Extension Factory Builder
12/08/2012 à 17:34
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Deux jeunes combattants islamistes dans une rue de Gao le 17 juillet 2012. Deux jeunes combattants islamistes dans une rue de Gao le 17 juillet 2012. © AFP

 Des habitants de Gao, une des trois villes principales du nord du Mali occupées par des groupes islamistes armés depuis la fin de mars, sont à la pointe de la résistance contre ces "fous de Dieu" qui y multiplient les violences au nom de la charia, la loi islamique.

Lapidation à mort d'un homme et d'une femme parents d'enfants sans être mariés, amputation de la main d'un voleur, coups de fouets à des couples "illégitimes", des fumeurs de cigarettes, des buveurs d'alccol: dans le nord du Mali abandonné par Bamako, les islamistes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) appliquent la charia de la manière la plus brutale qui soit.

A Gao, près de la frontière du Niger, des centaines d'habitants, jeunes pour la plupart, ont, à leurs risques et périls, manifesté à plusieurs reprises depuis le mois de mai pour s'opposer à ces méthodes: la première fois parce qu'on les empêchait de regarder la télévision, de jouer au football.

Il y a une semaine ils sont à nouveau descendus dans la rue pour empêcher, avec succès, les islamistes de couper la main d'un voleur, puis pour protester contre le passage à tabac d'un animateur de radio qui avait relaté le premier mouvement de colère contre l'amputation.

"A cette allure, ce sont les populations qui vont chasser les islamistes à mains nues", affirme Soumaïla Kanté, jeune sociologue malien de Gao.

"Des bornes à ne pas dépasser" 

Mais trois jours plus tard, c'est à Ansongo, localité proche de Gao, que, pour la première fois depuis l'occupation du Nord, l'amputation de la main d'un voleur à eu lieu en public. Un chef local du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), qui est avec Ansar Dine (Défenseurs de l'islam), un des deux groupes liés à Aqmi, a promis d'agir bientôt à Gao.

Dans un premier temps, les hommes du Mujao étaient plutôt bien vus à Gao, car ils s'opposaient aux rebelles touareg du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), accusés de nombreuses violences et exactions dans la ville, avant d'en être chassés par le Mujao le 27 juin après de violents combats.

"Au début, on appréciait vraiment les islamistes, car ils nous respectaient, contrairement aux rebelles touareg qui étaient plus célèbres dans le brigandage qu'autre chose", dit un infirmier de l'hôptal de la ville, ajoutant: "Mais, il ne faut jamais oublier qu'ici, nous sommes des gens teigneux et courageux".

"Ce n'est plus le grand amour" entre islamistes et "nous", la population, reconnaît Abdoul Karim Maïga, du Collectif des ressortissants du nord du Mali, (Coren). "Avec leur charia" qui impose de "couper les mains, interdire de fumer, frapper les gens, la cote des islamistes a brutalement chuté", dit-il.

"C'est toujours Gao qui prend la tête des révoltes"

Tiegoum Boubèye Maïga, journaliste malien originaire de la région de Gao, rappelle que cette ville a toujours été "rétive". "Ça ne m'étonne pas qu'elle prenne la tête de la contestation contre les islamistes, parce qu'il y a des bornes à ne pas dépasser", explique-t-il à l'AFP.

Il ajoute que "dans le nord du Mali, c'est toujours Gao qui prend la tête des révoltes, avant qu'elles ne se propagent. C'est Soni Ali Ber, premier empereur de Gao (1464-1493) qui a été libérer Tombouctou du joug des Touareg".

La bravoure des habitants de Gao a fait tâche d'huile dans d'autres localités du Nord, notamment à Goudam, au sud de Tombouctou, où pour désapprouver les actions des islamistes, des habitants ont incendié en partie un bâtiment qu'ils occupaient, avant de les empêcher d'aller prier dans une mosquée de la ville.

Les groupes islamistes ont eu beau distribuer beaucoup de dons à l'occasion du ramadan, la stricte application de la charia a du mal à passer.

Les populations des trois grandes villes du Nord occupé - Gao, Tombouctou et Kidal - tentent actuellement de former une "coalition des autochtones du Nord" contre "les envahisseurs".

"Nous avons résisté aux Touareg, nous allons résister aux islamistes par tous les moyens, s'ils veulent appliquer aveuglément la charia dans toute sa rigueur chez nous", dit, sous couvert d'anonymat, un ex-préfet de Goudam qui ajoute: "Nous sommes une terre d'islam, pas d'islamisme".

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

À l'ONU, le gouvernement malien dit vouloir dialoguer avec les groupes rebelles

À l'ONU, le gouvernement malien dit vouloir dialoguer avec les groupes rebelles

Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères, a affirmé mercredi devant le Conseil de sécurité des Nations unies sa volonté de mener rapidement des négociations avec[...]

Mali : accusé de complicité d'assassinat, Sanogo encourt la peine de mort

Le général putschiste Amadou Haya Sanogo a vu les accusations le visant s'alourdir. En plus de complicité d'enlèvement, il doit répondre depuis le 22 avril du chef de complicité[...]

Mali : Moussa Mara, jeune premier...

Nommé le 5 avril, le nouveau chef du gouvernement n'a que 39 ans.[...]

Mali : Gilbert Rodrigues Leal, questions sur une mort présumée

Entre la communication tardive des jihadistes et ce que savaient les autorités françaises depuis décembre 2013, plusieurs points d'interrogations entourent l'annonce de la mort de l'otage français[...]

Mali : le Mujao annonce la mort de l'otage français Gilberto Rodrigues Leal

Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) a annoncé mardi la mort du Français Gilberto Rodrigues Leal, enlevé en novembre 2012 dans l'ouest du Mali. [...]

Mali : les cinq humanitaires capturés en février ont été libérés par l'armée française

Les cinq humanitaires maliens, dont quatre employés du Comité international de la Croix-Rouge au Mali, capturés le 8 février ont été libérés jeudi par l'armée[...]

Carte interactive : voyagez en Afrique sans visa !

En vertu d'accords bilatéraux ou dans le cadre d'organisations sous-régionales, plusieurs pays africains ont supprimé l'obligation de visa d'entrée sur leur territoire. Grâce à une carte[...]

Mali : IBK au Sénégal, les raisons d'une visite

Le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a fait une visite d'État au Sénégal, du 13 au 16 avril. Retour sur les raisons de cette visite.[...]

Mali - France : le ton monte

Les rapports entre le Mali et la France sont exécrables depuis plusieurs mois. Plus récemment, l'"affaire" Tomi et, surtout, la situation à Kidal n'arrangent rien.[...]

Terrorisme - Iyad Ag Ghaly : arrête-moi si tu l'oses !

Recherché pour terrorisme par le monde entier, le chef touareg Iyad Ag Ghaly semble pourtant poursuivi avec bien peu d'ardeur. Et pour cause : il reste un acteur essentiel dans la région.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces