Cinq militaires ivoiriens ont été tués dimanche dans l'attaque d'un commissariat et d'un poste de contrôle de l'armée par des hommes "lourdement armés" dans un quartier d'Abidjan, a déclaré le ministre de la Défense, dernier en date d'une série d'incidents sanglants.
Mis à jour à 17h30.
Tôt dimanche, "trois" militaires des Forces républicaines (FRCI) "ont été tués dans l'attaque du commissariat du 17e arrondissement de Yopougon" (quartier ouest), a indiqué le ministre Paul Koffi Koffi depuis le lieu de l'assaut.
"Six hommes sont arrivés dans un taxi, en treillis et lourdement armés, et ils ont ouvert le feu", apparemment pour libérer des personnes "interpellées préventivement" samedi, a-t-il raconté.
Après cette attaque survenue "vers 2H00 du matin" (locales et GMT), "il y a eu des échanges de tirs nourris pendant de nombreuses minutes", a relaté un policier du commissariat.
"Quelques minutes après, (les assaillants) sont allés un peu plus loin vers une position de contrôle" tenue par l'armée dans le quartier, "ils ont tiré sans sommation et ont tué deux FRCI", a poursuivi le ministre de la Défense. "On pense que c'est le même groupe" que pour la première attaque, a-t-il précisé.
"Je pense que c'est du banditisme", a-t-il souligné, sans exclure la piste de militaires criminels: "on va voir si l'enquête nous oriente vers des militaires, des membres des forces de l'ordre ou des civils".
Le secteur, baptisé Yopougon-Niangon, était dimanche quadrillé par les forces de l'ordre, selon des témoins.
Tensions ethniques
L'insécurité a reculé dans le pays depuis la fin de la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011, ayant fait 3.000 morts et dont Yopougon fut l'un des théâtres majeurs de combats.
Cependant, la circulation d'armes en tous genres - évaluées à plusieurs dizaines de milliers -, des ex-combattants mécontents de leur sort et des tensions ethniques toujours vives, en particulier dans l'Ouest, nourrissent des incidents parfois meurtriers.
Une personne a été tuée et plusieurs blessées mercredi près de Sinfra (centre-ouest) lors d'un affrontement entre des villageois et des chasseurs traditionnels "dozo", confrérie dont des membres sont devenus de facto des supplétifs des FRCI.
Des militaires et des "dozo" avaient été mis en cause après l'attaque du 20 juillet contre un camp de déplacés proche de Duékoué (ouest), qui avait fait six morts selon l'ONU.
Des attaques début juin dans le sud-ouest du pays avaient fait une vingtaine de morts, dont sept Casques bleus nigériens. Le gouvernement du président Alassane Ouattara a accusé des fidèles de l'ex-chef d'Etat Laurent Gbagbo basés au Liberia voisin.
"Climat d'insécurité généralisée"
Signe que l'insécurité reste un sujet de débat, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), principal allié de M. Ouattara, a publié samedi un communiqué au ton inhabituellement ferme sur la question, alors que le pouvoir s'emploie sans relâche à rassurer.
La situation de "violences endémiques entretient un climat d'insécurité généralisée", a affirmé le parti de l'ex-président Henri Konan Bédié.
"Les acteurs et les auteurs de ces agressions meurtrières sont généralement issus non seulement des rangs des milices pro-Gbagbo, mais également des +dozo+, des supplétifs démobilisés non indemnisés et de certains éléments incontrôlés des FRCI", a ajouté le PDCI, appelant à "accélérer" la réforme de l'armée et à désarmer les "dozo".
La réforme de l'armée est l'un des grands défis du pouvoir, qui a promis de mettre en place un programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) des ex-combattants non intégrés dans les FRCI, un chantier très sensible et coûteux.

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