Extension Factory Builder
01/07/2012 à 15:59
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Photo non datée montrant une partie de la mosquée à Tombouctou. Photo non datée montrant une partie de la mosquée à Tombouctou. © AFP

Des islamistes d'Ansar Eddine, un des groupes armés contrôlant le nord du Mali, poursuivaient dimanche la destruction de mausolées de saints musulmans dans la ville de Tombouctou, classée patrimoine mondial en péril, en dépit du tollé qu'ont provoqué ces démolitions.

Après les mausolées de Sidi Mahmoud (nord de la ville), Sidi Moctar (nord-est) et Alpha Moya (est) samedi, les hommes d'Ansar Dine se sont attaqués dimanche matin à coups de houes et burins aux quatre mausolées, dont celui de Cheikh el-Kébir, situés dans l'enceinte du cimetière de Djingareyber (sud), selon un témoin présent sur les lieux. "Ils sont en train de casser" le site, bâti en terre à l'instar de la quasi-totalité des édifices de cette ville à la lisière du désert, a dit cet homme, employé d'un média local, en indiquant que de nombreux habitants assistaient, impuissants, à l'opération de destruction. "Ca fait mal, mais on ne peut rien faire. Les +fous+ sont armés. On ne peut rien faire, mais ils seront maudits, ça, c'est sûr!", a-t-il ajouté.

Après le lancement des démolitions samedi, le porte-parole d'Ansar Dine à Tombouctou, Sanda Ould Boumama, avait expliqué à l'AFP que le groupe agissait "au nom de Dieu" et en représailles à la décision de l'Unesco, le 28 juin, d'inscrire Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial en péril. L'agence onusienne a estimé que la présence des islamistes mettait en danger cette ville mythique, comportant au total 16 cimetières et mausolées, qui est surnommée "la cité des 333 saints", en référence aux personnages vénérés de son passé qui y gisent.

Ces mausolées, avec des tombes portant des stèles et autres insignes funéraires, sont d'importants sites de recueillement. Les saints sont considérés à Tombouctou comme des protecteurs. Selon un expert malien spécialiste de l'histoire de Tombouctou et originaire de la ville, ils "représentent ceux que, dans la culture occidentale, on appelle saints patrons". Ansar Dine va détruire "tous les mausolées sans exception. (...) Dieu, Il est unique. Tout ça, c'est +haram+ (interdit en islam)", avait dit Sanda Ould Boumama.

"Horreur de tout ce qui a un lien avec le passé"

Samedi, l'Unesco avait déploré une "nouvelle tragique", et le gouvernement malien avait dénoncé "la furie destructrice assimilable à des crimes de guerre" du groupe islamiste armé Ansar Dine en menaçant les auteurs de ces actes de poursuites au Mali et à l'étranger. La France, ex-puissance coloniale, a regretté une "destruction délibérée de mausolées de saints musulmans", en demandant la "fin de ces violences".

Dimanche, la ministre malienne de la Culture, Fadima Touré Diallo, présente à la réunion annuelle de l'Unesco à Saint-Petersbourg (Russie), a appelé les Nations unies "à prendre des mesures pour arrêter ces crimes contre l'héritage culturel" du Mali. Le Maroc a réclamé "une intervention urgente" des Etats islamiques et de la communauté internationale pour protéger le riche patrimoine du Mali.

Tombouctou, Gao et Kidal (nord-est), les trois régions formant le Nord, sont depuis trois mois sous le contrôle des islamistes et de divers groupes armés qui ont profité de la confusion créée à Bamako par un coup d'Etat militaire le 22 mars. Pour l'expert malien originaire de Tombouctou, Ansar Dine et ses alliés jihadistes présents dans la région "prétendent défendre un certain islam qui n'est pas celui, ouvert, tolérant" pratiqué au Mali et généralement en Afrique de l'Ouest. "Ils ont horreur de tout ce qui a un lien avec le passé, ils ne veulent pas d'oeuvres qui ont un lien avec le passé", comme un mausolée ou un musée, "chez nous, il y a une très grande place qu'on donne aux érudits, aux saints. Eux, ils n'ont pas cette façon de faire", a-t-il regretté.

La démolition des mausolées de Tombouctou par les islamistes rappelle le sort d'autres ouvrages du patrimoine mondial, dont les Bouddhas de Bamyan, dans le centre de l'Afghanistan, détruits en mars 2001 par les talibans et leurs alliés d'Al-Qaïda. En Afrique de l'Est, les islamistes somaliens shebab ont détruit de nombreux mausolées de mystiques soufis dont la mémoire était vénérée par les populations locales.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Mali : un Casque bleu bangladais tué dans une attaque à Bamako

Mali : un Casque bleu bangladais tué dans une attaque à Bamako

Selon des sources sécuritaires maliennes, un Casque bleu de la Minusma été tué et un autre grièvement blessé par des tirs d'assaillants non identifiés dans la nuit de lundi à[...]

Tomi, IBK, Bongo : des écoutes embarrassantes

Des chefs d’Etat étrangers, qui plus est des amis de la France, écoutés dans le cadre d’investigations judiciaires ? Voilà qui, d’un point de vue diplomatique, et même si[...]

Crise malienne : pourquoi Ménaka cristallise les tensions

Alors que la rébellion du Nord-Mali réclame toujours des amendements à l'accord d'Alger pour le signer, la situation sécuritaire se détériore depuis la reprise de la ville de[...]

Mali : l'armée accusée d'avoir exécuté neuf personnes à Tin Hama

Des combats entre les rebelles de la CMA et l'armée malienne ont eu lieu jeudi matin à Tin Hama, près d'Ansongo, dans le nord-est du Mali. Dans un communiqué, les rebelles accusent les soldats maliens[...]

Les femmes africaines peinent à percer le plafond de verre

Éducation, travail, indépendance... Malgré de timides avancées, le statut des femmes n'a que peu progressé en Afrique, selon les participantes du 5e forum social d’Essaouira, au Maroc, du[...]

Deux importants chefs jihadistes tués dans le nord du Mali par l'armée française

Le ministère français de la Défense a affirmé mercredi dans un communiqué avoir neutralisé deux importantes figures du jihadisme dans le nord du Mali : Abdelkrim al-Targui et Ibrahim Ag[...]

Mali : le chef jihadiste Abdelkrim al-Targui tué par l'armée française

Abdelkrim al-Targui, l'un des principaux chefs d'Aqmi, a été tué dans la nuit de dimanche à lundi par l'armée française dans le nord-est du Mali. Plusieurs autres jihadistes ont[...]

Mali : un blessé dans une attaque contre la Minusma à Bamako

Un gardien d'une résidence de la Minusma à Bamako a été blessé par balle, mercredi, par un homme armé qui a réussi à prendre la fuite, abandonnant sur place deux grenades[...]

Le Mali parviendra-t-il à sceller son accord de paix ?

Officiellement signé le 15 mai à Bamako par le gouvernement, l'accord de paix n'est pas encore définitivement scellé au Mali. Les rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) souhaitent[...]

Mali : trois militaires maliens tués près de Tombouctou

Trois soldats maliens ont été tués lundi matin près de Tombouctou, lors d'une attaque menée par les rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad. [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers