Extension Factory Builder
29/04/2012 à 17:29
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Immeubles édifiés dans les années 1930, à Casablanca, au Maroc. Immeubles édifiés dans les années 1930, à Casablanca, au Maroc. © AFP

Maisons Art nouveau, édifices coloniaux et immeubles Art déco, le patrimoine architectural du vieux Casablanca, la capitale économique du Maroc, en fait un musée à l'air libre, mais il est menacé par la négligence et la spéculation immobilière.

Sur le boulevard Mohamed V, l'un des plus anciens de "Casa", le chantier du futur tramway qui doit désengorger la première métropole du Maghreb, n'empêche pas les amoureux d'oeuvres d'art d'admirer la diversité architecturale de dizaines d'immeubles datant, pour la plupart, du début du XXème siècle.

"L'une des particularités de Casablanca, c'est qu'elle a constitué, tout au long de la première moitié du XXème siècle, un laboratoire architectural et urbain", souligne Karim Rouissi, vice-président de l'association Casamémoire qui défend le patrimoine de cette ville mythique.

"On peut retrouver des immeubles du style Art nouveau, des immeubles comme le bâtiment +Maroc-Soir+ derrière nous, réalisé par l'architecte français Marius Boyer et qui est de facture néo-mauresque", ajoute M. Rouissi, lui-même architecte.

Construisant pour les colons dans les années 20 et 30, puis la bourgeoisie locale, les architectes internationaux, surtout français, se sont inspirés des courants Art Déco et Art Nouveau en vogue en Europe, y ajoutant des ornementations marocaines traditionnelles, de zelliges, stucs ou sculptures de bois de cèdre, créant un style original.

Dans le centre-ville, à quelques encablures de la médina, le célèbre Excelsior est un vieux bâtiment devenu l'un des cafés les plus prisés par les "bobos" de Casablanca, une cité très mélangée de plus de cinq millions d'habitants, difficilement reconnaissable pour les nostalgiques de Humphrey Bogart et Ingrid Bergman.

Chrétiens et musulmans

L'architecture de l'Excelsior est sobre mais subtile: la façade de ce café, construit par l’architecte français Hippolyte-Joseph Delaporte en 1916, est peinte à la chaux et ornée de zelliges andalous verts datant de près d'un siècle.
L'Excelsior a été édifié face au grand portail de la médina de Casablanca, une vieille ville où "plusieurs religions et nationalités" avaient coexisté.

"Nous avons ici la première église de l'ancienne médina. Elle a été consacrée au culte catholique jusqu'aux années 60, puis désacralisée. Aujourd'hui, elle est en train d'être réhabilitée pour en faire un centre culturel", explique Abdou Berrada, ancien journaliste amoureux de sa ville.

"La particularité de cette médina, c'est qu'elle était habitée par les musulmans et les chrétiens, outre les juifs bien sûr. Parmi les chrétiens il y avait des Espagnols, des Italiens, des Portugais, des Français... et aussi des pêcheurs, artisans, maçons, commerçants", explique-t-il.

Casablanca est appelé Dar el Baida ("Ville blanche") par les Arabes, d'après le nom qui lui a été donné par les Espagnols au moment de son édification au début du XIX siècle, sur un site plus ancien.

Mais le patrimoine architectural de Casablanca est aujourd'hui menacé par la destruction, l'abandon et la spéculation immobilière.

Les appartements sont souvent occupés par des locataires qui paient des "loyers dérisoires", qui vont de 500 à 2.000 dirham par mois (45 à 180 euros), selon M. Rouissi. Ni les propriétaires, ni les locataires n'entretiennent les bâtiments qui se dégradent. Il faut verser jusqu'à 50.000 euros pour faire partir les locataires.

"Préserver les paysages urbains"

L'absence de politique de préservation du patrimoine permet aux promoteurs et spéculateurs immobiliers de détruire des bâtiments anciens pour les remplacer par des immeubles flambant neuf, plus élevés et plus rentables, ou d'ajouter des étages aux anciennes bâtisses au détriment de l'unité architecturale.

"Rebâtir se fait alors au détriment du patrimoine et de la ville", dit M. Rouissi, dont l'association souhaite que Casablanca soit classée au patrimoine de l'Unesco "le plus tôt possible", pour mettre fin aux excès, une tâche qui incombe au ministère de la Culture.

Mais inscrire à l'Unesco "un patrimoine récent comme l'est Casablanca, qui date des années 20, est plus compliqué que s'il s'agissait d'une ville ancienne", souligné à l'AFP l'architecte Jade Tabet, ancien membre du comité du patrimoine mondial de l'Unesco.

"De plus, comme il s'agit de la capitale économique, les autorités marocaines ne veulent peut-être pas adopter des mesures qui pourraient brider le dynamisme économique et l'activité immobilière" de la ville, explique l'architecte français.

L'un des symboles de la menace qui pèse sur le patrimoine est l'hôtel Lincoln, un bijou architectural conçu en 1916 par l'architecte français Hubert Bride à quelques mètres du marché central.

Fermé en 1989, cet hôtel est tombé en ruines vingt ans plus tard, suscitant une vive émotion parmi les habitants.

"Casamémoire a recensé quelque 4.000 vieux bâtiments à protéger", précise Karim Rouissi, le jeune et énergique vice-président de cette association.

"Mais pour nous le problème n'est pas tant de protéger chaque bâtiment que de préserver un paysage urbain. Il n'y a pas de Tour Eiffel au Maroc, il y a des paysages urbains dont il faut protéger l'harmonie architecturale ", nuance-t-il.

"On doit agir vite. On ne cesse de mettre en garde contre les dangers de la spéculation. Il y a des bâtiments qui sont dans un état de délabrement très avancé", souligne M. Rouissi, reconnaissant toutefois que les autorités locales sont de plus en plus sensibles à cette question.

"Il y a différents séminaires, différentes tables rondes sur le patrimoine. Les gens de l'agence urbaine, de la mairie y assistent (...). Maintenant on demande des actions. Or, on en voit très peu, on n'en voit pas encore assez", conclut-il.
 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maroc

Réchauffement climatique : la carte des 15 lieux les plus menacés d'Afrique

Réchauffement climatique : la carte des 15 lieux les plus menacés d'Afrique

À l'occasion du sommet sur le climat à New York organisé le 23 septembre par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, "Jeune Afrique" publie sa carte des 15 lieux les plus me[...]

"Les Tribulations du dernier Sijilmassi" : "burn out" sous le burnous avec Fouad Laroui

Qui n'a jamais eu envie de changer de vie ? Un ingénieur marocain, héros du dernier livre de notre collaborateur Fouad Laroui, en lice pour le Goncourt, y est bien résolu. Mais de la coupe aux[...]

À Paris, deux expositions réconcilient la France et le Maroc

Deux grandes expositions sont programmées au Louvre et à l'Institut du monde arabe sur le Maroc à partir de la mi-octobre. Rabat et Paris se reconnectent loin de la brouille diplomatique.[...]

Maroc : le rappeur Mouad Belghawat, alias Lhaqed, est sorti de prison

Le rappeur marocain Mouad Belghawat est libre. Lhaqued, de son surnom, est sorti de prison jeudi après avoir purgé une peine de quatre mois pour atteinte à agent des forces de l'ordre.[...]

Maroc : nouveaux appels a l'abandon des poursuites contre le journaliste Ali Anouzla

À l'occasion du premier anniversaire de l'interpellation d'Ali Anouzla, journaliste marocain poursuivi pour aide au terrorisme, son comité de soutien et 12 ONG tunisiennes ont de nouveau réclamé[...]

Maroc : la relève de l'Amazigh Power

Artistes, écrivains ou acteurs associatifs, ils incarnent une nouvelle génération de militants qui se battent pour que la composante berbère de l'identité nationale se traduise dans tous[...]

Maroc : Bouhcine Foulane, 34 ans, la musique amazigh

Ils veulent faire revivre la musique amazigh sous un aspect moderne. Ribab Fusion - le ribab est une sorte de violon à corde unique typiquement amazigh -, ce sont six musiciens âgés de 26 à[...]

Maroc : Brahim El Mazned, 47 ans, les festivals berbères

Derrière le manager culturel, connu sous la casquette de directeur artistique du festival Timitar d'Agadir, il y a l'ethnologue, celui qui a sillonné toute l'Afrique, allant à la rencontre des[...]

Maroc : Mounir Kejji, 42 ans, le désenclavement rural

Né à Goulmima, non loin d'Errachidia, il a été tour à tour militant universitaire, associatif et politique. Aujourd'hui, Mounir Kejji veut se consacrer au désenclavement des[...]

Maroc : Lahcen Amokrane, 36 ans, l'enseignement

Le secrétaire général de la Fédération nationale des associations d'enseignants du tamazight a du pain sur la planche. Depuis son introduction dans les établissements primaires en[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex