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27/05/2012 à 16:50
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Un islamiste brandit un drapeau salafiste disant Un islamiste brandit un drapeau salafiste disant © AFP

Postes de polices incendiés, débits d'alcool attaqués: les salafistes radicaux, pourtant très minoritaires en Tunisie, multiplient les coups d'éclat et provoquent l'inquiétude de la société civile qui s'interroge sur l'absence de réaction des autorités.

Les actions des groupes salafistes, spectaculaires et destinées à marquer les esprits, se sont enchaînées ces 10 derniers jours. Le week-end dernier à Sidi Bouzid (centre), ils intimaient aux propriétaires de points de vente d'alcool de fermer, et devant le refus de ces derniers, ont incendié un établissement.

$Samedi, ils s'en sont pris à des postes de police et ont attaqué des bars dans plusieurs localités du gouvernorat de Jendouba (nord-ouest). Armés de bâtons ou de sabres, criant "Allahou Akbar", les "barbus", qui, selon certaines sources, comptent dans leurs rangs de nombreux jeunes désoeuvrés ou voyous recrutés pour "casser", effrayent et sèment la panique.

Ils sont pourtant très minoritaires en Tunisie: les chercheurs les estiment à une petite dizaine de milliers, et leur meeting annuel dimanche dernier à Kairouan (centre), qui se voulait une démonstration de force, n'a rassemblé que quelques milliers de personnes.
Mais leur capacité de nuisance, ainsi que le passé jihadiste de certains de leurs leaders, inquiète. Le chef de file du mouvement Ansar Al Charia (parmi les plus radicaux), Seif Allah Ben Hassine, alias Abu Yiadh, a combattu en Afghanistan et a été inscrit en 2002 sur une liste de l'Onu des personnes ou groupes liés à Al-Qaïda. Condamné à plus de 60 ans de prison par le régime Ben Ali, il a bénéficié de l'amnistie après la révolution.

"Des groupes violents hors la loi propagent la terreur", a mis en garde vendredi le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (Ltdh), Abdessatar Ben Moussa, à l'occasion du 35e anniversaire de son organisation.

Ils "agressent physiquement et moralement des femmes, des intellectuels, des journalistes, des créateurs, des syndicalistes, des politiciens ainsi que des militants des droits de l'Homme", a-t-il énuméré, tandis que son prédécesseur Mokhtar Trifi estimait qu'ils "menaçaient les libertés en Tunisie".

Sans compter l'impact possible sur le tourisme, admis la semaine dernière par le ministre du Tourisme Elies Fakhfakh, qui s'est inquiété de "l'image fausse et agressive" qui pouvait être véhiculée.

Le gouvernement désarmé ?

Le président d'honneur de la Ltdh Mokhtar Trifi a appelé vendredi à l'"application de la loi" aux salafistes, alors que des personnalités de la société civile ou de l'opposition dénoncent régulièrement "l'impunité" dont ils jouissent et le "laxisme" du gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda.

"Le gouvernement serait-il désarmé face aux salafistes ?" s'interrogeait dimanche le quotidien Le Temps, critiquant "le décalage criant entre les paroles et les actes".

En début de semaine, le ministre de la Justice Nourredine Bhiri a assuré que "la promenade" était terminée pour les salafistes et que "ceux qui dépassent les lignes rouges" seraient "punis".

Mais le journal La Presse, qui titrait en une dimanche "L'Etat défié", évoquait "le laxisme des autorités, pour ne pas dire la faiblesse".
Le parti Ennahda, tiraillé entre faucons et colombes, fait très attention à ne pas s'aliéner sa base, dont une grande partie est proche de la doctrine salafiste, rappelait récemment à l'AFP le chercheur Alaya Allani, spécialiste des mouvements islamistes au Maghreb.
Le congrès du parti, prévu en juillet, permettra peut être l'adoption d'une ligne plus claire, ajoutait-il.

En attendant, les salafistes continuent à occuper le devant de la scène. Et alors que certains sur twitter ou facebook n'hésitent pas à évoquer le spectre d'une "guerre civile", d'autres s'indignent que les "vrais problèmes de la Tunisie", le chômage et la crise économique et sociale, soient totalement éclipsés par la question salafiste.

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