain et réclamant l'expulsion de l'ambassadeur.

Des milliers de personnes sont également descendues dans la rue en Irak, dans la bande de Gaza contrôlée par le Hamas et à Jérusalem-Est occupé et annexé par Israël, ainsi qu'en Iran.

Une vidéo "écoeurante", selon Clinton

En Asie, quelque 10.000 manifestants ont brûlé à Dacca des drapeaux américains et israéliens, et tenté de s'approcher de l'ambassade des Etats-Unis.

Au Pakistan, des manifestations dans plusieurs grandes villes ont notamment demandé la mort du réalisateur du film, et en Indonésie, environ 350 islamistes radicaux ont manifesté à Jakarta contre la "déclaration de guerre" que représente selon eux le film.

Les réactions déclenchées par le film, qui aurait été tourné par un réalisateur de films porno selon un site internet, rappellent la colère qu'avait provoqué la publication de caricatures du prophète Mahomet en 2006 par un journal danois.

Un copte habitant la Californie et affirmant être le producteur du film, Nakoula Basseley Nakoula, sous le coup d'une condamnation pour fraude, a déclaré vendredi à la station américaine en arabe Radio Sawa n'avoir aucun regret. "Oui, je me sens coupable" des violences provoquées par le film, a-t-il dit. Mais "l'Amérique (...) n'a rien à voir" avec ce film.
Mme Clinton a assuré que le gouvernement américain n'avait "absolument rien à voir" avec cette "vidéo écoeurante et condamnable".

Les Etats-Unis travaillent avec les pays du Proche-Orient et d'Afrique du Nord pour "renforcer" les mesures de sécurité autour de toutes leurs missions diplomatiques, notamment au Soudan et en Tunisie, a annoncé pour sa part un haut responsable du département d'Etat.

La chancelière allemande Angela Merkel a condamné l'attaque contre l'ambassade d'Allemagne à Khartoum, exprimant "sa grande inquiétude" quant aux violences dans le monde arabe.

L'Union européenne a demandé vendredi soir aux autorités des pays frappés par ces violences d'assurer la "sécurité" des diplomates et à appeler "immédiatement à la paix et à la retenue", dans une déclaration de Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne.
 

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