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Justin Koné Katinan, alors ministre ivoirien du Budget, le 29 décembre 2010 à Abidjan. Justin Koné Katinan, alors ministre ivoirien du Budget, le 29 décembre 2010 à Abidjan. © AFP

Justin Koné Katinan, porte-parole en exil de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, visé par un mandat d'arrêt international émis par Abidjan, a été arrêté au Ghana et restait samedi dans l'attente d'une décision ghanéenne sur sa libération ou son extradition.

Mis à jour le 26/08/2012 à 10h30. 

Son arrestation est survenue en plein regain de tension en Côte d'Ivoire, marqué par une vague d'attaques meurtrières contre les Forces républicaines (FRCI), l'armée ivoirienne.

Samedi, un élément FRCI, deux inconnus armés et un civil ont été tués près de Grand-Lahou (140 km à l'ouest d'Abidjan, sud) lors d'un échange de tirs avec des "individus non-identifiés" à un poste de contrôle de l'armée après une "course-poursuite", a déclaré à l'AFP le ministre de la Défense Paul Koffi Koffi. Une source militaire a parlé de son côté de cinq assaillants tués.

Justin Koné Katinan "a été arrêté hier (vendredi) à Accra par la police ghanéenne en provenance de Johannesburg", a déclaré à l'AFP un membre de sa famille joint depuis Abidjan à Accra.

Une délégation ivoirienne, comprenant la juge en charge du dossier, est partie samedi matin le chercher au Ghana.

Mais son rapatriement attendu dans la journée n'a pas eu lieu. Les choses se sont en effet compliquées à Accra, où des pro-Gbagbo en exil ont sollicité Jerry Rawlings, ex-président ghanéen toujours puissant et considéré comme un allié de Laurent Gbagbo, selon des sources concordantes.

M. Katinan a dit à sa femme au téléphone "qu'il n'est pas question de l'extrader", a assuré le membre de sa famille contacté à Accra, selon lequel "son statut de réfugié politique vient d'être renouvelé". En "garde-à-vue", il est confiant dans une "libération imminente", a précisé ce proche.

Une source judiciaire ivoirienne a affirmé que la justice ghanéenne devrait décider en début de semaine prochaine d'une éventuelle extradition du porte-parole de M. Gbagbo.

Adversaire farouche du pouvoir

Visé par un mandat d'arrêt pour "crimes économiques", M. Katinan a été ministre du Budget de M. Gbagbo durant la crise postélectorale (décembre 2010-avril 2011) qui a fait quelque 3.000 morts et s'est conclue après deux semaines de guerre par la chute de son mentor, qui refusait de reconnaître sa défaite à l'élection de novembre 2010.

Adversaire virulent du nouveau pouvoir, Justin Koné Katinan est en exil et basé au Ghana depuis la fin de la crise. M. Gbagbo a été arrêté le 11 avril 2011 et est détenu depuis fin 2011 à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI), qui le soupçonne de crimes contre l'humanité.

Jusque-là, un seul mandat d'arrêt international émis par la justice ivoirienne contre des exilés du camp Gbagbo a été exécuté: l'ancien ministre de la Défense Moïse Lida Kouassi avait été arrêté au Togo le 6 juin et extradé en Côte d'Ivoire.

Après les attaques meurtrières contre l'armée qui se sont succédé depuis début août, le gouvernement du président Alassane Ouattara a accusé des miliciens et militaires pro-Gbagbo qui bénéficieraient du soutien d'exilés au Ghana, ce que le parti de Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), a récusé.

De nombreux responsables politiques et militaires de l'ex-régime ont trouvé refuge dans ce pays voisin.

Changement de pouvoir à Accra

Le pouvoir ivoirien a demandé depuis un an en vain l'exécution des mandats d'arrêt visant certains d'entre eux, mais a repris espoir avec l'arrivée du nouveau président ghanéen John Dramani Mahama, installé après le décès le 24 juillet de son prédécesseur John Atta Mills.

A la suite de la crise postélectorale, une vingtaine de personnalités du régime déchu restent inculpées et incarcérées en Côte d'Ivoire pour génocide, crimes de sang, atteinte à la sûreté de l'Etat ou crimes économiques.

Alors que les forces pro-Ouattara sont aussi accusées de crimes durant la crise, y compris par une commission d'enquête ivoirienne qui leur a imputé plus de 700 morts, aucune figure du camp présidentiel n'a encore été inquiétée, alimentant des accusations récurrentes de "justice des vainqueurs".

 

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