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04/08/2012 à 16:48
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Des Tunisiens font le marché, le 20 juillet 2012 à Tunis. Des Tunisiens font le marché, le 20 juillet 2012 à Tunis. © AFP

Les Tunisiens désargentés vivent dans la souffrance leur premier ramadan sous le gouvernement islamiste qui, malgré ses promesses de baisser les prix des produits alimentaires, n'a pu contenir la spéculation sept mois après son entrée en fonction.

"Les prix, c'est du jamais vu ! C'est plus fort que la canicule", lance Aïcha, un couffin à la main, sous les étals ombragés du marché central de Tunis écrasé par la chaleur en plein ramadan, ce mois de jeûne musulman.

"Cette année tout est trop cher, les prix battent des records historiques!", se plaint la ménagère jetant un regard impuissant sur des étalages bien approvisionnés mais hors de portée. "Les gens ne peuvent que regarder et passer leur chemin", observe Aïcha obligée de contenter sa famille avec un plat "Kadhab" (sans viande) pour la rupture du jeûne.

Entre les cris stridents des marchands et l'odeur âcre du poisson, des Tunisois font plusieurs fois le tour du marché en quête de produits à prix raisonnables.

"Un kilo de citron aujourd'hui à 4 dinars (2 euros), huit fois plus qu'avant le ramadan! c'est honteux !", crie Souha. Et "des briks sans citron durant le ramadan, c'est pas la peine!", lâche-t-elle en référence à un entremet quotidien incontournable du ramadan chez les Tunisiens.

"Avec mon budget de 160 dinars (90 euros), je pouvais m'arranger pour tout le mois, mais cette année j'ai tout dépensé la première semaine", renchérit Selima, une ouvrière textile.

Contrôleurs agressés

Fin avril, le chef du gouvernement Hamadi Jebali s'était solennellement engagé devant la constituante à faire baisser les prix à la consommation avant le ramadan, une promesse sans lendemain puisque les prix ont encore grimpé.

"Un kilo de figues peut-il se vendre à 8,4 dinars (4,2 euros)? Une salade à près de 2 dinars", se lamente un groupe de jeûneurs à la sortie du marché. Censé être un mois d'abstinence et de rigueur, le ramadan donne paradoxalement lieu à une frénésie de consommation et à la spéculation.

Plus de mille infractions ont été dénombrées durant les cinq premiers jours de ce mois de jeûne par les contrôleurs des prix, des brigades déployées par les autorités qui sont débordées et parfois agressées par des commerçants.

"Le gouvernement doit faire ce qu'il faut pour contenir la hausse des prix et augmenter les salaires, sinon il sera balayé aux prochaines élections", lance Mohamed, un fonctionnaire dépité.

"Quoi de plus important que de remplir les ventres durant le ramadan", renchérit-il, rappelant que la révolution avait été déclenchée par la précarité et la paupérisation.

19% de chômage

Le gouvernement a augmenté le salaire minium à 150 euros environ et des négociations sociales ont à peine démarré pour des augmentations salariales dans les secteurs public et privé.

Pour l'heure, le coût de la vie fait le pain béni des chroniqueurs satiriques et des médias qui consacrent des rubriques entières à la cherté des produits alimentaires, certains proposant des recettes culinaires à petit prix.

"Il faut contracter un crédit bancaire pour se faire une 'chakchouka'", ironisait un commentateur de radio en référence au plat le plus populaire, fait de tomates, d'oignons et de piments.

Le pays a connu une récession en 2011 (-1,8%). Et en dépit d'une reprise en 2012, le chômage, un des facteurs de la révolution, atteint 19%.

Opprimés sous le régime du président déchu Zine El Abidine Ben Ali qui affichait officiellement, année après année, un taux de pauvreté de moins de 4%, les Tunisiens ont découvert après la révolution que près du quart d'entre eux vivait sous le seuil de la pauvreté.

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