Près d'un millier de personnes ont été arrêtées vendredi en marge des manifestations contre la hausse des prix et le président Omar el-Béchir, soit autant que sur l'ensemble des deux premières semaines du mouvement, a affirmé samedi une organisation de militants.
La répression des manifestations de vendredi ont fait des centaines de blessés, a assuré l'Organisation pour la défense des droits et des libertés. Il s'agit surtout de personnes âgées incommodées par les gaz lacrymogènes, mais aussi de blessures causées par des balles en caoutchouc, des grenades lacrymogènes et des coups.
La police a annoncé dans un communiqué que des petits groupes avaient manifesté vendredi à Khartoum et ailleurs mais que le calme avait été rétabli avec un usage minimum de la force. Certains des émeutiers ont été arrêtés et vont être traduits en justice, a-t-elle ajouté sans préciser leur nombre.
Prisons fantômes
L'augmentation des arrestations signalées par les militants marque une nouvelle étape dans la répression, dans la mesure où l'association avait relevé un millier d'arrestations en 13 jours, entre le début du mouvement, lancé par une manifestation étudiante à Khartoum le 16 juin, et la journée de vendredi. Certains ont été arrêtés puis relâchés, a déclaré sous couvert d'anonymat un responsable de cette organisation militante, tandis que beaucoup ont été conduits dans des prisons fantômes. Ils ne vous disent pas où ils se trouvent. Vous n'avez même pas le droit de le demander, a-t-il expliqué.
Parmi les détenus se trouve Talal Saad, un journaliste soudanais correspondant à temps partiel pour l'AFP, arrêté dans les bureaux de l'agence à Khartoum alors qu'il venait d'y apporter des photos d'une manifestation. Près de 24 heures plus tard, il n'était toujours pas possible de le joindre. Le ministre de l'Information, Ghazi al-Sadiq, a assuré samedi que les Soudanais avaient le droit de s'exprimer pacifiquement mais a appelé la population à ne pas permettre aux émeutiers de menacer la stabilité et la sécurité du Soudan, dans un communiqué publié par l'agence officielle Suna.
Les militants soudanais avaient appelé à une large mobilisation vendredi, à la veille du 23e anniversaire samedi du coup d'Etat qui a porté Omar el-Béchir au pouvoir. Dans l'un des incidents les plus sérieux, la police a violemment dispersé une manifestation anti-Béchir près de la mosquée où est basé le parti d'opposition Umma à Omdurman, la ville jumelle de Khartoum sur l'autre rive du Nil. Les manifestants -- des centaines selon des témoins, des milliers selon la police -- avaient brûlé des pneus et jeté des pierres sur les policiers, selon un scénario qui s'est répété depuis deux semaines dans plusieurs quartiers de la capitale et d'autres villes du pays.

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