Extension Factory Builder
18/08/2012 à 17:38
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Prière du ramadan. Prière du ramadan. © AFP

"Il arrive!", crient les enfants. Un homme jovial portant un gros tuyau accède sur le plateau d'une ancienne fortification ottomane surplombant Sarajevo. Dans quelques minutes, "Smajo, le canonnier", va annoncer la rupture du jeûne pour les musulmans de la capitale bosnienne.

"Il arrive!", crient les enfants. Un homme jovial portant un gros tuyau accède sur le plateau d'une ancienne fortification ottomane surplombant Sarajevo. Dans quelques minutes, "Smajo, le canonnier", va annoncer la rupture du jeûne pour les musulmans de la capitale bosnienne. "Bougez-vous! Je ne pourrai rien faire si vous restez à cet endroit!", lance Smail "Smajo" Krivic, aux enfants, en reposant le tuyaux métallique long d'un peu plus d'un mètre contre un mur en pierre, derrière lequel s'ouvre une vue imprenable sur Sarajevo.

Juste en bas, les vieux quartiers ottomans et l'immeuble imposant de la Bibliothèque nationale, toujours en reconstruction, 17 ans après la fin de la guerre intercommunautaire de Bosnie (1992-95). Les musulmans représentent environ 40% des quelque 3,8 millions d'habitants de Bosnie. Ils sont sunnites et partisans pour la plupart d'un islam modéré, introduit dans les Balkans au XVe siècle par les ottomans.

Une grande majorité des habitants de Sarajevo, 80% selon diverses estimations, sont musulmans. Les fidèles ayant jeûné ont beau voir la disparition du soleil derrière les montagnes, marquant le moment de rupture du jeûne, ils ne croient qu'au son du canon de "Zuta Tabija" (Fortification Jaune) et aux lumières qui s'allument à ce moment sur d'innombrables minarets des vieux quartiers.

Smajo le sait bien et ne perd pas une seconde. "C'est une énorme responsabilité. Manger avant l'heure est un péché, mais il ne faut pas traîner non plus. Je ne veux pas porter le pêché pour toute la ville", dit-il, tout sérieux. "Chaque année avant le ramadan, je vais voir un ami horloger pour qu'il vérifie ma montre", assure cet homme de 59 ans à la calvitie prononcée, lunettes sur le nez.

Époque ottomane

La foule, composée de curieux et des fidèles venus rompre leur jeûne ici "en toute sécurité", recule et forme un demi-cercle autour de Smajo. Ce dernier se met à préparer le canon. Il fixe le tuyaux contre le mur et regarde vers le ciel, comme pour bien cadrer. Il sort de son sac une bombe pyrotechnique et la pose à l'intérieur du canon. Enfin, il branche un fil électrique sur le canon et s'éloigne d'une dizaine de mètres.

Quinze secondes avant 19H58 (17H58 GMT), il s'accroupit, une télécommande à la main. "Bouche tes oreilles!", lance une maman à sa fille qui saute de joie en entendant le coup de canon. Aussitôt, les minarets s'illuminent l'un après l'autre. On entend un mélange des chants des muezzins. Smajo range ses affaires. Lui aussi observe le jeûne et les siens ne commenceront pas à manger sans lui. Mais il habite deux rues plus loin et se donne le temps de raconter l'histoire du "canon du ramadan" de Zuta Tabija.

"Ca remonte vers la fin de l'époque ottomane, soit la fin du XIXe siècle. Le pouvoir austro-hongrois (1878-1914) et le royaume yougoslave (1918-41) n'avait rien contre cette coutume, mais les autorités de la Yougoslavie communiste (1945-91) l'avait interdite", raconte-t-il. "Ensuite, il y a eu la guerre et on n'avait pas besoin d'une explosion de plus les jours du ramadan. On a repris en 1997, deux ans après le conflit", dit Smajo, ajoutant n'avoir jamais manqué depuis d'annoncer le temps de rupture du jeûne avec son canon. "Je sais que j'apporte le bonheur dans des milliers de maisons. Je ne pourrais jamais y renoncer", dit-il.

Cependant, les fidèles ont commencé à dîner sur le plateau. La plupart assis à même le sol, autour de leur repas. "Le sens du ramadan est de monter une marche de plus vers le +bien+ et de s'y maintenir le restant de l'année", dit Mersiha Djilovic, 30 ans, venue partager avec son mari un repas composé notamment d'oeufs et d'olives.
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

États-Unis : torture sans limites pendant la présidence de George W. Bush

États-Unis : torture sans limites pendant la présidence de George W. Bush

Durant la présidence de George W. Bush, sous couvert de guerre contre le terrorisme, la CIA a eu recours à la torture. Avec une cruauté sans bornes, selon un rapport accablant du Sénat amé[...]

Benjamin Stora : "La France peine à se voir comme une nation construite par ses migrants"

Entretien avec le patron de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, l'historien français Benjamin Stora.[...]

Oubliez le McDo, à Paris, les fast-foods africains passent à l'offensive !

En quelques années, le marché de la restauration rapide en France a vu venir de nouveaux acteurs, les fast-foods africains. Malgré la frilosité des banques à les aider, certains ont réussi[...]

Démocratie et torture

Très mauvaise fin d'année pour le dogme selon lequel "la démocratie est le stade suprême du développement politique". On nous a tant de fois assuré que c'est le[...]

États-Unis : Hillary Clinton, future présidente ?

L'épouse de Bill Clinton n'est pas encore candidate à la présidentielle de 2016, mais nul doute qu'elle le sera bientôt. Sera-t-elle la première femme à accéder à la[...]

Algérie : au Val-de-Grâce, un Bouteflika peut-il en cacher un autre ?

La santé d'Abdelaziz Bouteflika a une nouvelle fois fait parler d'elle mardi. Selon des médias algériens, le président algérien aurait été hospitalisé une nouvelle fois au[...]

France : pour éviter "la guerre civile", Éric Zemmour favorable à la déportation des musulmans ?

Le polémiste français controversé Éric Zemmour a une nouvelle fois provoqué l'indignation. Dans une interview accordée à un journaliste italien, fin octobre, il a attaqué les[...]

Pakistan : un groupe taliban tue 132 enfants dans une école

Des talibans pakistanais ont perpétré mardi la plus sanglante attaque terroriste de l'histoire du pays dans une école d'enfants de soldats, tuant 141 personnes, dont 132 écoliers, pour se venger des[...]

Mali - France : Lazarevic et Sofara

Un Français vaut-il plus qu'un Malien ? Certains jugeront la question déplacée. Elle mérite pourtant qu'on s'y arrête au vu des circonstances qui ont mené à la[...]

Photographie : Pascal Maitre, la vie en plus

Exposé récemment à la Maison européenne de la photographie, le reporter Pascal Maitre reste fidèle à la presse, qui lui permet de montrer au mieux l'énergie vitale du[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers