Extension Factory Builder
18/08/2012 à 16:10
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Des mineurs à Marikana, le 16 août 2012. Des mineurs à Marikana, le 16 août 2012. © AFP

Une première enquête a été ouverte samedi sur les responsabilités de la police dans la fusillade qui a fait 34 morts jeudi à la mine de Marikana, alors que l'Afrique du Sud s'interroge sur les causes profondes du malaise social qui a conduit au drame.

Une première enquête a été ouverte samedi sur les responsabilités de la police dans la fusillade qui a fait 34 morts jeudi à la mine de Marikana, alors que l'Afrique du Sud s'interroge sur les causes profondes du malaise social qui a conduit au drame.

Samedi matin, des experts de la police des polices sont arrivés à la mine de platine exploitée par Lonmin, près de Rustenburg (Nord-Ouest). Il sont chargés de déterminer si la réaction des policiers, qui ont ouvert le feu à balles réelles, faisant 34 morts et 78 blessés, était proportionnelle à la menace des mineurs, comme l'affirme la direction de la police.

Une autre enquête interne à la police est ouverte. Et le président Jacob Zuma a également annoncé vendredi la mise en place prochaine d'une commission d'enquête plus large pour faire la lumière sur les événements. A quelques centaines de mètres des lieux du massacre, toujours bouclé par les forces de l'ordre, plusieurs centaines de mineurs se sont de nouveau rassemblés samedi, dans le calme. Comme la veille, nombre d'entre eux portaient des bâtons ou des barres de fer. Un hélicoptère de la police survolait les environs.

Julius Malema, le jeune leader populiste récemment exclu de l'ANC, les a rejoints à la mi-journée, et devait s'adresser à eux. Malema a longtemps incarné la branche radicale du parti au pouvoir, celle qui souhaite que le gouvernement consacre désormais tous ses efforts à lutter contre la pauvreté et les inégalités. De nombreuses familles étaient toujours à la recherche d'un proche, sans savoir s'il était mort, blessé ou simplement au nombre des quelque 500 personnes arrêtées après les violences.

Responsabilité partagée

Pour la plupart des commentateurs, la responsabilité immédiate du drame était partagée entre la police, mal équipée et mal préparée pour ce type de situation, et les grévistes eux-mêmes, violents et armés d'armes blanches et, selon certains témoignages, d'armes à feu. "Il y a une semi-militarisation de la police, qui n'est pas entraînée pour faire face aux manifestations d'une façon pacifique. Ils préfèrent utiliser la force, tirer sur les gens", dénonce l'analyste politique Dirk Kotze, de l'Université d'Afrique du Sud (Pretoria).

De fait, les policiers déployés face aux grévistes n'avaient ni boucliers ni protections lourdes, et étaient armés de fusils automatiques. L'incapacité des syndicats à encadrer et à prévenir le mouvement était également mise en cause. "Les leaders syndicaux ont agi de façon irresponsable, dans une culture de la grève où la violence est un élément permanent", estime le politologue Ebrahim Fakir.

Durant toute la phase de tension qui a précédé le massacre, "les dirigeants syndicaux sont restés invisibles", constate Dirk Kotze. Selon lui, le grand syndicat des mines NUM a perdu son emprise sur les mineurs, "parce qu'il est vu comme un allié du gouvernement, et spécialement du président Jacob Zuma".

Ce discrédit a laissé une place libre à d'autres syndicats, plus radicaux. A Marikana, c'est le petit syndicat AMCU, une dissidence de NUM, qui est montré du doigt pour avoir échauffé les mineurs en promettant de mirifiques augmentations de salaires.

Société "volatile"

Avant le drame de jeudi, des affrontements entre partisans de NUM et d'AMCU avaient fait dix morts en quelques jours. Plus profondément encore, c'est l'incapacité du gouvernement à gérer ce genre de crise, et surtout à améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière, 18 ans après la chute de l'apartheid, qui est largement dénoncée.

"Je ne crois pas qu'ils se rendent compte à quel point notre société est devenue volatile", dit à l'AFP l'analyste Adam Habib, de l'Université de Johannesburg, "cent ans après le début des mines en Afrique du Sud, les gens vivent toujours dans les mêmes conditions qu'au début du 20e siècle". Pessimiste, M. Fakir prédit que ce type de catastrophe risque de devenir récurrent en Afrique du Sud: "Ca va exploser de nouveau dans trois ans, parce le gouvernement ne fait rien pour résorber les inégalités, les différences de salaires, les conditions de travail, la santé et la sécurité dans les mines, alors que ce sont les données de bases du problème".

Plus optimiste, son collègue Adam Habib espère que le drame de Marikana va provoquer "une crise existentielle en Afrique du Sud: qui sommes-nous, et qui devenons-nous?". "Si cela arrive, je pense que ce sera une bonne chose pour l'Afrique du Sud", dit-il.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Afrique du sud

Afrique du Sud : Sandton, au paradis des nantis...

Afrique du Sud : Sandton, au paradis des nantis...

Bienvenue à Sandton, banlieue huppée de Johannesburg. Les prix de l'immobilier y sont les plus élevés d'Afrique, et les boutiques y proposent les marques les plus chères. Pauvres s'absten[...]

Afrique du Sud : Carin Smuts, guérir la société à travers l'architecture

L'architecte sud-africaine Carin Smuts, adepte des solutions "locales", conçoît des projets dont la finalité dépasse la simple construction. Il y est question d'humanisme, de réinsertion[...]

Afrique du Sud : Joburg Art Fair, la création en toute liberté

La foire d'art contemporain de Johannesburg, la Joburg Art Fair, s'est ouverte jeudi pour trois journées d'expositions. L'occasion pour les artistes africains de révéler aux collectionneurs le potentiel de la[...]

Gaza : ce que le Sud-Africain Desmond Tutu a dit à Israël

L'archevêque sud-africain Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix en 1984, appuie sa plume là où ça fait mal. Pourfendeur de la guerre à Gaza, il a signé une tribune dans le quotidien[...]

Ebola : l'Afrique du Sud ferme ses frontières avec la Guinée, le Sierra Leone et le Liberia

Les pays africains prennent progressivement des mesures contre l'épidémie d'Ebola en cours en Afrique de l'Ouest. Jeudi, l'Afrique du Sud a ainsi déclaré qu'elle fermait ses frontières avec la[...]

BRICS : tous pour un, mais lequel ?

S'estimant mal représentés dans les institutions de Bretton Woods, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud ont créé leur propre banque de développement. Mais[...]

Afrique du Sud : deux ans après, hommage aux mineurs tués à Marikana

Plusieurs milliers de mineurs sud-africains se sont retrouvés à la mine de platine de Marikana en hommage aux 34 grévistes qui y ont été abattus par la police il y a deux ans. Le massacre du 16[...]

Afrique du Sud : deux ans après, les veuves de Marikana réclament toujours justice

Deux ans après la mort de 34 grévistes abattus par la police sud-africaine à la mine de platine de Marikana, dans le nord, les veuves des victimes attendent toujours des réponses: comment, et[...]

Procès Pistorius : le verdict attendu le 11 septembre

Après la plaidoirie vendredi de la défense qui a été précédée la veille par le réquisitoire du procureur, le tribunal de Pretoria a annoncé qu'il rendra le 11[...]

Un premier avion 100 % africain au décollage

Le premier avion entièrement africain a pris son envol, le 13 août en Afrique du Sud. L'appareil, de type militaire, sera consacré à la surveillance aérienne et son prix de vente devrait atteindre[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex