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28/07/2012 à 13:28
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Des Syriens courent pour éviter une attaque d’hélicoptère à Alep le 24 juillet 2012. Des Syriens courent pour éviter une attaque d’hélicoptère à Alep le 24 juillet 2012. © AFP

Les forces du régime de Bachar al-Assad ont lancé samedi à coups de bombardements leur offensive pour déloger les rebelles à Alep, deuxième ville de Syrie et enjeu crucial du conflit. des combats qui menancent d'être les plus violents depuis le début de la révolte, et qui font craindre à Moscou la possibilité d'une "tragédie".

Plusieurs pays occidentaux et l'ONU avaient exprimé leur préoccupation face à la perspective de cet assaut, Washington évoquant la possibilité d'un nouveau "massacre" dans ce pays ensanglanté par 16 mois de violences déclenchées par la répression d'un mouvement de contestation inédit contre le régime.

Cependant la Russie, allié du régime syrien, a estimé qu'il n'était pas "réaliste" d'escompter que le pouvoir reste les bras croisés alors que des rebelles "occupent" les grandes villes, et averti qu'une "tragédie" menaçait à Alep, cité de 2,5 millions d'habitants et capitale économique du pays (voir encadré ci-dessous).

Les renforts qui se massent depuis des jours aux abords de cette métropole située à 355 km au nord de Damas, se sont dirigés vers le quartier Salaheddine, "qui compte le plus grand nombre de rebelles", a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, président de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Moscou prône la troisième voie

"Nous sommes en train de persuader le gouvernement qu'il doit faire de premiers gestes", a déclaré samedi 28 juillet le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d'une conférence de presse aux côtés de son homologue japonais à Sotchi (sud). "Mais lorsque l'opposition armée occupe des villes comme Alep, où une autre tragédie se prépare à ce que je comprends (...) il n'est pas réaliste de compter qu'ils (le gouvernement) l'accepteront", a-t-il ajouté.

"Comment peut-on espérer que dans une telle situation le gouvernement puisse simplement se résigner et dire 'd'accord, je me suis trompé. Venez et renversez-moi, changez le régime'", s'est interrogé M. Lavrov, lors de cette conférence de presse retransmise par la télévision publique. "Ce n'est tout simplement pas réaliste - pas parce que nous sommes attachés à ce régime- mais tout simplement parce que ça ne marche pas, a-t-il dit.
En Syrie des excès sont commis par toutes les parties... Nous devons exercer une pression sur tous", a indiqué M. Lavrov, en accusant les Occidentaux de fournir une aide aux combattants de l'opposition.

"Nos partenaires occidentaux... avec certains voisins de la Syrie, pour l'essentiel encouragent, soutiennent et dirigent une lutte armée contre le régime", a souligné le chef de la diplomatie russe. "Le prix en est toujours plus de sang, a-t-il ajouté."

"On peut dire que l'assaut a commencé", a dit le chef de cette ONG basée en Grande-Bretagne et qui s'appuie sur un réseau de militants sur place. "Ce sont les combats les plus violents depuis le début de la révolte" en mars 2011, d'après l'ONG.

Selon un correspondant de l'AFP sur place, ce quartier du sud-ouest était encerclé et bombardé depuis 08H00 (05H00 GMT) par l'armée qui y dépêchait des soldats à pied.

Une centaine de chars ont été déployés aux abords de Salaheddine et des combats se déroulaient aux entrées du quartier, ainsi que dans plusieurs autres quartiers bombardés et survolés par des hélicoptères, selon des militants et insurgés.

Les habitants "terrorisés"

"Les forces du régime ont tenté de prendre d'assaut Salaheddine mais les héros de l'Armée syrienne libre (ASL) ont repoussé l'attaque" pour le moment, a déclaré à l'AFP un commandant rebelle local à Alep, Abdel Jabbar al-Oqaidi.

Au moins dix soldats et six rebelles ont été tués dans les combats depuis le début de l'assaut, selon l'OSDH.
"Il y a des milliers de personnes dans les rues fuyant les bombardements, elles sont terrorisées par les hélicoptères volant à basse altitude", selon Amer, porte-parole d'un réseau de militants à Alep joint par Skype.

"Un très grand nombre de civils se sont rassemblés dans les jardins publics dans des secteurs plus sûrs, mais la majorité se réfugient dans des écoles. Ils ne peuvent pas sortir de la ville et il n'y a plus de lieu sûr pour eux en Syrie", a-t-il ajouté.

Selon le correspondant de l'AFP, les habitants ont de grandes difficultés à se ravitailler en pain. De nombreux civils ont trouvé refuge dans les sous-sols des maisons, tandis qu'un mouvement d'exode était noté dans certains quartiers comme al-Soukkari (sud).

L'assaut a été donné plus d'une semaine après l'ouverture de ce nouveau front le 20 juillet, l'armée ayant pu reprendre le dessus à Damas où elle a livré combat pendant plusieurs jours aux rebelles. L'armée, en attendant les renforts, avait pilonné pendant plusieurs jours les quartiers rebelles.

Selon une source de sécurité, les rebelles se sont installés dans des ruelles très étroites, "ce qui rendra difficile la bataille" qualifiée par le journal Al-Watan, proche du pouvoir, de "Mère de toutes les batailles".

Cette bataille est cruciale pour les deux parties. "Pour le régime, c'est une ville dans laquelle il a beaucoup d'alliés, notamment parmi les hommes d'affaires sur lesquels il compte pour financer une partie de son effort de guerre", a souligné Ignace Leverrier, ex-diplomate français en poste en Syrie, alors que les rebelles cherchent à créer une zone protégée dans le Nord.

Occidentaux contre Russes

Paris et Washington ont exprimé leur profonde inquiétude avant cet assaut.
"Bachar s'apprête à commettre de nouvelles tueries contre son peuple", a accusé la France. Les Etats-Unis ont dit redouter un "massacre" et condamné par avance une "agression répréhensible contre un centre de population civile".

"Nous sommes en train de persuader le gouvernement qu'il doit faire les premiers gestes, mais lorsque l'opposition armée occupe des villes comme Alep, où une autre tragédie se prépare, il n'est pas réaliste de compter qu'il (le gouvernement) l'acceptera", a rétorqué samedi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, étalant de nouveau les divergences avec l'Occident sur la crise syrienne.

Ailleurs dans le pays, l'armée tentait de prendre d'assaut la région de Lajjate dans la province de Deraa (sud). Près de Hama (centre), la localité de Karnaz était assiégée et pilonnée par l'armée qui bombardait également des quartiers de Homs (centre), selon l'OSDH.

Outre les 16 morts à Alep, 36 personnes ont péri dans les autres régions et plus de 19.000 depuis le début de la révolte, selon l'OSDH.

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